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Les rues du Faubourg: Jean-Pierre Ronfard

Culture, Histoire
Jean-Pierre Ronfard était auteur, comédien, metteur en scène, animateur, professeur, dramaturge. Il aura marqué le théâtre québécois pendant 40 ans pour sa culture et son humanité. (photo: NTE)
Jean-Pierre Ronfard était auteur, comédien, metteur en scène, animateur, professeur, dramaturge. Il aura marqué le théâtre québécois pendant 40 ans pour sa culture et son humanité. (photo: NTE)

La rue Jean-Pierre Ronfard rappelle un des comédiens et metteurs en scène de théâtre les plus marquants de l’histoire récente du Québec.

Il était auteur, comédien, metteur en scène, animateur, professeur, dramaturge. Il aura marqué le théâtre québécois pendant 40 ans pour sa culture et son humanité.

Certains se souviennent de son rôle de Nicolas Machiavel dans le film Le confort et l’indifférence, de Denys Arcand, où il jouait son personnage avec une froideur et un cynisme hallucinants. D’autres ont été marqués par son travail de metteur en scène et de comédien de théâtre.

Jean-Pierre Ronfard fut surtout connu pour avoir fondé le Nouveau théâtre expérimental (NTE) avec Pol Pelletier et Pierre Gravel, en 1975. En 1981, il sera co-directeur du théâtre Espace libre. Vous l’avez compris, c’était un homme du théâtre expérimental, qui aimait repousser les limites de cet art déjà risqué. Mais Ronfard pratiquait son métier librement, entre classicisme et expérimentation : le public, même s’il était néophyte, ne se sentait jamais perdu et toujours interpellé par ses mises en scène et ses écrits.

Venu de France

Né en 1929 à Thivencelle, une petite ville du département du Nord, il fait des études classiques au Collège Saint-Jean de Douai et décroche une licence ès lettres et un diplôme d’études supérieures à l’Université de Lille. Il enseigne les langues (français, latin, grec et vieux français) en Grèce, au Portugal et en Autriche avant de faire partie d’une troupe de théâtre basée en Algérie, où vivra longtemps.

En 1960, il s’installe au Québec. Jean Gascon le nomme au premier poste de directeur artistique de la section française de l’École nationale de théâtre du Canada, qu’il occupe jusqu’en 1964. Il retourne en France pour devenir animateur à l’Institut national de l’éducation populaire de Marly-le-Roi.

Jean-Pierre Ronfard est à Paris lors des événements de mai 1968. Cette expérience bouleversera sa vie, surtout professionnelle. Il sera marqué par les créations collectives et de théâtre de la rue, alors que tout est remis en question dans la société française. Habitué au théâtre classique, il descend sur les pavés, joue dehors, au milieu du public.

En 1970, Jean-Louis Roux l’invite au Québec pour le nommer au poste de secrétaire général et directeur artistique des jeunes comédiens du Théâtre du Nouveau-Monde (TNM). Mais Ronfard veut sortir du cadre institutionnel et vivre « la liberté ». Suivent la création du Théâtre expérimental en 1975, du Nouveau théâtre expérimental en 1979 et sa participation à Espace libre, deux ans plus tard.

Un créateur

Jean-Pierre Ronfard a écrit ou adapté une trentaine de pièces. Ses plus célèbres sont Vie et mort du Roi boiteux, un cycle de six pièces inspiré de Shakespeare, qui a marqué la dramaturgie québécoise, La Mandragore, Le Titanic, Hitler (qu’il réalise en collaboration avec Alexis Martin), Les Mille et une nuits, Don Quichotte et Mao Tsé Toung ou Soirée de musique au consulat. Il a mis en scène des oeuvres de dramaturges québécois comme Robert Gravel, Claude Gauvreau et Réjean Ducharme. Il qualifiera d’une des gloires de sa vie la mise en scène de la pièce Ha! Ha! de Ducharme.

Il a aussi collaboré avec des troupes théâtrales comme Carbone 14 et Omnibus. Un documentaire, réalisé en 2003 par Annie St-Pierre, Jean-Pierre Ronfard : sujet expérimental, rassemble une série d’entretiens fascinants réalisés peu avant sa mort. Le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) dresse une liste d’écrits ou de documentaires dont il fut le sujet ou auxquels il a participé.

En 1999, le Gouvernement du Québec lui décerne le prix Denise-Pelletier pour l’ensemble de son travail dans les arts de la scène. C’est la plus haute distinction québécoise accordée à un homme de théâtre. Un bel hommage pour un homme qui a quitté le Québec parce qu’il ne s’y sentait pas très à l’aise comme Français, dans les années soixante, et qui est revenu chez nous pour faire un théâtre qui « transforme la société, règle les problèmes collectifs et proclame la liberté. » Il est décédé en 2003.

Jean-Pierre-Ronfard est une rue est-ouest, qui relie Contrecoeur à Duchesneau, au coeur du Faubourg Contrecoeur.

Rue Jean-Pierre Ronfard

Le nom de la rue Jean-Pierre Ronfard fut décidé lors d’un concours populaire organisé en 2006 par l’arrondissement Mercier Hochelaga-Maisonneuve.

 

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