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En savoir plus sur les risques industriels dans le quartier

Environnement
L'usine de CEPSA Chimie à Montréal. (photo: www.cepsa.com)
L’usine de CEPSA Chimie à Montréal. (photo: www.cepsa.com)

Une trentaine de citoyens se sont déplacés, hier soir (12 juin), pour écouter les représentants des industries chimiques et pétrolières leur expliquer comment ils gèrent leurs risques industriels. Tout particulièrement chez CEPSA.

La rencontre, qui avait lieu au CLSC Pointe-de-l’Île, angle Contrecoeur et Sherbrooke, tout près des installations de CEPSA Chimie, était organisée par Solidarité Mercier-Est (SME), l’Association industrielle de l’est de Montréal (AIEM) et le Collectif en environnement Mercier-Est. «Lors du colloque Agir pour mon quartier d’octobre 2013, une des préoccupations portait sur un meilleur dialogue entre industries et citoyens. C’est dans cet esprit que le Comité de concertation en environnement et urbanisme de SME du 16 janvier dernier a organisé cette rencontre», a expliqué Geneviève Dufresne, coordonnatrice du volet revitalisation, environnement et aménagement chez SME.

L’organisme en a profité pour lancer un document portant sur la sécurité face aux risques d’accidents industriels majeurs dans le quartier (qu’on peut consulter ici), fruit d’un travail de plusieurs mois mené par Jessie Pelchat, stagiaire chez SME. «Nous voulions démystifier les enjeux, les mécanismes d’échanges et d’information et présenter un portrait des risques réels», a-t-elle ajouté.

Le pétrole, essentiel

«On ne demande à personne d’aimer le pétrole. Mais si on veut faire partie de la société de consommation, aussi bien acheter localement. C’est notre approche», a expliqué André Brunelle, directeur général de Chimie ParaChem et président de l’AIEM. Ce dernier a présenté l’organisme qui regroupe une douzaine de membres, l’essentiel des grands joueurs de la pétrochimie de Montréal installés dans l’est. Il a insisté sur les valeurs de transparence de ses membres et sur les principes d’écologie industrielle et de chimie verte, question de stimuler les échanges entre usines voisines pour maximiser la consommation d’énergie et le recyclage des rejets industriels. L’exemple le plus probant de ce type d’échanges est la fameuse «chaîne du polyester», qui regroupe plusieurs sociétés chimiques qui produisent 1% de la production mondiale du polyester. Il s’agit de la seule chaîne de ce type au pays.

CEPSA Chimie fait partie de ce groupe. L’entreprise, qui appartient à la société espagnole CEPSA, dont le siège est basé à Madrid, possède une usine entre les boul. Georges V et Joseph-Versailles, au nord de Notre-Dame. Cette filiale, qui a aussi comme actionnaire Investissement Québec, emploie 209 personnes, dont une cinquantaine habitent dans l’est de Montréal et plus d’une douzaine dans Mercier. Elle produit chaque année 500 000 tonnes d’acide téréphtalique purifié (PTA), une molécule utilisée dans la fabrication de poléthylène téréphtalate (PET), un des éléments constituants du plastique utilisé pour fabriquer notamment des contenants de boissons gazeuse ou des textiles, comme le polar. L’usine, seule du genre au pays, utilise principalement le paroxylène et l’eau comme matières premières. Et aussi beaucoup d’acide acétique, une forme raffinée de vinaigre, comme solvant dans le procédé de fabrication du PTA. «Le gros de notre travail, c’est de s’assurer qu’il n’y ait aucune fuite d’acide acétique, un produit toxique », explique David Boulanger, directeur environnement, qualité et sécurité chez CEPSA.

M. Boulanger a longuement expliqué les mesures sophistiquées pour éviter les accidents industriels et réagir s’ils surviennent quand même. Il fut question de formation des employés, de processus de gestion de changement, d’enquête, d’audit, d’entretien préventif, de mécanismes d’alerte, d’équipes et d’exercices réguliers d’urgence. Il a aussi expliqué le fonctionnement de la sirène d’alerte, à ne pas confondre avec celle qui est activée chaque mardi, à 11h, dans les usines environnantes.

Il a expliqué le principe de la zone d’exposition en cas de fuite de produit toxique, essentiellement un rayon de 1523 mètres autour de l’usine, qui comprend l’est de Mercier-Est jusqu’à la rue Paul-Pau et le sud du Faubourg Contrecoeur jusqu’au parc d’Alcantara. «Ça ne change pas grand chose si votre domicile est situé dans cette zone, puisqu’en cas d’incident, il faut tenir compte des vents dominants ce jour-là, qui vont habituellement vers le fleuve et qui vont entraîner le panache toxique dans cette direction, a ajouté M. Boulanger. Si vous entendez la sirène, vaut mieux fermer les fenêtres est demeurer à l’intérieur jusqu’à la fin de l’alerte. Il ne faut surtout pas se précipiter dehors pour vérifier ce qui se passe.»

La direction de CEPSA suit des normes internationales strictes de l’industrie chimique et a tenu compte de tous les risques imaginables, des plus minimes aux plus spectaculaires, comme un tremblement de terre, l’écrasement d’un avion, une épidémie de grippe, etc.L’entreprise mise beaucoup sur la transparence et n’hésite pas à communiquer tout dépassement aux normes environnementales ou tout incident aux autorités et à son comité de liaison, qui compte des citoyens du quartier. Plusieurs citoyens présents hier ont d’ailleurs encensé l’esprit de collaboration qui anime l’entreprise. La cote d’amour était élevée. «Si vous sentez une odeur ou voyez un panache suspect, appelez-nous!», a ajouté David Boulanger.

Canterm fait encore peur

L’érection de réservoirs géants tout près de résidences situées sur le boul. Georges V, où serait située une garderie, est restée en travers de la gorge de nombreux résidents, comme ils l’ont manifesté hier. «Personne peut me dire ce qu’il y a dans ces réservoirs», a affirmé Nicole Loubert. Cette dernière a souligné le peu de transparence des autorités et de la société Canterm. «Nous venons d’acheter Canterm. Laissez-nous le temps de nous familiariser avec cette usine. Je vous promets qu’on va initier un dialogue avec les citoyens. Je vous tends la main », a lancé Guy Keymolen, directeur de comptes globaux chez Vopak, une société gazière et pétrolières basée aux Pays-Bas, leader mondial indépendant du storage de produits chimiques liquides. La société, dont le siège est situé à Rotterdam et cotée à la Bourse Euronext d’Amsterdam, emploie 6100 personnes dans 31 pays.

Les citoyens se sont aussi plaints des nuisances (bruits, poussières) liées au camionnage intense sur les rues Sherbrooke et Notre-Dame, en grande partie liées aux activités des membres de l’AIEM. André Brunelle a promis que l’organisme allait se pencher sur ce problème et initier un dialogue avec la Ville de Montréal et les sociétés de camionnages desservant les membres de l’association.

 

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