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Des compteurs controversés

Économie
compteur Hydro-Québec

Les nouveaux compteurs d’Hydro-Québec ont généré une énorme controverse de santé publique, car on connaît encore mal l’impact des champs électromagnétiques sur la santé humaine. (photo: Stéphane Desjardins)

L’installation des nouveaux compteurs à radiofréquences d’Hydro-Québec suscite une importante controverse depuis plusieurs années. Et les débats, parfois passionnés, sont loin d’être terminés.

Hydro-Québec a déjà installé presque un million des quelque quatre millions de compteurs qu’elle veut remplacer, au coût d’un milliard de dollars. L’opération n’est pas passée inaperçue dans les médias.

Les nouveaux compteurs sont basés sur une technologie de radiofréquences similaires à celles des micro-ondes (entre 902 et 928 mégahertz). Ces compteurs transmettent les données de façon pulsée, généralement entre 30 et 45 secondes, six fois par jour. Ils communiquent les données entre eux à la manière d’une chaîne jusqu’à un routeur de secteur, qui lui, les transmet sur une distance de quelques kilomètres vers les installations d’Hydro-Québec. Concrètement, Hydro évalue à 90 le nombre de secondes d’émissions quotidiennes par compteur, autant pour la maintenance que la transmission effective des données de consommation d’électricité.

Cette technologie permet le remplacement d’une grande partie du parc de compteurs actuels de la société d’état, qui ont atteint la fin de leur vie utile. Mais elle permet d’abolir 726 postes de releveurs, puisque l’évaluation de la consommation se fait à distance, en temps réel. À ce jour, autour de la moitié des releveurs ont pu se replacer ailleurs dans l’entreprise ou ont pris leur retraite.

La nouvelle technologie permet également une facturation plus précise. Hydro Québec procédait auparavant à une évaluation de la consommation sur 60 jours. Elle facturait en conséquence une consommation journalière moyenne estimée. Avec les nouveaux compteurs, elle pourra connaître le détail de cette consommation journalière et permettre aux clients de lire sa consommation en temps réel dans son « espace client » sur le site web de l’entreprise. La facturation, elle, demeurera inchangée à 60 jours. La société d’État n’a pas l’intention d’adopter une tarification modulée en fonction des heures de grande consommation: « Des expériences pilotes effectuées par le passé nous ont indiqué que ça n’en valait pas la peine », indique Patrice Lavoie, attaché de presse chez Hydro Québec. Par contre, Hydro veut également se prémunir contre les vols d’électricité, que la nouvelle technologie peut rapidement détecter.

Remplacement controversé

Le remplacement, qui affecte à court terme la rentabilité d’Hydro-Québec, a causé un débat public sur la technologie et les sous-traitants. La société d’état est allée en appels d’offres et a préféré les multinationales étrangères Landis+Gyr et Elster. La première est basée en Suisse et appartient à Toshiba. La deuxième est une société allemande basée à Mainz-Kastel, une banlieue de Francfort, en Allemagne. Ce choix avait été critiqué car des fournisseurs basés au Québec, comme Varitron, de Longueuil, auraient pu fournir une technologie plus avancée, selon des experts.

Hydro se défend en affirmant que seule Landis+Gir, le fournisseur principal, pouvait offrir une solution technologique complète comprenant les compteurs mais aussi le traitement des données et les systèmes informatiques. « Nous voulions obtenir une technologie de bout-en-bout qui comprenait les compteurs et le mesurage, ajoute Patrice Lavoie. Aucun fournisseur québécois ne pouvait satisfaire la technologie dans son ensemble. »

La santé

Mais le débat le plus virulent concerne la santé publique. Car on connaît encore mal l’impact des champs électromagnétiques sur la santé humaine. Et le débat fait rage chez les scientifiques.

Hydro Québec affirme que l’exposition aux radiofréquences de ses nouveaux compteurs est 120 000 fois inférieur aux limites fixées par les normes de Santé Canada.

