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EXCLUSIF – Élections 2014 : un débat bien sage sur mode Twitter

Élus
Ce fut un débat très sage, très poli, super civilisé. Mais les réponses, trop courtes, ont souvent laissé candidats et public sur leur faim. (photo: Stéphane Desjardins)
Ce fut un débat très sage, très poli, super civilisé. Mais les réponses, trop courtes, ont souvent laissé candidats et public sur leur faim. (photo: Stéphane Desjardins)

Débat électoral calme et civilisé dans Bourget hier soir (31 mars), à la Maison de la culture Mercier.

L’événement, organisé par Solidarité Mercier-Est (SME) et Mercier-Ouest Quartier en santé, a attiré entre 100 et 130 personnes. Les candidats présents étaient Gaétan Chateauneuf, de Québec Solidaire (QS), Maka Kotto, du Parti Québécois (PQ – député sortant), Sylvain Medza, de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et Diego Saavedra Renaud, d’Option Nationale (ON).

Le candidat du Parti Libéral du Québec (PLQ), Jean Pierre-Gagnon, ne s’est pas présenté ni même retourné les appels des organisateurs (v. autre texte).

Le débat comprenait cinq thèmes : le développement économique dans l’est de Montréal, la vie de quartier, la sécurité civile, l’éducation et la formation professionnelle, ainsi que le transport. Mais le peu de temps alloué aux candidats pour défendre leur vision des enjeux ou répondre aux questions du public a transformé le débat en grande séance Twitter. Maka Kotto a même blagué qu’il devait répondre en 144 caractères! C’était la grande faiblesse d’une formule qui a tout de même permis d’aborder les grands enjeux touchant Mercier.

Un thème a rapidement fait surface et mobilisé beaucoup d’attention : comment loger les groupes communautaires du quartier, dont plusieurs sont menacés d’expulsion d’ici quelques mois à peine par leur propriétaire, la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui est aux prises avec sa propre crise de locaux.

Émilie Auclair

L’animatrice Émilie Auclair, de Solidarité Mercier Est, a mené les débat avec une main de fer dans un gant de velours… teinté d’humour. (photo: Stéphane Desjardins)

Développement économique

Après les présentations d’usage, les candidats ont rapidement été mitraillés par la modératrice du débat, Émilie Auclair, directrice adjointe de Solidarité Mercier-Est, sur les enjeux préparés par les organisateurs. Le thème du développement économique a soulevé peu de passions et une seule question du public, malgré la gentrification des quartiers, la revitalisation des artères commerciales, la grande pauvreté d’une partie de la population, la fermeture des entreprises ou leur fuite vers la banlieue, imitée par les jeunes familles de la classe moyenne. M. Chateauneuf a insisté sur l’importance de reconnaître le statut spécial de la métropole et d’appuyer le travail des groupes communautaires pour contrer ces problèmes.

M Saavedra Renaud veut attirer davantage de PME et appuyer la création de coopératives. Il s’inquiète de la gentrification du quartier du point de vue du logement. M. Kotto a relevé les accomplissements du gouvernement Marois en matière de lutte contre la corruption, la création d’un comité de développement pour l’est de Montréal où siègent les élus et 50 intervenants du milieu, le prolongement du boul. L’Assomption et de la rue Souligny, et celui de la ligne bleue du métro vers Anjou.

M. Medza a ramené le plan Saint-Laurent, cher à la CAQ, de revitalisation des berges, qui permettrait d’attirer des entreprises de haute technologie dans le quartier, en citant les exemples de Québec, Toronto et des Shops Angus. Il veut aussi réduire les dépenses de l’État pour le rendre plus efficace.

Questionné sur le départ de Mabe pour les États-Unis, qui entraînera cette année 737 pertes de bons emplois dans le comté, M. Kotto a qualifié cette fermeture de drame. « Nous avons investi temps et énergie pour accompagner travailleurs et syndicats dans une vaste opération de reclassement. Il reste 300 personnes à accompagner vers un nouvel emploi. Ce n’est pas fini. »

Vie de quartier

Alors que les organismes communautaires sont menacés de perdre leurs locaux, M. Saavedra Renaud a répondu que son parti allégerait le monde de l’éducation en transformant les commissions scolaires en centres de services régionaux. « Ce serait plus facile dans un Québec souverain d’appuyer les groupes communautaires, a-t-il dit. On envoie chaque année 2,3 milliards de dollars à Ottawa. En rapatriant ces fonds, on dégagerait une marge de manoeuvre certaine dès l’an un de la souveraineté. » Il a répété cette position toute la soirée.

