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Hold-up : deux policiers abattus par trois bandits, la suite

Histoire
L'affaire du hold-up de la Longue-Pointe a fait grand bruit, comme en témoigne la une du quotidien La Patrie de 1948. (BANQ - Coll. Robert Carrière)
L’affaire du hold-up de la Longue-Pointe a fait grand bruit, comme en témoigne la une du quotidien La Patrie de 1948. (BANQ – Coll. Robert Carrière)
Louis Desrosiers, arrêté mercredi dernier, est toujours gardé dans une cellule isolée, mais comme c'est un dur-à-cuire, il a absolument refusé, jusqu'à présent, de dire quoi que ce soit à la police et celle-ci n'a obtenu aucun des renseignements qu'elle désirait de lui. On ignore encore les détails exacts de son intervention après le meurtre. Il est accusé de complicité. (BANQ - Coll. Robert Carrière)

Louis Desrosiers, arrêté mercredi dernier, est toujours gardé dans une cellule isolée, mais comme c’est un dur-à-cuire, il a absolument refusé, jusqu’à présent, de dire quoi que ce soit à la police et celle-ci n’a obtenu aucun des renseignements qu’elle désirait de lui. On ignore encore les détails exacts de son intervention après le meurtre. Il est accusé de complicité. (BANQ – Coll. Robert Carrière)

L’affaire a fait beaucoup de bruit dans tout le pays. Un hold-up tourne au tragique, ce 24 septembre 1948. Et ça se passe dans la Longue-Pointe, angle Notre-Dame et Saint-Just. Les constables Nelson Paquin et Paul-Émile Duranleau sont tués au cours d’un vol armée. Un des «apaches», les malfaiteurs qui ont fait le coup, est capturé. J’ai recopié de longs extraits du journal La Patrie de l’époque que j’ai retrouvés aux Archives nationales du Québec. Quatrième texte d’une série publiée tout l’automne.

Le 3 octobre 1948

Des policiers Montréalais partiront lundi pour chercher les Perreault en Alberta

Appréhendés à 2000 milles de la scène de leurs crimes

Sans argent, traqués par plusieurs centaines de policiers à travers tout le Canada, Donald et Douglas Perreault, recherchés depuis une semaine, à la suite du double meurtre des policiers Nelson Paquin et Paul-Émile Duranleau, lâchement abattus de plusieurs balles de revolver alors qu’ils étaient en devoir, sont actuellement sous les verrous.

Les deux Perreault ont en effet été appréhendés par les agents de la Gendarmerie Royale du Canada à Medicine Hat, Alberta, au cours d’une tentative de vol dans un garage de cette localité.

Les bandits qui, au moment de leur arrestation, n’avaient sur eux ni argent ni arme, se voyaient forcés, s’ils voulaient poursuivre leur fuite, d’effectuer un vol quelconque. Ils choisirent alors un garage où ils tentèrent de voler neuf gallons d’essence. Les deux apaches furent appréhendés et conduits dans les cellules du RCMP, ou ils donnèrent les faux noms de Louis Desrosiers et Bernard Dussault. Ils comparaissaient en Correctionnelle, vendredi à Lethbridge, où ils furent condamnés à 25$ d’amende ou 30 jours de prison. N’ayant pas l’argent nécessaire pour payer l’amande et les frais de Cour, les deux Perreault furent conduits à la prison locale d’où ils demandèrent la permission de téléphoner afin d’obtenir de l’argent.

Les détenus entrèrent alors en communication avec Longueuil, où ils demandèrent à parler à Louis Desrosiers. C’est à ce moment que la téléphoniste prit les détails en note, après quoi elle répondit que Desrosiers avait été arrêté. À ce moment les Perreault ne savaient pas que leur complice était sous arrêt.

Peu après, alors que les autorités de la GRC de Lethbridge commencèrent à douter de l’identité des détenus, le sergent détectives A. Poulin, de l’escouade municipale des vols à main armée, recevait une information à l’effet que quelqu’un venait de tenter d’entrer en communication avec Louis Desrosiers à Longueuil. Selon l’informateur l’appel téléphonique venait de Lethbridge, Alberta. Le sergent Poulin transmit immédiatement la nouvelle à l’inspecteur intérimaire Ernest Francoeur, directeur de la Sûreté municipale, qui ne pouvait croire l’information, puisque près de 2000 milles séparent Sheenboro de Lethbridge, et qu’à 6h30 lundi soir, les deux bandits étaient chez le grand-père de Donald à cet endroit.

