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Les rues du Faubourg : Myra-Cree

Culture, Histoire
En 1973, Myra Cree entre à Radio-Canada et y devient, au Téléjournal, la première femme chef d'antenne de la télévision canadienne. (photo: AMMSA - www.ammsa.com)
En 1973, Myra Cree entre à Radio-Canada et y devient, au Téléjournal, la première femme chef d’antenne de la télévision canadienne. (photo: AMMSA – www.ammsa.com)
Myra Cree

En 1973, Myra Cree entre à Radio-Canada et y devient, au Téléjournal, la première femme chef d’antenne de la télévision canadienne. (photo: AMMSA – www.ammsa.com)

La rue Myra-Cree rappelle une journaliste et animatrice de Radio-Canada qui s’est aussi illustrée lors de la crise d’Oka, à l’été 1990. Mais Myra Cree, c’était tout un personnage!

Située au centre du territoire du Faubourg Contrecoeur, cette petite rue relie les rues Contrecoeur et Duchesneau. Le nom fut choisi dans le cadre d’un concours sur la toponymie des futures rues du Faubourg organisé par les élus de l’arrondissement Mercier-Hochelaga Maisonneuve au printemps 2008.

Myra Cree est une fille et petite-fille de grand-chef amérindien. Née en 1937 à Oka-Kanasetake, elle est donc princesse iroquoise de la « réserve » d’Oka.

Complètement bilingue, elle entame une carrière d’enseignante dans une école secondaire française à LaPrairie, et une anglaise à Deux-Montagnes. Elle détestera l’expérience. « Ses seuls moments de grâce étant, d’après elle, les récréations et les parties de ballon chasseur avec ses élèves », écrit Solange Gagnon, dans le Trente, le magazine de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Première femme chef d’antenne

Sa carrière d’animatrice commence en 1960 à CKRS-Jonquière, comme scripteur (elle écrit et lit les publicités en ondes) puis à la télévision de Sherbrooke (CHLT-TV). En 1973, elle entre à Radio-Canada et y devient, au Téléjournal, la première femme chef d’antenne de la télévision canadienne.

De 1977 à 1984, elle animera plusieurs émissions dont Second Regard. En 1985, elle se tourne vers la radio, où elle animera des émissions comme L’humeur vagabonde, De toutes les couleurs, L’Embarquement pour si tard, L’Embarquement, Cree et chuchotements, jusqu’à sa retraite, en 2002.

Elle était reconnue pour son style très radio-canadien mais débridé, empreint d’un humour décalé et très subtil. Brillante, elle avait pleine liberté de parole et allait jusqu’à chanter en ondes à l’occasion!

Fille unique de parents catholiques, elle a fréquenté l’école française. En 1963, elle se marie avec un avocat, Jacques Bernier, avec qui elle a eu quatre enfants. La mort accidentelle de son mari, en 1969, bouleverse sa vie.

La crise d’Oka

À l’été 1990, la crise d’Oka éclate. Myra Cree habitait de l’autre côté de la première barricade de la route 344, aux limites du Parc national d’Oka. Elle cofonde le Mouvement pour la Paix et la Justice à Oka et Kanesatake.

Elle plante aussi une pancarte de revendications sur son terrain, aussitôt arrachée par deux soldats de l’armée canadienne. Outrée, elle ira se plaindre au quartier général des forces… L’officier lui promet réparation et, le lendemain, les deux mêmes soldats plantent une copie conforme de la pancarte à l’endroit où ils l’avaient arrachée. Ce qui leur vaut une invitation à prendre le café à la maison de Mme Cree!

Très impliquée dans sa communauté, elle collabore à l’ouvrage Les langues autochtones du Québec, publié par le Conseil supérieur de la langue française, fut membre du conseil d’administration de Terres en vues, une OSBL qui diffuse la culture autochtone, co-présidera, en 1995, la campagne du 25e anniversaire de la revue Recherches amérindiennes, et fut associée au festival Présence autochtone depuis ses débuts.

En 1981, Myra Cree reçoit le prix Judith-Jasmin dans la catégorie presse électronique radio, la récompense suprême chez les journalistes québécois. Elle reçoit le Grand prix International Paul-Gilson pour l’émission spéciale « Il était une foi », en 2004. On la fait Chevalière de l’Ordre national du Québec, en 1995. En 2006, on lui remet, à titre posthume, le Prix d’excellence de la Fondation nationale des réalisations autochtones.

On lui attribue ces paroles : « L’essentiel? C’est un tissu de plusieurs laines; ceux qu’on aime, les enfants, la connaissance de soi. Pour être plus près de son vent, de sa réalité. Je vis une chose et ça s’efface comme un dessin sur le sable que la vague de la mer emporte. Il reste une page blanche, l’aventure recommence. »

En 2005, à 68 ans, elle s’éteint des suites d’un cancer du poumon, « dans son tipi », entourée des siens.

Voir notre autre texte sur la rue Jean-Pierre Ronfard.

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