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Les ponts sont à rebâtir avec le communautaire

Élus, Vie de quartier
Réal Ménard est le seul élu qui connaît à fond les dossiers de l'arrondissement. On le voit ici au dévoilement des résultats de la RUI de Mercier-Est, l'été dernier, au parc de la Promenade Bellerive. (photo: Stéphane Desjardins)
Réal Ménard est le seul élu qui connaît à fond les dossiers de l’arrondissement. On le voit ici au dévoilement des résultats de la RUI de Mercier-Est, l’été dernier, au parc de la Promenade Bellerive. (photo: Stéphane Desjardins)

Seul le maire Réal Ménard a survécu à la dernière élection. Le milieu communautaire de Mercier-Est doit donc rebâtir les ponts avec les quatre nouveaux élus de l’arrondissement.

Officiellement, l’optimisme est de rigueur au sein du monde communautaire. « On en a vu d’autres », disent plusieurs directeurs d’organismes. Mais certains cachent mal leur inquiétude. Car plus d’un gèrent un programme délégué par la Ville et financé par un budget municipal. Des frictions peuvent survenir, comme ça s’est vu par le passé.

De plus, l’inexpérience des quatre nouveaux venus et le fait que trois partis différents siègent désormais au conseil d’arrondissement (v. autre texte) ajoutent un élément de complexité.

L’élection des surprises

« La Corporation de développement de l’Est de Montréal (CDEST) existe depuis 30 ans. On en a vu des élections, commente sereinement Didier Fleury, directeur général. Comme notre organisation n’est pas partisane, on va s’adapter et on va travailler avec les élus. »

La CDEST avait pris soin d’interpeller les candidats à la mairie d’arrondissement avant les élections pour les sensibiliser à ses priorités. L’organisme a insisté sur sa mission de développer l’économie de l’est, de protéger les emplois et de revitaliser le territoire, notamment dans Mercier-Est. « On a besoin d’écoute et de soutien et nous l’avions avec M. Ménard, qui siège d’ailleurs sur notre conseil d’administration, poursuit M. Fleury. Sur ce plan, c’est la continuité. Quant aux conseillers, nous aurons le plaisir de les rencontrer bientôt. Il va falloir s’apprivoiser. Mais je ne suis pas inquiet pour l’avenir. »

M. Fleury s’est dit surpris des résultats de l’élection, particulièrement par la défaite de Laurent Blanchard dans le district d’Hochelaga. M. Blanchard était tout de même maire intérimaire de Montréal. « C’était l’élection des surprises », a-t-il ajouté.

Un thème que reprend Patricia Charland, directrice générale du Chez-Nous de Mercier-Est : « On ne s’attendait pas à de tels résultats. Aucun des conseillers en place n’a pu conserver son siège. Mais, à chaque élection, nous devons composer avec une nouvelle réalité politique. Cela dit, M. Ménard demeure, ce qui facilite les choses. Il faudra rapidement rencontrer les nouveaux conseillers et apprendre à se connaître. On part de loin : nous ne connaissons même pas le visage de certains nouveaux élus! C’est pour ça que nous avons hâte de les voir. »

Ménard incarne la continuité

« La réélection de M. Ménard est une bonne nouvelle pour nous, commente Serge Paquin, coordonnateur de StationVu. Il appuie notre projet et c’est rassurant. Mais il va falloir rencontrer les conseillers et leur expliquer les finalités de notre projet de cinéma de quartier. » M. Paquin ne voit pas pourquoi les nouveaux élus n’appuieraient pas StationVu, parce qu’il s’agit d’un projet fédérateur, centré sur la revitalisation et la relance de l’offre culturelle et commerciale de tout un quartier, dit-il.

« Le constat que l’on fait au sein de notre équipe, c’est que les électeurs ont choisi le parti et non le candidat, commente Pauline Picotin, directrice générale de Y’a quelqu’un l’aut’bord du mur (YQQ). Si on regarde les résultats, Suzie Miron, de Projet Montréal, suit de très près Richard Celzi, d’Équipe Coderre, qui a gagné par quelques voix. Ce qui est dommage, c’est que Gaëtan Primeau ne soit même plus dans la course, alors qu’il a beaucoup fait pour le quartier. Mais le phénomène n’est pas limité à Tétreaultville. C’est comme ça pour l’ensemble de l’arrondissement. »

Mme Picotin se réjouit que le maire Réal Ménard ait gardé son poste et reconnaît qu’il y a eu un vent de changement à Montréal. « On verra si ça va être profitable pour le quartier, reprend-elle. On va attendre que M. Celzi s’assoit avec M. Ménard pour discuter des enjeux, mais il va rapidement recevoir une invitation de notre part, je vous le garantis! On a hâte de le connaître et de savoir ce qu’il va apporter au quartier. Il est clair que nous ferons des représentations auprès de tous les nouveaux élus. Il faut qu’ils apprennent à connaître le territoire. »

Refaire les liens

« C’est normal qu’à chaque élection, le monde communautaire fasse son positionnement face aux élus. Il faut refaire les liens, apprendre à se connaître, expliquer les enjeux importants pour la population et les groupes », explique Danielle Lacombe, directrice générale du Programme d’information sur le travail et la recherche d’emploi de Montréal (PITREM).