Finalement, vers six heures, vendredi soir, un employé de la « British United Press » communiquait avec l’inspecteur Francoeur, lui apprenant que deux individus avaient été appréhendés en Alberta sous une accusation de tentative de vol dans un garage. L’inspecteur Francoeur communiqua alors avec Lethbridge, où les autorités de la GRC confirmèrent la nouvelle.

Après avoir questionné les détenus, ces derniers avouèrent finalement leur identité réelle et, moins d’une heure plus tard, l’inspecteur Francoeur recevait un second appel de Lethbridge, concernant les deux Perreault recherchés par la Sûreté municipale de Montréal en rapport avec le meurtre des agents Paquin et Duranleau.

L’inspecteur Francoeur demanda aux autorités de la GRC de séparer les prisonniers et de les mettre constamment sous la garde d’un officier, vu qu’il s’agissait de gens qui devaient probablement répondre à une accusation de meurtre. La GRC a révélé qu’au moment de leur arrestation, les Perrault se trouvaient toujours en possession de la voiture de Donald, soit une Cadillac 1941 dont le permis avait toutefois été changé.

L’inspecteur E. Francoeur a déclaré, hier soir, que les empreintes digitales des deux détenus de Lethbridge arriveraient à Montréal au cours de la journée de samedi afin que les deux prisonniers soient identifiés hors de tout doute comme étant les Perreault. L’inspecteur ajoute toutefois : « Il n’y a pas de doute sur ce fait, il ne s’agit que d’une affaire de routine ».

L’inspecteur Francoeur et le capitaine W. Fitzpatrick partiront de Montréal jeudi pour Lethbridge d’où ils ramèneront les deux Perreault pour l’enquête du coroner, qui sera probablement tenue vers la fin de la semaine prochaine.

Quant maux accusations qui seront portées contre les inculpés, l’inspecteur Francoeur a déclaré que Donald et Douglas Perreault, ainsi que Noël Cloutier, devraient répondre à une accusation de meurtre, alors que Louis Desrosiers serait accusé de complicité après le fait.

La police a également révélé, vendredi soir, que Desrosiers avait conduit Douglas à l’angle des rues Mont-Royal et Saint-Denis, vers 5 heures le jeudi 23 septembre dernier, soit moins de trois heures après le double meurtre des agents Paquin et Duranleau. L’inspecteur Francoeur a révélé que Douglas était demeuré dans les limites de la ville pendant plusieurs heures après le crime, alors que Donald passait soit par le pont Victoria ou le pont Jacques-Cartier dans le but de se créer un alibi quelconque, hors de la ville, dans une tentative d’éviter la police.

C’est au cours de cette même soirée qu’il se présentait au garage Morin à Varennes, où il payait le garagiste avec un chèque de 2,20$, qui a plus tard été remis au capitaine J-A Quenneville de la Sûreté provinciale.

Peu après, les deux Perreault entraient en communication par l’intermédiaire de Desrosiers, et ils se rejoignaient pour filer vers Sheenboro, chez le grand-père de Donald. Les deux bandits arrivèrent à destination, vendredi soir, pour ne quitter les lieux que lundi soir, après que le grand-père eut appris à Chapleau que son petit fils était recherché pour le meurtre des policiers. Le vieux ne reçoit pas de journaux et ne possède pas de radio. Il était donc, depuis leur arrivée, dans l’ignorance complète de la chasse à l’homme qui avait Donald et Douglas comme cible.

Toutefois, lundi matin, le grand-père se rendit à des funérailles à Chapleau où il apprenait la vérité. À son retour chez lui, il jetait les deux bandits à la porte. On se souvient que moins de deux heures plus tard, l’inspecteur Georges Alain, accompagné de plusieurs policiers, arrivait chez le grand-père à la suite d’une information obtenue d’un garagiste où les apaches avaient acheté de l’essence.

De nouveau la police perdit la piste et une chasse fut entreprise dans l’Est de l’Ontario et dans l’Abitibi, spécialement dans la région de Rouyn ou demeurent plusieurs des parents de Donald. Les recherches sont restée vaines jusqu’à vendredi soir, lorsque l’inspecteur Francoeur apprit la nouvelle venant de l’Alberta.

L’inspecteur Francoeur communiqua immédiatement avec l’inspecteur Alain et le capitaine Jos. Bédard, respectivement en charge de deux escouades de policiers cantonnés à North Bay, pour leur donné ordre de revenir à Montréal.

