Publicité

Dossier : Robert Carrière, ou la piqûre de l’histoire

Histoire
En 1895, l'Asile de Longue-Pointe est inondé, comme le montre cette photo, rue Notre-Dame. (photo: fonds Robert Carrière)
En 1895, l’Asile de Longue-Pointe est inondé, comme le montre cette photo, rue Notre-Dame. (photo: fonds Robert Carrière)

Il a commencé avec l’histoire de sa famille. Puis, ce fut celle de son quartier, de ses paroisses, enfin des crèches du Québec. Pour Robert Carrière, l’histoire, c’est une passion.

Contrecoeur Express publie le 2e de plusieurs textes d’un dossier sur Robert Carrière, historien de Tétreaultville et Longue-Pointe. La prochaine partie de notre dossier paraît lundi ou mardi prochain.

« Quand tu as la piqûre de l’histoire, c’est simple, tu ne peux plus t’arrêter! Ça fait 14 ans que j’ai pris ma retraite. Je n’arrête pas de fouiller depuis », affirme l’historien, qui n’a pourtant jamais étudié dans le domaine.

« J’ai commencé avec la généalogie de ma famille. J’ai remonté jusqu’en 1566. Lors du massacre de Lachine, en 1689, un des mes aïeux a été tué et mangé par les Iroquois. J’en ai vu la preuve dans les documents des Sulpiciens. Ma première arrière-grand-mère a eu trois enfants. Pendant le massacre, elle a été enlevée et fait prisonnière par les Iroquois. Elle a vécu dans la région d’Albany, New York, pendant 11 ans. Elle a fini par être échangée pour des prisonniers indiens par le Cavelier de Lasalle. Elle est revenue chez les Blancs de Montréal. Mais son plus jeune a refusé de l’accompagner. Il avait vécu toute sa jeune vie avec les Sauvages. Il est resté avec eux… »

Fasciné par ces histoires parfois dramatiques, Robert Carrière s’intéresse rapidement à celle du quartier. « Quand je suis né dans Tétreaultville, le quartier n’avait pas de trottoirs. Les rues étaient en terre. C’était un autre monde comparé à aujourd’hui. »

Robert Carrière montre des photos de sa première maison, en 1955. Un cottage qu’il avait payé 9500$. Aujourd’hui, son propriétaire pourrait en obtenir 350 000$. Il a aussi fréquenté, dès son ouverture, le centre d’achats érigé dans le village Champlain, angle Sherbrooke et Honoré-Beaugrand. « C’était un des premiers en Amérique du Nord, dit-il. C’est Laurent Martineau qui a vendu sa terre en 1948 pour que soit bâti ce centre d’achats. Il cultivait de petites fèves et fournissait les supermarchés Steinberg et la raffinerie de sucre de Saint-Hilaire. » Steinberg était un géant de l’alimentation, qui a pratiquement inventé le concept de supermarché au Canada et qui a disparu en 1992. La raffinerie de sucre de Saint-Hilaire a aussi fermé et son terrain est occupé par un nouveau quartier, le Village de la gare, qui est à l’avant-garde des dernières tendances en urbanisme, basées sur le transport en commun.

M. Carrière décrit le quartier de son enfance : un paysage qui n’a absolument rien à voir avec celui d’aujourd’hui. « Il y avait des vaches dans tout le quartier, dit-il. Les gens produisaient leur propre lait. La ville voisine, Anjou, était entièrement dédiée à l’agriculture jusqu’en 1956. Quand j’étais enfant, je jouais dans les champs des alentours. Mon père avait son jardin, qui s’étendait de Saint-Donat jusqu’à la rue Mercier, et de Hochelaga à la ruelle, au sud. Il n’y avait pas d’épicerie dans Tétreaultville. Comme la plupart des gens, nous produisions nos propres cannages. »

Le conseil d’arrondissement de Mercier Hochelaga-Maisonneuve a rendu hommage à Robert Carrière le 4 février dernier (notre texte), un événement rapporté dans le blogue du maire Réal Ménard. Cet hommage arrive à point nommé : M. Carrière souffre d’une grave maladie en phase terminale. Mais son œuvre lui survivra (v. notre texte publié la semaine dernière).

Lisez : Robert Carrière, la mémoire du quartier

Vos commentaires
loading...