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Un nouveau centre de compostage dans l’Est de Montréal

Élus
Le 9 juillet dernier, Montréal annonçait que le site d'implantation pour le centre de compostage qui devait initialement être construit dans le quartier St-Michel serait plutôt implanté dans l’est de l’île de Montréal. Pourquoi le développement de l’Est devrait-il se faire autour d’un projet que le reste de l’île a rejeté, demande Laurence Lavigne Lalonde.(Photo: Kessner Photography, WikiCommons)
Le 9 juillet dernier, Montréal annonçait que le site d’implantation pour le centre de compostage qui devait initialement être construit dans le quartier St-Michel serait plutôt implanté dans l’est de l’île de Montréal. Pourquoi le développement de l’Est devrait-il se faire autour d’un projet que le reste de l’île a rejeté, demande Laurence Lavigne Lalonde.(Photo: Kessner Photography, WikiCommons)

Le 9 juillet dernier, le maire de Montréal Denis Coderre, Madame Chantal Rouleau, mairesse de Rivière-des-Prairies – Pointe-aux-Trembles, et Monsieur Réal Ménard, maire de l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et responsable du développement durable au comité exécutif, ont annoncé que le site d’implantation pour le centre de compostage qui devait initialement être construit dans le quartier St-Michel serait plutôt implanté dans l’est de l’île de Montréal. Ce faisant, ils ont jeté du revers de la main le principe d’équité territoriale et du même coup le contrat moral pris avec les citoyens et citoyennes de l’est de la Ville.

Le principe d’équité territorial, qu’est-ce que c’est?

Deux principes directeurs ont guidé depuis 2011 la réflexion du comité exécutif de la Ville sur la question de la collecte des matières organiques et la réduction importante souhaitée de la quantité de déchets domestiques que l’on enfouit.

Le premier principe est l’autonomie régionale. Nous traiterons localement les déchets organiques que nous produisons et leur transformation se fera sur le territoire Montréalais. Le deuxième principe directeur est l’équité territoriale. Ce principe vise à s’assurer que le fardeau qu’impose une telle décision soit partagé par l’ensemble de l’agglomération de Montréal. Ce fardeau, c’est cinq équipements : quatre centres de traitement et un centre pilote de prétraitement des ordures ménagères qui seraient répartis entre quatre emplacements; au nord, au sud, à l’est et à l’ouest de l’île.

En ce sens, en octobre 2011 le parti Vision Montréal, dont étaient membres à l’époque M. Ménard et Mme Rouleau, a déposé un mémoire dans lequel il affirmait :

« (…) en dépit des effets positifs anticipés, nous manquerions à nos devoirs d’élus en ne signalant pas que la population dont nous sommes les porte-paroles est inquiète, quant à l’établissement des deux infrastructures projetées dans l’est de Montréal, soit l’usine de biométhanisation d’une capacité de 60 000 tonnes/année et un centre pilote de prétraitement d’une capacité de 25 000 tonnes/année. »

Cette inquiétude était et est toujours partagée avec raison par de nombreux citoyens et citoyennes de l’est de Montréal qui considèrent faire plus que leur juste part en matière d’infrastructures lourdes servant à l’ensemble de la communauté Montréalaise. La population de l’Est cohabite en effet avec l’entreprise Sanimax (anciennement Lomex), qui traite les viandes avariées, avec l’incinération des boues de la station d’épuration des eaux usées, avec le centre de transbordement EBI, qui transborde 25 000 tonnes de déchets annuellement, avec les raffineries de Suncor situées sur le territoire de la ville de Montréal Est, pour en citer quelques exemples. Au total, ce sont 16 entreprises liées à la gestion des matières résiduelles qui sont situées sur le territoire de l’est de Montréal. Toutes ces infrastructures s’accompagnent de nombreuses nuisances pour les riverains, que ce soit en termes de circulation, de camionnage, de bruit, d’odeur et de pollution.

Monsieur Coderre et Mme Samson ont, en apparence, tenu leur promesse aux résidents de Saint-Michel qui s’inquiétaient à l’idée d’accueillir un tel équipement. En effet, au lendemain de l’élection, le mandat à été donné au nouveau responsable de l’environnement, M. Ménard, de trouver un autre site pour accueillir le centre de compostage qui devait être dans le quartier St-Michel et ce, malgré le principe d’équité territoriale qui avait fait l’unanimité.

La réalité pour l’Est de Montréal

Il faut reconnaître que le nouveau site répond aux critères établis par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) dans le cadre des consultations faites préalablement. Par contre, je pense qu’il faut remettre en question les retombées économiques et sociales promises par la mairesse de Pointe-aux-Trembles-Rivières-des-Prairies. Le projet est présenté comme créateur d’emplois de qualité. En réalité, on y créera 40 emplois, ce qui est loin de constituer un développement économique important pour le secteur. Pour ce qui est du développement social, il est difficile de croire que ce projet aura des répercussions sociales positives dans le secteur industriel qui l’accueillera.

Lorsque ce projet est annoncé comme une occasion en or de développer l’est de Montréal, plusieurs questions me viennent à l’esprit : est-ce que ce secteur de la Ville est voué à se développer uniquement autour d’industries de traitement des matières résiduelles? Autour d’infrastructures lourdes, polluantes, offrant des conditions de travail plus difficiles? Où sont le maire et la mairesse de ces deux arrondissements de l’est de Montréal pour proposer des projets avantageux de développement aux habitants de ces quartiers ? Pourquoi le développement de l’Est devrait-il se faire autour d’un projet que le reste de l’île a rejeté, plutôt que par des projets provenant de secteurs d’activités qui offriront un cadre de vie stimulant, une économie du savoir, une perspective de croissance qui se calcule autrement que par le calcul du tonnage de résidus?

De la bien petite politique sur le dos des citoyens de l’Est, encore!

L’annonce faite le 9 juillet dernier est d’une grande tristesse et donne encore de nombreux arguments aux citoyens de l’est de Montréal, tout comme à ceux de St-Michel, d’être déçus des politiciens et d’être cyniques à leur égard. Car là où le bât blesse pour les citoyens de l’Est, c’est qu’on leur a fait de fausses promesses. Les résidents de l’Est ont accepté d’accueillir le centre de prétraitement et un centre de compostage sous condition que l’équité territoriale soit respectée. Au lieu de ça, ils accueilleront, non pas un, mais deux centres de compostage ainsi qu’un centre pilote de prétraitement.

Comment M. Ménard et Mme Rouleau ont-ils pu laisser ceci se produire après leur prise de positions passées, basées sur le noble principe d’équité entre montréalais? En tant représentant de l’Est de Montréal au comité exécutif ils se devaient de défendre les préoccupations de la population de l’Est. S’ils n’ont pas été les porte-paroles qu’ils s’étaient engagés à être, qui défend un développement économique et social de qualité pour l’Est au sein de l’exécutif de la Ville?

Une nouvelle consultation publique

En tant que membre du conseil municipal, mais encore plus en tant que membre du conseil d’arrondissement de MHM, je me demande lesquels de mes collègues peuvent encore aujourd’hui prétendre défendre les intérêts des citoyens qui les ont élus. L’OCPM devra bientôt organiser une consultation publique dans le cadre de ce projet. Ce sera l’occasion pour les citoyens d’en apprendre et de se prononcer sur les conséquences de la décision qui a été prise par le comité exécutif. Je m’engage à suivre ces consultations de près et à défendre les intérêts des citoyens de l’est de la Ville dans ce dossier.

 

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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