La police a de plus révélé, samedi matin que lors du séjour des deux bandits chez le grand-père de Donald à Sheenboro, ils avaient reçu, au cours de la journée de dimanche, la visite de quatre de leurs amis, qui leur ont tout probablement fourni de l’argent.

De l’avis de l’inspecteur Francoeur, les deux détenus de Lethbridge ont dû voyager constamment jour et nuit, de lundi soir à vendredi matin, pour parvenir à franchir la distance qui sépare Sheenboro de Medicine Hat, en si peu de temps. Il s’agit d’une affaire de 2000 milles.

Comme plusieurs criminels dans le passé, les Perreault ont été arrêtés pour un petit vol, pour ensuite être identifiés comme des individus dangereux. Leur arrestation par la GRC met ainsi fin à une chasse à l’homme à travers les provinces de l’Ontario et du Québec qui dura exactement huit jours.

Vendredi après-midi, lorsqu’on apprit à la Sûreté municipale la nouvelle de l’arrestation des deux bandits, on pouvait facilement lire sur les visages des policiers un sourire de grande satisfaction à la suite d’un travail épuisant de recherches effectuées pendant plus d’une semaine. Les limiers attendent maintenant l’arrivée des apaches, vers la fin de la semaine prochaine, et leur incarcération aux cellules des quartiers généraux de la Sûreté de Montréal.

Le 4 octobre 1948

Quatre détectives locaux en route pour Lethbridge

Le capitaine détective Jos. Bédard, ainsi que les sergents P. Melançon, Arthur Charron et Dick Jones, de la Sûreté municipale, partent ce soir à destination de Lethbridge afin d’aller chercher Donald et Douglas Perreault, qui sont actuellement détenus dans la prison de cette ville de l’Alberta, après avoir été condamnés à un mois de prison pour vol d’essence.

Les policiers feront le voyage aller-retour par train. Ils devaient tout d’abord noliser un avion mais doivent se rendre jusqu’à Medicine Hat, afin d’y faire une enquête sur les allées et venues des deux bandits à cet endroit. Ils devront aussi payer l’amende de 104$ imposée au deux bandits afin de pouvoir les ramener à Montréal sans délai.

Par avion les policiers n’auraient pu mettre les menottes aux prisonniers et leur chance de tenter de s’évader aurait été plus forte. Les quatre policiers reviendront à Montréal avec leurs prisonniers en fin de semaine prochaine.

 

Comme des moutons

Les deux Perreault furent capturé à bonne heure vendredi matin à Taber, Alberta, après avoir volé neuf gallons d’essence à Seven Persons, Alberta. Fatigués par leur long voyage, les deux suspects se livrèrent comme des moutons aux agents fédéraux Gordon H. Hacking et E-O Kumm. Ils n’étaient pas armés et étaient pratiquement sans le sou.

Quand ils comparurent en Cour à Medicine Hat, Alberta, ils ne purent payer une amende de 104$ et furent condamnés à 30 jours de prison. Les fugitifs donnèrent de faux noms lors de leur arrestation. Ils s’identifièrent à la police comme étant Louis Desrosiers, lequel était déjà détenu par la police depuis mercredi dernier à Montréal, et Jean-Bertrand Dussault.

Montréal paiera

Par ironie du sort, l’amende que les deux fugitifs ne purent payer et qui aurait pu leur permettre de retrouver leur liberté après quelques heures de détention, sera payée par la police de Montréal afin d’assurer leur retour à Montréal sans attendre que leur sentence de 30 jours soit purgée.

L’identification des suspects ne fut faite par la GRC que vendredi après-midi. Voyant qu’ils n’avaient pas l’argent pour payer l’amende imposée, les deux détenus demandèrent la permission d’appeler des parents à Montréal. C’est cette requête qui éveilla les soupçons des policiers.

On permit à l’un d’eux d’appeler, en renversant la charge, un nommé Armand Tremblay à Montréal. La curiosité des policiers fédéraux avait cependant été éveillé car les agents se demandaient pourquoi les deux hommes, voyageant dans une voiture aussi dispendieuse ,n’avaient presque pas d’argent, et pourquoi ils avaient été de forcés de voler de l’essence. Ils regardèrent alors dans leurs filèrent

L’auto du crime

Le sergent Le sergent d’état major E-T Buchana, de la division de Lethbridge de la police fédérale, se souvint qu’une voiture Cadillac modèle 1941 avait été mentionnée dans les journaux à la suite du meurtre des deux policiers montréalais et il sortit la circulaire envoyée par la police municipale de la métropole canadienne.