M. Kotto a énuméré une longue liste d’engagements financiers du gouvernement Marois envers le milieu communautaire mais a prévenu qu’il fallait réélire le PQ pour que plusieurs d’entre elles, contenue au budget Marceau, puissent être votées avec le budget, en mai prochain. « Cela dit, les organismes communautaires font bien leur travail et il faut les accompagner par tous les moyens possibles. »

M. Medza repris la proposition de la CAQ de transformer les commissions scolaires en centres de services. Les économies qui en découleraient permettrait de dégager des budgets pour les services de première ligne, dont les groupes communautaires. Pour M. Chateauneuf, c’est dans l’ADN de Québec Solidaire de soutenir le milieu communautaire. Et il lie leur problème de sous-financement au statut de métropole, dont les besoins spéciaux ne sont pas reconnus par les gouvernements supérieurs.

Sécurité civile

Les crises de Lac Mégantic et de L’Isle-Verte ont rapidement hanté les échanges. Les citoyens se sont aussi inquiétés de l’inversion du pipeline d’Enbridge et de ses effets sur la pollution de l’air issue des raffineries. Le problème des compteurs intelligents d’Hydro-Québec, que l’on soupçonne de créer des problèmes de santé, a aussi été abordé. M. Kotto a rappelé que son gouvernement avait fait voter une loi sur la sécurité civile : « Pour les risques industriels propres à l’est de Montréal : nous allons rassurer les gens et gérer ces dossiers convenablement. » Il a aussi insisté sur le plan d’électrification des transports du PQ.

Les autres candidats veulent tous sortir le Québec de sa dépendance au pétrole mais ceux de Québec Solidaire et d’Option nationale insistent pour miser sur une économie basée sur les technologies vertes. « Moi je roule à vélo jusqu’à mon travail : il faut donner l’exemple et encourager les gens à utiliser les transports actifs et en commun », ajoute celui de la CAQ.

Éducation

Tous les candidats ont insisté sur la valorisation des liens entre la formation professionnelle, technique et universitaire, et les employeurs. M Saavedra Renaud a rappelé l’engagement de son parti d’instaurer la gratuité jusqu’à l’université. M. Chateauneuf a mentionné que s’il n’avait pas fait un métier, il aurait été décrocheur : « Il faut valoriser les ressources existantes, comme les carrefours Jeunesse-Emploi. » Il a dénoncé des mesures comme celles de Loto-Québec, qui a confié la fabrication de ses gratteux à une firme de Winnipeg, ce qui s’est traduit par la perte de 40 emplois dans Bourget.

M. Kotto a rappelé que son gouvernement avait fait pleuvoir des millions dans les écoles du comté et dans la formation professionnelle à travers le Québec, notamment pour favoriser l’employabilité des jeunes. M. Medza a insisté sur un financement de la recherche universitaire davantage en partenariat avec le privé, ce qui améliorera celui des universités en général.

Transport

Tous les candidats appuient le développement des transports actifs et en commun, notamment leur électrification. Ils reconnaissent que des territoires sont mal desservis, notamment aux extrémités nord, sud et est du comté. M. Kotto a vanté la décision du gouvernement Marois de prolonger le métro vers Anjou et d’ajouter des voies réservées d’autobus dans la région métropolitaine.

Question mystère

En guise de mot de la fin, la modératrice, Émilie Auclair, a repris ce qui est désormais une tradition dans les débats électoraux du quartier. Elle a posé une question mystère aux candidats : si vous êtes coincé dans un ascenseur pendant trois heures, avec qui voudriez-vous les passer? Marcel Aubut, Louis Cyr, Marie-France Bazzo, Fatima Houda Pépin ou Youppi?

Maka Kotto a choisi Louis Cyr, parce qu’il est déterminé et inspirant. Sylvain Medza et Gaétan Chateauneuf ont choisi Mme Bazzo, parce qu’ils apprécient son intelligence et son franc-parler. Diego Saavedra Renaud a clos le débat par un fameux punch en confiant qu’il était claustrophobe : « Je choisis Youppi, car quand je perdrai connaissance, ce sera super confortable! »

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