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Le feu de Beaurivage en 1911: une énorme catastrophe

Économie, Histoire
«La rue Trudel, à Beaurivage, où la déflagration a fait le plus de dommages», écrit La Patrie le 31 juillet 1911. (Coll. Robert Carrière)
«La rue Trudel, à Beaurivage, où la déflagration a fait le plus de dommages», écrit La Patrie le 31 juillet 1911. (Coll. Robert Carrière)

Dans sa plus récente chronique, Robert Carrière fait état d’un feu de l’été 1911 qui a rasé plusieurs maisons et mis une trentaine de familles de Beaurivage à la rue. À l’époque, on avait évalué les dommages à 30 000 $. Aujourd’hui, cette donnée représenterait près de deux millions de dollars.

L’échevin qui représentait Beaurivage, un ancien village de la Longue-Pointe qui avait été annexé à Montréal, entendait poursuivre la métropole parce qu’elle n’avait pas encore installé des bornes-fontaines dans le quartier de l’incendie. Cet équipement avait pourtant été promis par Montréal avant que la Longue-Pointe ne s’annexe à la métropole (v. autre texte).

Un de nos lecteurs, Robert Riendeau, s’interroge sur notre page Facebook : « J’ai effectué une petite recherche pour savoir ce que représenteraient 30 000 $ (les dommages causés par l’incendie de 1911) en dollars d’aujourd’hui. La Feuille de Calcul de l’Inflation de la Banque du Canada n’est pas conçue pour l’immobilier. À ma question, elle indiquait 629 000,00 $. Ce qui n’a aucun sens. »

M Riendeau croit que les dommages, en dollars d’aujourd’hui, totaliseraient plusieurs millions. D’autant plus qu’il n’est pas rare qu’une maison de brique de deux étages, dans le quartier, soit évaluée à 500 000 $.

Les explications d’une économiste

Nous avons demandé quelques explications à Thérèse Laflèche, une économiste qui a déjà travaillé à la Banque du Canada. Cette dernière indique que l’indice du coût de remplacement par le propriétaire peut être utilisé pour estimer le montant que représenteraient les dommages aujourd’hui. « Le hic, c’est que les données ne débutent qu’en 1949 pour le Canada et en 1979 pour le Québec, dit-elle. Alors il faut émettre des hypothèses. »

Mme Laflèche suppose donc que la croissance du coût de remplacement aurait été la même au Québec qu’au Canada de 1949 à 1979 et qu’avant 1949, elle était de 2,8 %. Elle a choisi ce taux parce que l’inflation globale a été de 2,0 % entre 1911 et 1949, mais elle aurait été plus forte pour le coût des propriétés. « Je me fonde sur le fait que, de 1949 à 2013, la croissance annuelle moyenne de l’indice total des prix à la consommation (IPC) s’est élevée à 3,7 %, alors que celle du coût de remplacement des propriétés a été de 4,5 %, une différence de 0,8 point de pourcentage. Donc 2,8 % au lieu de 2,0 %. »

Avec ces hypothèses, Mme Laflèche considère que 30 000 $ en 1911 vaudraient 1,96 million en dollars de 2014.

Certains seraient surpris de cette donnée et s’attendraient à plus. On parle tout de même ici d’un incendie qui a rasé tout un quartier!

« Ça paraît peu élevé, mais les prix de l’immobilier n’ont pas toujours augmenté! Au contraire, il y a eu plusieurs bulles immobilières et les prix ont parfois chuté drastiquement depuis 1911. Par exemple, en 1982, quand les taux d’intérêt avaient atteint des sommets, et en 1991, pendant la récession, ou plus récemment, lors de la crise financière de 2008-2010. Par contre, les prix de l’immobilier ont beaucoup moins baissé au Québec qu’ailleurs au Canada pendant ces périodes », ajoute Thérèse Laflèche.

1911 comparé à 2014

Il faut aussi tenir compte de plusieurs facteurs qui influencent la valeur des maisons à notre époque, comparée à celles d’il y a un siècle. La surface des habitations a beaucoup augmenté. De même que le prix des terrains. Notre quartier est situé sur l’île de Montréal, près du centre-ville. À l’époque, Beaurivage, c’était la campagne. La présence du métro influe aussi grandement sur le prix des maisons. Le quartier est desservi par l’aqueduc et les égouts. Les maisons de Beaurivage, en 1911, disposaient, peut-être, de puits.

De plus, les matériaux de construction et la finition ne sont pas les mêmes. Les maisons de 1911 étaient habituellement faites en bois avec finition de plâtre de Paris, sur pilotis, et non recouvertes de brique sur une assise de béton. Elles ne comptaient qu’une cuisine, deux ou trois chambres (malgré les grosses familles) et une salle de bains. Parfois, la salle de bains se résumait à une toilette sèche dans la cour. Aujourd’hui, les maisons comportent un hall, deux ou trois chambres, un sous-sol fini, deux salles de bains et des « walk-in ». Les services (eau, électricité, internet) sont bien plus imposants qu’à l’époque, de même que la fenestration, qui est plus efficace et nombreuse. Les finis comprennent souvent des produits importés.

Enfin, les maisons d’aujourd’hui sont de véritables châteaux comparées à celles de 1911, si on tient compte du confort moderne, des meubles, de l’électronique, etc.

Donc, il faudrait davantage se fier aux données colligées par les assureurs de dommages, qui se fient à d’imposantes grilles de calcul pour fixer le coût de remplacement en cas de sinistre. Si l’incendie avait eu lieu le 30 juillet 2014, au lieu du 30 juillet 1911, on pourrait parler d’une quinzaine de millions de dollars pour un coût de remplacement moyen de 500 000 $ par maison…

Par contre, les pompiers, de nos jours, sont plus efficaces qu’en 1911. Et il y a désormais des bornes-fontaines dans le quartier. Le feu se serait-il propagé aussi rapidement? Pas sûr. Mais ça, c’est un autre débat…

V. le texte de Robert Carrière: 30 juillet 1911 au matin, c’est la catastrophe: Beaurivage brûle!

 

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