Pour cette dernière, le milieu communautaire recommence à zéro. Car la nouvelle administration est composée de « juniors », qui devront apprendre à affronter la machine administrative de l’arrondissement et de la Ville. « Ce sera tout un défi pour M. Ménard, dit-elle. Il va jouer un rôle de pivot dans les circonstances. Mais les conseillers devront rapidement s’approprier leurs dossiers s’ils veulent faire la différence. Et ils devront respecter les décisions prises par leurs prédécesseurs. »

Danielle Lacombe donne en exemple la phase II du complexe récréo-communautaire dont le chantier achève dans Tétreaultville et qui abrite la future piscine intérieure Annie Pelletier. Cette prochaine phase comprenait des locaux communautaires, des salles de réunion et des bureaux, qui font cruellement défaut dans le quartier. Elle s’attend aussi à ce que « les acquis » dans le dossier du développement de la cour de voirie Honoré Beaugrand (construction prochaine de plus de 300 logements) soient préservés. « Les élus devront mettre de côté leur partisanerie pour servir la communauté », ajoute-t-elle.

Avant tout, l’image

« Personnellement, j’ai surtout vu une campagne électorale d’image, analyse Stéphane Tremblay, directeur général du Service d’éducation et de sécurité alimentaire de Mercier-Est (Sésame). Certains candidats n’avaient rien à offrir, d’autres beaucoup, comme Richard Bergeron. Mais, au Québec, beaucoup d’électeurs craignent la substance. D’une certaine façon, je ne m’attends pas à de grands changements sur la scène municipale. Mais dans l’arrondissement, c’est pas mal plus complexe qu’avant à cause de la composition du conseil. »

M. Tremblay se réjouit surtout de la réélection de Réal Ménard. Il affirme que les gens ont avant tout élu M. Ménard pour ses réalisations et pour sa personnalité de monsieur sympathique. « Mais M. Ménard est plus qu’un politicien jovial. Il est présent sur le terrain, il connaît la game, il bouge, il fait des choses. Je crois qu’il n’y a pas meilleur maire que lui. Car il collabore pleinement avec le milieu communautaire, mais sans complaisance. Quand un projet ou une proposition ne fait pas son affaire, il le dit sans détour. Avec lui, tu as l’heure juste. »

Maintenant que M. Ménard est minoritaire, il aura moins les coudées franches pour faire avancer les dossiers, reconnaît M. Tremblay. Mais il ne craint pas le changement actuel issu des élections. « Les élus ont besoin des groupes communautaires. C’est dans l’ordre naturel des choses, dit-il. Je suis certain que nous allons rapidement faire connaissance! »

La surprise

« Je suis très étonnée des résultats de cette élection, dit Julie Ouellet, directrice de l’Antre-Jeunes de Mercier-Est. Nous étions habitués à fonctionner avec une équipe depuis des années. Désormais, le conseil est divisé entre plusieurs partis. J’espère que ce ne sera pas trop complexe dans l’avenir. »

Mme Ouellet ne connaît pas Richard Celzi et veut le rencontrer bientôt, pour instaurer une belle collaboration avec lui. « J’espère que les nouveaux élus vont afficher une sensibilité pour les jeunes et la familles du quartier », dit-elle.

Sébastien Breton, directeur de la Maison des familles de Mercier-Est, se dit lui aussi surpris des résultats. « Le constat qu’on fait, c’est que la population voulait du changement, dit-il. Je ne connais pas M. Celzi, mais je compte bien lui expliquer les dossiers et les priorités du quartier. »

Parmi ces priorités, il y a le manque criant de locaux communautaires dans Tétreaultville, particulièrement dans le Faubourg Contrecoeur. Et l’absence de places en garderies. Le Faubourg manque cruellement d’un CPE, ajoute-t-il. « Il faut rapidement répondre aux attentes des familles. »

M. Breton connaît déjà la nouvelle conseillère Laurence Lavigne-Lalonde, du district de Maisonneuve Longue-Pointe, où est située la Maison des familles. Elle a visité l’organisme lors de la campagne électorale. Il ajoute qu’elle a rapidement saisi les préoccupations de l’organisme.

Stabilité et nouveauté

La surprise a aussi marqué les conversations au sein de l’équipe de Solidarité Mercier-Est. « C’est la stabilité et la nouveauté, constate Fabienne Audette, directrice générale. Alors que nous pensions la victoire de Gaëtan Primeau acquise, il s’est retrouvé au quatrième rang. D’autre part, le taux de participation fut très décevant. Même s’il est plus élevé que la moyenne montréalaise dans notre arrondissement, à 47%, il faudra bien que les gens aillent voter davantage la prochaine fois. Et cette réalité est en lien direct avec notre mission : nous devons démontrer que ça en vaut la peine de s’impliquer au sein des événements organisés par les groupes communautaires. Et de voter aux élections. »

Mme Audette entend féliciter Réal Ménard pour sa victoire, ainsi que Richard Celzi, avec qui elle se dit tout à fait disposée à travailler. Tout comme avec les autres conseillers de l’arrondissements, tous des novices. « Il y a un bon côté à cette situation : nous sommes particulièrement bien placés pour leur faire découvrir les enjeux, les réalités et les priorités du quartier! »

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