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Corruption : scandale autour du poste de police Longue-Pointe en… 1911

Histoire
Le poste de police de la Longue-Pointe: photo publiée dans le quotidien La Patrie le 15 juillet 1911. (Photo: BANQ, collection Robert Carrière)
Le poste de police de la Longue-Pointe: photo publiée dans le quotidien La Patrie le 15 juillet 1911. (Photo: BANQ, collection Robert Carrière)

Le scandale éclate sur le choix du site du nouveau poste de police de Longue-Pointe. Nous sommes en 1911. L’affaire est publiée dans les journaux, dont le quotidien La Patrie aujourd’hui disparu. Voici des extraits.

 

Le poste de Longue-Pointe, novembre 1911

L’échevin Larivière obtient une commission d’enquête sur les insinuations de l’échevin Robinson.

À la demande de l’échevin Larivière, une commission spéciale a été nommée par le conseil de ville hier, dans le but de faire une enquête sur le bien ou mal fondé des insinuations faites par l’échevin Robinson sur le compte de représentant du quartier Longue-Pointe en rapport avec l’installation d’un poste de police dans les limites de ce quartier.

Le conseil a pris connaissance d’un rapport catégorique du chef Campeau qui déclare que le dit poste a été choisi par lui sur rapport favorable de l’inspecteur des bâtiments et de l’ingénieur en chef de la ville. Aucun autre immeuble ne fut offert et si les hommes ne dorment pas encore dans ce poste, c’est parce que celui-ci n’est pas encore meublé, l’argent nécessaire n’ayant été voté que tout récemment, le loyer que paie la ville est de 15$ par mois. Après avoir écouté la lecture de ce rapport l’échevin Lavallée dit : « Il n’y a pas de quoi pendre un chat. »

L’échevin Larivière a protesté vigoureusement contre les insinuations de l’échevin Robinson dont la conduite, dit-il, est inqualifiable.

« L’échevin Robinson m’attaque, dit l’échevin Larivière, puis il se sauve en Europe. C’est sa façon d’agir. Et tout ce qu’il sait faire c’est de lancer des insinuations malhonnêtes qu’il ne peut prouver, lui qui voyage en Europe et qui se fait payer pendant son absence. La situation est plus sérieuse qu’on ne le soupçonne. Le procédé de l’échevin Robinson est systématique et son but est de diminuer les Canadiens-Français dans l’opinion publique. Je profite de l’occasion pour signaler les articles malhonnêtes du Montreal Star et de la Gazette, qui approuvent l’échevin Robinson et dénoncent l’ancienne administration, en se servant d’argument faux et mensongers. Ce que les gens-là veulent, c’est de ruiner la majorité dans l’esprit du peuple au profit de l’élément anglais. »

« Le temps est arrivé de signaler ce piège d’ailleurs grossier. Je veux une enquête et si je suis trouvé fautif, je serai prêt à abandonner mon siège. Mais s’il est prouvé que les insinuations de l’échevin Robinson sont fausses et malhonnêtes, je veux et j’espère que l’accusateur soit confondu et censuré comme il le mérite. »

L’échevin Larivière a ensuite proposé qu’une commission fût nommée pour faire une enquête et que les échevins suivants fussent nommés pour en faire partie : MM. Létourneau, Lamoureux, Clément, Mayrand, Tétreau et Drummond. Ce qui fut adopté.

 

Le poste de la Longue-Pointe, , 11 novembre 1911

La commission spéciale fait une enquête sur les lieux.

Un affidavit du propriétaire de la maison.

Hier après-midi, la commission spéciale chargée de faire une enquête sur les insinuations faites par l’échevin Robinson, avant son départ pour l’Europe, est allée faire une visite du poste de police et de pompiers de la Longue-Pointe. Cette délégation se composait de MM. les échevins Jean Lamoureux, président de la commission spéciale, Clément, Larivière, Drummond et Mayrand, ainsi que le chef de police Campeau, du sous-chef Hébert, du chef Tremblay, du Dr. Louis Laberge et du sous greffier, M. Jules Crépeau.

La direction a été reçue par le lieutenant Romulus Renaud, qui a la charge de ce poste. « La maison en question, qui porte le numéro 4035, rue Notre-Dame Est, à la Longue-Pointe, est très appropriée pour un poste temporaire de police, nous a déclaré M. l’échevin Clément. Naturellement, une maison qui n’avait pas été habitée pendant plusieurs mois avant qu’elle ne soit louée pour le compte de la Ville devait être un peu humide, surtout en février, alors qu’elle a été visitée. Comme vous avez pu le constater par vous-même, la cave est très sèche et la maison est bien aérée. »

Le lieutenant Romulus Renaud, qui à la charge de cette station de police nous a fait la déclaration suivante : « Je suis très satisfait de notre logis, qui est, d’après moi, la meilleure maison que l’on ait pu choisir ici; et je n’aurais qu’une protestation à adresser à l’Hôtel de ville : ce serait dans le cas ou l’on me chargerait de poste. Je suis si satisfait de notre poste temporaire que je tiens beaucoup à y rester. J’ai trois hommes avec moi : ce sont les constables Thomas Pelletier, J.H. Bircher et Joseph Alarie. Tous trois m’ont déclaré qu’ils regrettaient beaucoup être changés de poste. »

Le sous greffier, M. Jules Crépeau, a préparé un affidavit qui a été signé sous serment par M. Joseph Chevalier, propriétaire de la maison et du terrain en question, lequel déclare que la dite maison a été louée par le chef Campeau seul, pour le compte de la Cité de Montréal, et que jamais aucun échevin n’a été directement ou indirectement mêlé à cette transaction. Que jamais il n’a été approché privément par un échevin sur cette question et qu’il n’a payé aucune commission au sujet de la location de la maison convertie en poste de police.

M. Chevalier, dans cet affidavit, déclare encore que la maison a été louée au prix de 15$ par mois, pour une année, et qu’il a lui-même payé les frais du nettoyage de la dite maison. M. Chevalier a signé cet affidavit en présence de toute la délégation.

« Cette maison est construite depuis quelques années mais elle est très solide et est conforme sur tous les rapports avec les règlements de construction de la Ville de la Longue-Pointe, qui seront encore en force dans le quartier, pendant encore cinq ans », nous ont déclaré les échevins Lamoureux et Mayrand.

Le rapport de la délégation sera probablement présenté au conseil lundi prochain. MM. Georges Janin et le chef Tremblay avaient gracieusement mis leurs automobiles à la disposition des délégués, pour ce voyage à la Longue-Pointe.

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