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30 juillet 1911 au matin, c’est la catastrophe : Beaurivage brûle!

Histoire
«La seule maison attaquée par le feu qui n'ait pas été entièrement rasée à Beaurivage», écrit La Patrie le 31 juillet 1911. Il n'en reste pas grand chose! (coll. Robert Carrière)
«La seule maison attaquée par le feu qui n’ait pas été entièrement rasée à Beaurivage», écrit La Patrie le 31 juillet 1911. Il n’en reste pas grand chose! (coll. Robert Carrière)

Trente familles sur le pavé. Le 30 juillet 1911, un incendie, qui dégénère vite en conflagration, détruit plusieurs maisons au Village de Beaurivage, à la Longue-Pointe. On appelle la brigade des pompiers de Montréal. Les gens sont témoins de scènes d’affolement. Voici ce que retient le quotidien La Patrie, aujourd’hui disparu, qui ajoute que l’échevin Larivière, qui ira au secours des sinistrés, déclare que la ville de Montréal sera poursuivie.

Un premier article dans La Patrie:

Samedi matin, une explosion de poêle à gazoline survenue dans la cuisine de M. Jos. Chevalier, a allumé un incendie au village Beaurivage à la Longue-Pointe, qui a tourné en conflagration, mettant sur le pavé 30 familles.

Madame Shepherd, sœur de M. Jos. Chevalier, ancien hôtelier de la Longue-Pointe, allumait son poêle à gazoline vers 8h, pour faire le déjeuner, quand une explosion se produisit, mettant le feu à la maison et brûlant grièvement Mme Shepherd.

Aux cris poussées par la malheureuse qui, telle une véritable torche vivante, se sauvait dehors, son frère et des voisins parvinrent à éteindre les flammes qui la brûlaient. Mais, pendant ce premier moment d’affolement, le feu faisait rage à l’intérieur de la maison de M. Jos. Chevalier.

L’alarme aussitôt donnée, les pompiers de Beaurivage arrivèrent sur le théâtre de l’incendie avec leur dévidoir. En un clin d’œil, les boyaux furent allongés sur 2000 pieds jusqu’au château d’eau de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu. Voyant les progrès faits par l’incendie, on appela à l’aide les pompiers de Montréal.

C’est M. Arthur Sigouin, concierge de l’hôpital, qui avertit la Sœur Supérieure de la gravité du feu. Cette dernière demanda du secours à Montréal par téléphone.

Le chef Tremblay donna l’ordre au capitaine Doolan de la station No 7 de partir immédiatement avec une pompe à vapeur et un fourgon à boyaux, tandis que le même ordre était transmis à la station 13 et à la station 11.

Pendant ce temps, le feu faisait des progrès énormes. Quand les pompiers de Montréal arrivèrent, dix maisons étaient en proie aux flammes.

Les occupants des maisons, aidés par la population de Beaurivage, accoururent en grand nombre, pour sauver leur mobilier. C’était un affolement terrible. Aveuglés par la fumée, les sauveteurs travaillent sans relâche et quand le terrible élément les empêchait de pénétrer dans leurs demeures, ils contemplaient les larmes aux yeux la destruction de leur maison.

L’arrivée des pompiers de Montréal fit naître un peu l’espoir de voir la marche du fléau s’arrêter. Grâce aussi à l’arrivée opportune du bateau-feu le «St-Pierre», qui put allonger deux boyaux, on noya l’incendie sous des torrents d’eau. Dès lors, le feu fut maîtrisé. Il était alors onze heures du matin.

Trente familles sans domicile

Les propriétaires des maisons incendiées sont : Jos. Chevalier, Avocat Bouthillier, Étienne Lavoie, qui avait deux maisons, Raoul Lavoie, Alfred Bouchard, Pierre Bourgeois, qui avait trois maisons, avocat Tremblay, M. Martineau. Trente ménages occupaient ces logements. La plupart n’ont sauvé que quelques meubles.

Arrivé un des premiers sur les lieux du sinistre, M. l’échevin Larivière comprit l’urgence qu’il y avait de procurer un abri aux sinistrés. Il se rendit à Montréal et pria M. Prieur de la Compagnie des Auvents des Marchands, de fournir les tentes nécessaires pour abriter les familles qui, n’ayant pas de logis à leur disposition, seraient obligées de coucher à la belle étoile. Dès midi, on voyait se dresser des tentes qui furent occupées immédiatement. Il faut féliciter l’échevin Larivière de ses efforts pour secourir sans délai les sinistrés, et nous croyons que son zèle ne s’arrêtera pas là.

Les Commissaires seront requis de venir en aide aux malheureux qui ont tout perdu dans cet incendie et qu’ils prendront donc à leur charge ce que l’échevin Larivière à déjà fait de sa propre autorité, vu l’urgence de la situation. La construction de l’aqueduc tant promis, tant attendu, se fait sentir d’une façon incontestable. La conflagration de samedi aurait été évitée si la Ville avait rempli les promesses faites pour obtenir l’annexion : on sait que l’aqueduc devait être construit dans les 12 mois suivant l’annexion. Or, les 12 mois sont échus depuis le 4 juin dernier, et pas un tuyau n’est encore posé.

Un autre article de La Patrie :

On évalue les pertes occasionnées à 30 000$.

Le sinistre qui s’est déclaré hier matin à la Longue-Pointe, et qui laisse sans abri plus de trente familles, remet en question la responsabilité de la Ville à l’égard des personnes qui ont, perdu dans ce terrible incendie, presque tout leur avoir.

Un point d’interrogation se pose qu’on peut traduire ainsi : « La ville doit-elle être tenue responsable des dégâts causés par le feu, par suite de l’absence presque complète de moyen propres à combattre l’incendie ? »

Nous avons interrogé hier l’échevin Larivière, qui représente, à l’hôtel de ville, le quartier de la Longue-Pointe. Voici ce qu’il nous dit : « Je suis certain que la Ville est responsable parce qu’elle aurait dû, aux termes de la loi, installer un système de protection contre le feu à la Longue-Pointe dans un délai d’un an après l’annexion. Or, la Ville ayant manqué à ses engagements, elle met les habitants de la Longue-Pointe dans l’impossibilité de se défendre efficacement contre l’incendie. Il en résulte donc qu’elle doit prendre à sa charge tous les dommages qui, de ce fait, peuvent survenir. »

« Je vais m’occuper sans retard de cette question, ajoute l’échevin Larivière. Je confierai l’affaire à Maître Laflamme, pour qu’il établisse si la Ville doit être tenue responsable et à quel degré. De la réponse de l’avocat dépendra mon attitude future. Dans tous, les cas, si la Ville est responsable, nous n’hésiterons pas à la poursuivre. Et nous aurons recours à ce moyen tant que l’aqueduc que l’on nous a promis n’aura pas été construit.»

V. le texte de Stéphane Desjardins: Le feu de Beaurivage, une énorme catastrophe

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