Se servant de la radio à deux voies de la GRC, il vérifia la description de l’auto Cadillac gardée par La police à Taber. Le tout concordait avec la circulaire de la police de Montréal. On lui avait donné les noms des deux bandits (Desrosiers et Dussault). Il trouva les noms dans ses filières, car les deux individus portant ces noms avaient déjà été condamnés à la prison. Toutefois, le signalement donné dans les filières et celui des deux individus appréhendés le matin ne concordaient pas.

En vérifiant la circulaire de la police de Montréal, le sergent Buchana constata que le signalement donné correspondait exactement à celui des deux détenus. Il donna immédiatement instruction de conduire les deux condamnés de Medicine Hat à Lethbridge.

Ils admettent

Rendus à Lethbridge, les deux détenus furent confrontés avec les photographies de la police de Montréal et ils admirent alors être Donald et Douglas Perreault, recherchés par la police de Montréal pour le meurtre des constables Duranleau et Paquin. Avant d’être incarcéré dans la prison de Lethbridge, Donald Perreault déclara à la police qu’il voulait que sa Cadillac soit remise à sa femme, à Montréal.

Permis du Manitoba

La police a déclaré que pendant leur longue randonnée vers l’Ouest canadien, les deux suspects achetèrent un permis du Manitoba pour leur auto dans un bureau de permis de Portage La Patrie, près de Winnipeg. L’auto portait cette plaque lors de leur capture. Les policiers n’ont pu retrouver la plaque de permis du Québec originalement sur l’auto. On croit que les fugitifs la jetèrent après avoir acheté celle du Manitoba.

Bien que des recherches intensives aient été faites dans l’auto, on n’a retrouvé aucune arme. La police croit que les deux Perreault ont fui de Montréal sans armes.

La barbe longue et leurs vêtements froissés, les deux détenus parlèrent à peine suite à leur arrestation et ne semblaient s’inquiéter de rien pendant le voyage de 105 milles de Medicine Hat à Lethbridge.

La police ignore vers où ils se dirigeaient lors de leur capture, mais on croit qu’ils n’avaient qu’un désir : s’éloigner le plus rapidement possible de Montréal. Tous deux sont actuellement gardés dans des cellules séparées et on ne leur permet pas de se parler, à la demande de la police de Montréal.

Le 5 octobre 1948

Les Perreault à Montréal Lundi

Les quatre policiers, accompagnés de leurs prisonniers sont attendus à Montréal lundi soir prochain et l’enquête du coroner sera rouverte immédiatement après leur retour.

Pendant ce temps, de nombreux membres des escouades des homicides et des vols à main armée de la Sûreté municipale sont à préparer la preuve qu’ils présenteront en Cour contre les deux Perreault et contre Noël Cloutier, détenu et arrêté le jour du meurtre. Ils doivent également préparer la preuve contre Louis Desrosiers, accusé de complicité après le meurtre des policiers.

20 à 30 témoins

Les détectives ont à interroger de 20 à 30 témoins du vol et du double meurtre avant de pouvoir présenter leur cause en Cour contre les accusés. Le capitaine Jos. Bédard, ainsi que les sergents détectives A. Charron et R. Jones de l’escouade des homicides, et le sergent détective P. Melançon, de l’escouade des vols à main armée, ont été choisis par le directeur Albert Langlois, sur recommandation de l’inspecteur Ernest Francoeur, pour faire le voyage dans l’Ouest.

Pas de chance

Ces quatre policiers ont été avertis par l’inspecteur Francoeur d’être bien prudents et de ne prendre aucune chance avec leurs prisonniers lors du voyage de retour. Ils voyageront alors dans un compartiment privé et des détectives surveilleront sans répit les deux prisonniers qui seront enchaînés.

Radio-Police

À Montréal les plans pour l’expansion et l’amélioration du système de communication entre les divers corps de police prennent de l’ampleur par suite de la capture « quasi accidentelle » des deux Perreault à Taber, Alberta.

Le projet conçu par le directeur adjoint Wilfrid Bourdon, chef de la Sûreté municipale, il y a quelques mois, relirait les provinces d’Ontario et de Québec par un système de télétype, dont le coût serait supporté par le, gouvernement, provinciaux et municipaux concernés.

