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Naufrage à la Longue-Pointe : le Cynthia coule en quelques secondes! (la fin)

Histoire
Cinquante mille personnes visiterons les lieux du naufrage du Cynthia. On ne voit pourtant émerger qu'un mât et une chaloupe retenue par ses amarres. Image tirée du journal Le Monde Illustré, 1 juin 1889. (Coll.: BANQ - Robert Carrière)
Cinquante mille personnes visiterons les lieux du naufrage du Cynthia. On ne voit pourtant émerger qu’un mât et une chaloupe retenue par ses amarres. Image tirée du journal Le Monde Illustré, 1 juin 1889. (Coll.: BANQ – Robert Carrière)

Nous sommes en mai 1889. Aux aurores, une tragédie se prépare sur le fleuve. Deux steamers entrent en collision, le Polynesian et le Cynthia. Le choc est terrible. Le premier survivra à la collision et poursuivra sa route jusqu’à Québec, malgré un énorme trou dans sa coque. L’autre dérive vers la Longue-Pointe puis, soudainement, tangue et coule en quelques secondes, devant l’église. Huit personnes sont tuées.

Voici ce que le journal La Pattie, le 22 mai 1889, a rapporté. Dernier de trois textes.

8 noyés dans la catastrophe de la Longue-Pointe

Après avoir vu le steamer Cynthia couler avec son équipage près de l’église de la Longue-Pointe, le steamer Polynesian continua son chemin jusqu’à Québec avec un trou de 20 pieds dans sa coque.

Plus de 3000 personnes en charrettes ont sillonné les rues de la Longue-Pointe. Aussi, plus de 50 000 personnes sont venues à pied voir cette tragédie.

Un des passagers du steamer Dominion qui a rencontré le Polynesian quelques minutes après l’accident dit que ce dernier est fortement avarié, contrairement à ce que nous avons dit plus haut. Il a un immense trou au flanc droit et il est tout probable qu’il ne pourra pas aller plus loin qu’à Québec. Les marins disent que cette avarie au flanc du navire semble indiquer qu’il y a eu de la faute du pilote du Polynesian.

L’épave du Cynthia – Sur les lieux du naufrage

L’affluence des curieux qui sont allés voir, ces jours-ci, le lieu du sinistre, est quelque chose de prodigieux. On évalue à trois mille au nombre de voiture qui sont allées à la Longue-Pointe dans la seule journée d’hier. Samedi et le jour de la fête de la Reine, ce concours a été quasi aussi grand. Hier, les voitures allant et revenant formaient une double procession quasi continue. Vers les deux heures et demie, tout le parterre qui s’étend entre le fleuve et l’église et toutes les rues descendant de la rue principale vers le fleuve étaient encombrés de véhicules de toute sorte. Le nombre des arrivages compensait sans cesse le nombre des départs.

Les piétons n’étaient pas moins nombreux, et sur tout le parcours de Maisonneuve à la Longue-Pointe, le trottoir était partout littéralement encombré. On laissait les équipages dans les rues transversales ou devant l’église et l’on se rendait en foule sur le bord de l’anse qui se trouve immédiatement à l’est de l’église, en passant à travers le jardin du presbytère. C’est là, à trois cents pieds environ en bas de l’église, que l’on voit, sorti de l’eau, le bout du mât principal du Cynthia. Il s’élève à une quinzaine de pieds tout au plus au-dessus de la surface de l’eau, à cinquante ou soixante pieds de la grève. Il est incliné de façon à supposer que le steamer est à une quarantaine de pieds au fond de l’eau et à cent ou cent cinquante pieds du rivage.

À cinquante pieds de l’endroit où se montre la tête du mât surgit une chaloupe renversée, retenue sans doute au steamer par les amarres. C’est là tout ce que l’on voit du naufrage; un petit bout de mât et le fond d’une chaloupe. C’est le spectacle que cinquante mille spectateurs au moins sont allés contempler au moins depuis quatre ou cinq jours.

3 juin 1889 : Le sinistre de la Longue-Pointe – On retrouve trois cadavres

Le coroner a commencé, samedi dernier, une enquête sur la mort d’Alexander Nichol, âgé de 27 ans, et un des matelots du malheureux équipage du Cynthia. Par un malentendu, les jurés avaient reçu ordre de se rendre à l’hôtel de ville, au lieu de la morgue. En conséquence, peu de jurés avaient pu se rendre à l’injonction du coroner. Le cadavre a pu être néanmoins identifié par le capitaine Taylor et les seconds. Le défunt était natif de Montrose, en Écosse. Il laisse une jeune femme, mais pas de famille. Le corps a été trouvé flottant tout près du lieu du sinistre. L’enquête a été ajournée jusqu’à cette après-midi et il a été enterré, ainsi que le seront tous les autres, au fur et à mesure qu’ils seront retrouvés.

Vers trois heures, hier après-midi, on a retrouvé, vis-à-vis la Pointe aux-Trembles, le corps d’un autre de ces malheureux, nommé Davis Young, âgé de 22 ans, natif de Glasgow. Il fut transporté à la morgue. Pendant la veillée, le corps de l’assistant steward Charles McEachran, âgé de 19 ans, de Glasgow, est revenu à la surface à quelques pieds du naufrage. Hier matin, le révérend Campbell a lu le service anglican sur les corps, qui ont été transportés au cimetière par deux corbillards.

Le deuil était conduit par le capitaine Taylor, le second, M. Coutts, et 21 matelots du navire qui sont encore à la ville.

À lire:

Première partie

Deuxième partie

Le naufrage du Cynthia fait la une des journaux de 1889. (Coll.: BANQ- Robert Carrière)

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