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Le hold-up de ma liberté: première forte en émotions

Culture, Vie de quartier
Il a fallu deux ans pour réaliser le film «Le hold-up de ma liberté. À gauche: Jersey et Gérald. À droite: Émilie Poisson et Marie-Claude Fournier, cinéaste. (photo: Stéphane Desjardins)
Il a fallu deux ans pour réaliser le film «Le hold-up de ma liberté. À gauche: Jersey et Gérald. À droite: Émilie Poisson et Marie-Claude Fournier, cinéaste. (photo: Stéphane Desjardins)

La première du documentaire «Le hold-up de ma liberté» avait lieu hier (18 juin) à l’Académie Dunton. Beaucoup d’émotions au rendez-vous.

Le film est né d’une suggestion d’Émilie Poisson, qui était intervenante sociale, notamment comme coordonnatrice du volet jeunes et adultes au Projet Harmonie, un complexe de HLM de Mercier-Ouest, avant d’obtenir son poste actuel d’agente de concertation chez Solidarité Mercier-Est. Mme Poisson travaillait depuis des années avec une clientèle d’adolescents, dont plusieurs aboutissaient à la délinquance et la petite criminalité. Il fallait faire quelque chose et l’idée de documentaire s’est imposée d’elle-même.

Pendant deux ans, elle collaborera à ce film réalisé et produit par Marie-Claude Fournier, qui a beaucoup travaillé en télévision. Cette dernière a notamment réalisé le webdocumentaire «Mes états nordiques», diffusé sur TV5, qui a remporté le prix Gémeau 2013 de la meilleure émission ou série documentaire originale interactive.

Possible de s’en sortir

«Le hold-up de ma liberté» raconte le parcours de trois jeunes adultes qui ont grandi dans le projet Harmonie: Jay, Gérald et Jersey. Ils révèlent comment ils en sont venus à commettre de petits larcins et, au fil des coups, de plus en plus gros, confient leurs états d’âmes. «Quand tu fais un gros délit, sur le coup, tu vis un high extraordinaire. Ton coeur bat à cent milles à l’heure, raconte un des jeunes. Mais, plus tard, tu réalises que c’est de l’argent facile. Facile à ramasser. Facile à dépenser. Puis, quand on t’enlève ta liberté, tu comprends que le jeu n’en vaut vraiment pas la peine.»

Car les tois jeunes hommes raconteront qu’ils se sont fait pincer par les policiers peu après avoir commis des délits assez graves. Leurs arrestations furent des expériences pas reposantes du tout! «J’ouvre la porte, man, je vois six à sept robocop avec leurs guns dans ma face!», raconte Jersey.

Les jeunes passeront ensuite au travers du système judiciaire comme jeunes délinquants. Ils feront le parcours classique des «pensionnaires» des Centres jeunesse: passage plus ou moins long à la Cité des jeunes à Rivière-des-Prairies, qui ressemble à une prison, et aterrissage au Mont Saint-Antoine, «où y’a toujours quelqu’un pour te dire tout ce que tu dois faire ou pas faire à chaque minute de la journée», dit un des protagonistes.

Les entrevues sont ensuite montrées à un groupe d’ados qui vivent présentement dans le projet Harmonie. Émilie Poisson et ses collègues intervenantes ont ensuite eu l’idée de faire vivre aux jeunes une journée dans les murs des unités du Mont Saint-Antoine. Puis d’échanger avec les trois jeunes hommes qu’ils avaient interviewés pour le film. C’est le choc.

Aujourd’hui, Jay, Gérald et Jersey ont tous fini (ou sur le point de finir) leurs études et occupent tous un emploi. Gérald est même père de deux très jeunes enfants et dirige son propre club de balle-molle. Ils ont confié, le soir de la première, que ça n’a pas été facile de percer le marché du travail. «Quand tu as un dossier, ça paraît immédiatement dans les vérifications de sécurité que font les employeurs, ont-ils déclaré. Quand tu sors d’un Centre jeunesse, t’es étiqueté.»

«Malgré ça, tu ne dois pas penser que tu es une victime du système. Au contraire, tu dois bien te présenter, avoir du charisme. Et tu dois faire beaucoup de sport. C’est plus payant que la délinquance!», ont-ils livré comme message aux jeunes le soir de la première. Ce fut d’ailleurs une soirée remplie d’émotions, la salle réagissant fortement à certains passages du film. Mmes Poisson et Fournier, très émues, ont souligné que «la criminalité ne rime pas nécessairement avec fatalité. On nous a souvent dit d’abandonner ces petits bums à leur sort. Aujourd’hui, ce sont de jeunes adultes respectables, qui font mentir les préjugés.»

Les deux femmes espèrent produire un cahier pédagogique qui accompagnera le film dans le réseau institutionnel. Elles aimeraient stimuler les discussions entre intervenants et aussi avec les jeunes des Centres jeunesse et du milieu scolaire en général. Elles cherchent aussi un diffuseur télé.

On peut changer

«Il faut que les gens comprennent le message du film: qu’on peut changer», explique Gérald. Son ami Jersey, qui aimerait se lancer en affaires dans le paysagement, ajoute qu’il a réalisé que «beaucoup de monde sont prêts à investir du temps et de l’argent pour les jeunes. Ce film en est la preuve. Son message est tout simple: ne faites pas le mal! En misant sur vous-même, de façon légale, vous irez loin!»

Ce dernier se réjouit que le message du film commence à se répandre et frappe les esprits. Notamment sur Facebook: «Des gens que je ne connais même pas me croisent sur la rue et me félicitent! Si le message passe auprès des jeunes, tant mieux!»

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