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L’incroyable succès de la Promenade Bellerive

Un parc se dresse là où il devait y avoir un port. (photo: Stéphane Desjardins)
Un parc se dresse là où il devait y avoir un port. (photo: Stéphane Desjardins)

La Promenade Bellerive incarne parfaitement le succès d’un projet porté à bout de bras par les citoyens. Sans l’acharnement de ceux-ci, ce parc magnifique n’aurait jamais existé.

Fin septembre, la Société d’animation de la promenade Bellerive a fêté ses 20 ans. L’heure des bilans a sonné pour le petit groupe de citoyens qui a mené la lutte pour faire de ce parc magnifique un des plus beaux et des plus accueillants de la métropole. Et le bilan est absolument réjouissant!

Il faut remonter aux années 1960 pour connaître le contexte de la naissance de ce parc… totalement artificiel! La Révolution Tranquille bat son plein. On prépare l’Exposition universelle de 1967 (Terre des Hommes). Ça construit de partout. On érige des polyvalentes, des autoroutes, des pavillons universitaires, des hôpitaux. Le Québec se modernise à la vitesse grand V.

Pendant qu’on creuse le métro et que le trop-plein de terre va permettre de créer les îles de l’Exposition universelle, on creuse aussi, directement dans le fleuve, une méga tranchée pour accueillir le futur pont-tunnel Louis-Hippolyte Lafontaine. Alors qu’on vient de raser un des plus vieux villages du Québec, Longue-Pointe, on s’apprête à y installer l’entrée montréalaise du tunnel, un tour de force du génie civil de l’époque. Les milliers de tonnes de boues et de terre doivent être déposées quelque part…

L’ancien conseiller municipal de Mercier, Paul-Émile Sauvageau, whip du puissant parti Civique dirigé par le maire Jean Drapeau, fait une cabale de tous les diables. Il tient mordicus à une promenade d’un mille (2,2 km) sur le bord de l’eau, dans son fief. « On considère aujourd’hui l’ex-député de l’Union Nationale de Bourget, de 1966 à 1970, comme le père de la Promenade Bellerive. Car il convainc Drapeau, puis les autorités responsable des grands chantiers de l’époque, de déposer la terre le long du fleuve, entre les rues Liébert et Georges-V. À l’époque, la rive du fleuve était située juste de l’autre côté d’un ancien chemin de fer qui longeait pour l’essentiel la rue Bellerive actuelle », raconte René Di Cenzo, un membre du premier conseil d’administration et président à quelques occasions de la Société d’animation. M Di Cenzo est aujourd’hui responsable des expositions présentées au chalet du parc.

Paul-Émile Sauvageau

Paul-Émile Sauvageau (1918-2003) (photo: http://genealogie.planete.qc.ca)

M. Sauvageau est décédé en 2003, mais on pouvait qualifier de visionnaire son initiative d’un parc en bordure du fleuve, à une époque où les Montréalais étaient « des insulaires qui s’ignorent » selon une formule consacrée dans les années 1980.

La création de la Promenade Bellerive, qui fait partie des 25 grands parcs de la métropole, avec ceux du mont Royal, d’Angrignon, de Maisonneuve ou de Lafontaine, a aussi permis la consolidation des berges du fleuve à un endroit ou le passage des navires et la fonte des glaces accélérait leur érosion.

Ne rien prendre pour acquis

Jusque dans les années 1980, le parc était un peu laissé à lui-même. En 1986, les visées expansionnistes de l’administration portuaire de Montréal suscitent une levée de boucliers. C’est que la Promenade Bellerive est la seule fenêtre sur le fleuve à l’est de Montréal. Entre le Vieux-Port et Pointe-au-Trembles, outre la Promenade Bellerive, impossible d’accéder au Saint-Laurent. Et le Port de Montréal veut s’approprier ce rare espace vert!

« Je me suis battu pour ce parc. C’est un de mes premiers engagements et ma première grande réalisation électorale comme politicien, explique Scott McKay, député péquiste de Repentigny et ex-chef du Parti vert du Québec. M. McKay était, à l’époque, conseiller municipal du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), dirigé par le maire Jean Doré.

Il faisait partie d’un groupe de citoyens qui tenaient mordicus à leur parc. « J’ai fondé la Société d’animation parce que je savais qu’il fallait qu’un groupe de citoyens organisés se batte pour protéger le parc, dit-il. Je ne fais pas partie des signataires parce que je voulais éviter de politiser le débat, pour éviter que le parc ne devienne un dossier partisan. C’était une croisade écologique avant tout. Mais je suis fier de mon bébé, qui a 20 ans aujourd’hui. »

McKay et ses acolytes convainquent le maire Doré, en 1986, de se prononcer fermement en faveur de la protection de la Promenade Bellerive. « Jean Doré avait dit : pas touche! On avait empêché l’expansion du port. Avant d’en arriver là, dans le schéma d’aménagement de l’ex-Communauté urbaine de Montréal (CUM), l’affectation du territoire demeurait étiquetée grande infrastructure portuaire. J’étais alors coordonnateur du RCM dans Mercier-Est. Nous avions présenté des mémoires lors des consultations sur le schéma d’aménagement. L’affectation grande infrastructure portuaire avait été finalement biffée du territoire de la Promenade Bellerive. Mais certains décideurs ne se gênaient pas pour dire que la décision était temporaire et qu’il fallait se garder la possibilité d’agrandir le port au besoin. On avait remporté une victoire, mais pas la guerre. »

Scott McKay

Je me suis battu pour ce parc. C’est un de mes premiers engagements et ma première grande réalisation électorale comme politicien, explique Scott McKay, député péquiste de Repentigny et ex-chef du Parti vert du Québec. M. McKay était, à l’époque, conseiller municipal du RCM, dirigé par le maire Jean Doré. (photo: bureau de Scott McKay)

Scott McKay raconte que, à la fin des années 1980, Robert Perreault, alors vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal et responsable du développement économique, sous la pression populaire, notamment celle de la Société d’animation, met en place un comité d’experts internationaux indépendants pour étudier l’utilisation des espaces disponibles par l’administration portuaire. Le rapport est dévastateur pour les tenants de l’expansion, car les experts concluent que le port sous-utilise ses terrains de l’époque. La victoire est complète pour les citoyens. Scott McKay, qui était alors conseil municipal du district d’Honoré-Beaugrand, qui n’existe plus car il recoupait une partie des districts actuels de Longue-Pointe et de Tétreaultville, se souvient encore de cette victoire avec émotion : « Le port n’a jamais plus lorgné du côté de la Promenade Bellerive. Quand on a pris le pouvoir, on a injecté des fonds pour aménager davantage le parc. Surtout dans son extrémité ouest, pour bien démontrer qu’il n’y aurait pas d’agrandissement portuaire. »

Lisez les autres textes :

La navette fluviale, premier d’une série de succès

L’indispensable Société d’animation

Vos commentaires

Commentaires

  1. rendizo@hotmail.com' rendizo dit :

    Merci pour ces magnifiques articles au sujet du parc société de la Promenade Bellerive et de la
    Société d’animation de la Promenade……..un excellent moyen pour faire connaitre ce site aux nouveaux résidents du quartier .

    1. Stéphane Desjardins dit :

      La Promenade Bellerive est un joyau et les gens de la Société d’animation font un travail remarquable et essentiel.

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