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Denys Arcand fait salle comble chez StationVu

Culture
Denys Arcand discute de son film «Le règne de la beauté» avec le public de StationVu. (photo: Stéphane Desjardins)
Denys Arcand discute de son film «Le règne de la beauté» avec le public de StationVu. (photo: Stéphane Desjardins)

Denys Arcand, venu présenter son dernier film « Le règne de la beauté », a attiré les foules au cinéma StationVu hier soir (18 septembre). Les cinéphiles ont longuement échangé avec le cinéaste oscarisé, qui s’est prêté au jeu avec un plaisir évident.

« Ce que pense la critique de mes films ne m’intéresse pas. Ce qui compte, c’est le monde ordinaire, qui comprend généralement tout ce que j’essaie de dire avec mes films », a lancé le cinéaste au journal de Mercier-Est, quelques minutes avant de rencontrer son public dans la salle de StationVu, qui a dû organiser deux projections au lieu d’une tellement il y avait d’affluence. Le cinéaste a été chaudement applaudi par un public qui a visiblement apprécié l’œuvre la plus contemplative de sa cinématographie. Un changement de ton qui a généralement désarçonné la critique.

« Le règne de la beauté » raconte la crise existentielle de la mi-trentaine d’une étoile montante de l’architecture québécoise. Invité à siéger à un jury qui siège à Toronto, l’architecte (Éric Bruneau) y connaîtra une aventure avec une femme Melanie Merkosky) dont le mariage tire sérieusement de l’aile. Mais la femme de l’architecte (Mélanie Thierry) traverse une profonde dépression, et ce dernier réalise toute la profondeur de sa relation avec elle. Le film traite clairement des relations amoureuses d’aujourd’hui, dont le modèle s’éloigne des schémas traditionnels. « Beaucoup de couples se défont, mais il subsiste souvent une relation d’amitié durable. Ces gens s’aiment profondément, même si leur couple s’étiole », d’ajouter M. Arcand.

En fait, ce film à la photographie très léchée (superbes images de Charlevoix et de Toronto) et au rythme lent se situe en droite ligne avec une de ses œuvres qu’il avait produite à l’époque du premier référendum québécois, en 1995, « Le confort et l’indifférence ». Denys Arcand l’a reconnu : « La vie est douce au Québec, dit-il. C’est le seul pays dans le monde où il n’y a pas eu de guerre, de famine, de conflits sanglants et traumatisants à très grande échelle. Les Québécois ne veulent surtout pas que ça change. La conclusion du “Confort et l’indifférence”, c’est que les baby-boomers ne feront jamais l’indépendance du Québec. Ils tiennent trop à leur confort, justement. Avec ce dernier film, j’avance qu’il ne faudra jamais compter sur les Québécois pour faire la révolution. Le Québec est un pays où il ne se passe rien. Où les plus gros problèmes de société sont souvent des préoccupations triviales, comme : ai-je raison de tromper ma femme? On m’a beaucoup critiqué pour avoir décrit cette réalité. »

On a aussi affirmé que Denys Arcand cultivait le cynisme par le ton parfois incisif de ses films. Les scènes d’hôpital pratiquement assiégé dans « Les invasions barbares » avaient beaucoup fait jaser. « Je me considère plutôt comme un messager, qui présente une réalité que les gens n’aiment pas toujours voir, qu’ils soient de droite, de gauche, fédéralistes ou indépendantistes, répond-il. Je vais vous répondre par un propos de Shakespeare qui est déjà un énorme cliché : j’essaie de faire des films sérieusement, le plus authentiquement possible, pour tendre un miroir qui permet aux gens de demeurer éveillés. »

Le cinéaste a affirmé que l’étape qu’il trouvait la plus difficile, dans la réalisation de ses films, c’était l’écriture du scénario. « On est seul pendant des mois, parfois des années. Le doute s’installe : le film va-t-il se faire? Est-ce que ce sera bon? Ces inquiétudes refont aussi surface à la toute fin du montage. On a travaillé tellement fort qu’on n’a plus de recul. On ne sait plus si c’est bon ou mauvais. »

Habitué du Festival de Cannes, où il a gagné le Prix du Jury avec « Jésus de Montréal », Denys Arcand est le seul cinéaste canadien à avoir remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère avec les « Invasions barbares », en 2004, qui lui valu aussi un prix César. Il a aussi obtenu plusieurs autres prix, notamment trois Génie et deux Jutra. C’est le cinéaste québécois le plus reconnu dans le monde. Hier soir, il s’est dit légèrement inquiet pour l’avenir de notre cinéma, avec le départ de plusieurs cinéastes talentueux pour Hollywood, comme Denis Villeneuve, Jean-Marc Vallé ou Philippe Falardeau. Mais il ne s’est pas dit surpris par cet exode : « Là bas, on prend soin des gens talentueux. Ici, le milieu du cinéma est régi par des fonctionnaires qui n’en ont rien à cirer. »

Biographie de Denys Arcand

Bande-annonce du film « Le règne de la beauté »

Site web de StationVu

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