Sur son site web dédié à la question, la société d’État situe le niveau d’exposition à un mètre de son compteur entre une manette de console de jeux vidéo et un moniteur de surveillance pour bébé, bien en deçà d’un four micro-ondes ou d’un ordinateur relié à un réseau sans fil. Elle cite ainsi une étude menée par le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ). Et Hydro  soutient également qu’une étude récente du ministère québécois de la Santé et des Services sociaux conclut également que ses nouveaux compteurs n’affectent pas la santé humaine.

En septembre 2011, dans le magazine Protégez-Vous, un porte-parole d’Hydro a confirmé qu’une personne se tenant à un mètre du compteur a un niveau d’exposition 23 000 fois inférieur aux limites établies par Santé Canada. Et que la puissance de ces compteurs est très faible (0,425 watt), comparable à celle des téléphones cellulaires (environ 0,2 watt). « Cela dit, vous pourriez avoir le visage collé sur le compteur que vous êtes bien en deçà des niveaux d’exposition tolérés par Santé Canada », ajoute M. Lavoie.

Des craintes

Pourtant, Hydro Québec fait face à la fronde de nombreux citoyens qui craignent les effets de ses nouveaux compteurs sur leur santé. Les média sont publié les témoignages de nombreux Québécois qui se disent affectés par ces compteurs. De nombreux cas d’acouphènes, de fatigue, de maux de tête, de palpitations cardiaques, d’étourdissements et autres inconforts ont été recensés. On parle ici de symptômes d’électrosensibilité.

De nombreux blogues et plusieurs mouvements citoyens, comme Saint-Hubert Refuse ou Laval Refuse, ont été lancés incitant les gens à refuser les nouveaux compteurs. Une pétition a d’ailleurs été déposée sur le site web de l’Assemblée nationale du Québec en décembre 2011 par le Dr Amir Kadir, député de Mercier (Québec Solidaire), réclamant un moratoire sur l’installation des compteurs. L’été dernier, des villes comme Saint-Hubert, Longueuil et Châteauguay ont adopté des résolutions demandant à Hydro-Québec de surseoir à l’installation de ses nouveaux compteurs sur leur territoire. En vain.

Le 13 novembre dernier, une étude australienne est venue jeter un pavé dans la mare dans le débat. L’étude, une première mondiale rapportée par le magazine québécois La Maison saine du 21e siècle, fait état de 92 cas de patients atteints d’électrosensibilité suivis par un médecin, la Dre Federica Lamech. Sa validité a été reconnue par l’American Academy of Environmental Medecine (AAEM). L’étude réclame également un moratoire jusqu’à ce que la science puisse établir avec certitude l’effet de ces compteurs sur la santé, car les chercheurs placent ces compteurs dans une catégorie à part en ce qui a trait aux technologies faisant appel aux radiofréquences.

Certains scientifiques reconnaissent que les nouveaux compteurs par radiofréquences pris isolément ne sont peut-être pas nocifs pour la santé humaine. Ils ont même été approuvés par Santé Canada sur cette base. Mais on craint que leur installation à grande échelle alimente le phénomène « d’électrosmog », soit l’utilisation simultanée de plusieurs types de technologies à radiofréquences. Ce phénomène est également très mal connu des chercheurs. Les inquiétudes des scientifiques ne datent pas d’hier : l’auteur de ces lignes signait un article sur le sujet en… 1988.

« Nous maintenons que nos compteurs n’ont absolument aucun impact sur la santé humaine, déclare M. Lavoie. Nous présumons de la bonne foi des gens qui se disent électrosensibles mais, pour Hydro Québec, ce n’est surtout pas en lien avec les compteurs de nouvelle génération », soutient Patrice Lavoie.

Le 22 novembre, l’Agence QMI rapportait les propos d’un physicien de l’Université McGill, Paul Héroux, sur l’importance d’être prudent face aux normes canadiennes d’exposition aux champs électromagnétiques. Il considère que les normes sur lesquelles se basent Hydro Québec sont dépassées, car elle reposerait sur des connaissances scientifiques datant des années 1950. M. Lavoie rétorque que les travaux de M. Héroux sont basés sur des fréquences différentes de celles utilisées par les nouveaux compteurs.

On l’aura compris, dans les sujets controversés, les recherches scientifiques appuient souvent toutes les opinions!

Pour en savoir plus, le site d’Hydro-Québec.

Voir notre autre texte sur le sujet.

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