Cordon infranchissables

Ce système empêcherait la possibilité pour les individus recherchés de passer à travers des cordons de policiers, comme ce fut le cas pour les Perreault la semaine dernière dans l’Ontario.

Cette chasse à l’homme, qui s’est terminée à Taber, grâce à la clairvoyance des agents fédéraux, a été la plus forte que Montréal ait encore été témoin. L’inspecteur Ernest Francoeur déclare en effet que, pendant les premières 72 heures suivant le meurtre de deux policiers, 240 officiers de la Sûreté durent travailler sans répit.

Après ces 72 heures, les mêmes 240 hommes furent divisés en équipes qui travaillèrent s24 heures par jour. Ces chiffres ne comprennent pas les agents de radio-police qui firent également un énorme travail.

Alors que les policiers municipaux poursuivaient les deux fugitifs dans la région de Hull et de l’Abitibi, ils furent grandement aidés par les agents de la police provinciale.

Le 6 octobre 1948

La preuve de la police est maintenant prête contre les Perreault et Noël Cloutier

Pendant que quatre membres de la Sûreté municipale se dirigent vers Lethbridge, Alberta, afin de ramener à Montréal Douglas et Donald Perreault, les deux fugitifs accusés du meurtre des constable Nelson Paquin et Jean-Paul Duranleau, l’inspecteur Ernest Francoeur, de la Sûreté municipale, en charge des recherches, ainsi que le capitaine détective William Fitzpatrick, chef de l’escouade des homicides, aidés de nombreux détectives, sont à compléter leur preuve contre les deux prisonniers et Noël Cloutier, détenu ici.

Pas moins de trente personnes, tant celles qui étaient dans la banque Canadienne Nationale de la rue Notre-Dame Est à Longue-Pointe, lors du vol à main armée qui précéda le double meurtre, que celles qui furent témoins de la fusillade de la rue, ont été longuement interrogées et la police possède maintenant une preuve qui lui permettra de traduire les trois détenus en Cour immédiatement après l’arrivée des Perreault de Lethbridge.

Enquête

Les deux Perreault, ainsi que les détectives qui les ramèneront à Montréal, sont attendus dans la métropole soit dimanche ou lundi matin. Dès lundi ou mardi, on rouvrira l’enquête du coroner sur les circonstances entourant le meurtre des deux braves policiers à qui on faisait lundi dernier d’imposantes funérailles civiques.

La Cadillac

Les détectives locaux devront se rendre à Medicine Hat avant leur retour afin de prendre les mesures nécessaires pour faire expédier à Montréal, par fret, l’auto Cadillac dans laquelle voyagèrent les deux fugitifs au cours de leur fuite de la métropole. Lors du voyage de retour, comme nous le disions hier, les détectives prendront des mesures extraordinaires afin que les prisonniers ne puissent faire aucune tentative d’évasion ou d’attaque contre eux.

Les deux Perreault se sont rendus sans résistance lors de leur capture à Taber, Alberta, mais ils étaient alors sans le sou, affamés et fatigués à l’extrême. Depuis leur arrestation, cependant, ils ont eu le temps de se reposer, de bien manger et surtout de réaliser leur situation et l’on craint qu’ils ne tentent un acte désespéré en cours de route.

Lors du voyage de Lethbridge à Montréal, les deux Perreault continueront d’être séparés. Ils voyageront chacun dans un compartiment séparé avec, comme compagnons, deux détectives chacun. Personne ne pourra approcher de ces compartiments et on ne leur permettra nullement de communiquer entre eux ni avec qui que ce soit à l’exception des policiers.

Les deux prisonniers porteront chacun des menottes neuves et auront les pieds enchainés. On ne leur permettra même pas de se servir ni de couteau ne de fourchette pour manger.

Pendant ce temps à Montréal, Noël Cloutier, qui a fait de nombreuses déclaration aux policiers depuis son arrestation, place le blâme du meurtre sur son compagnon, Douglas Perreault semble perdre la confiance qu’il avait il y a dix jours quand il fut appréhendé.

Témoin

Cloutier continue d’affirmer qu’il ne tira qu’un seul coup de révolver dans la direction des agents et que ce coup fut accidentel. Il déclare avoir, après le coup, tiré au plafond de la banque, chose que certains témoins confirmeraient.

Il dit qu’en sortant de la banque, lui et Douglas tentèrent de se diriger vers l’auto, mais que, constatant que Donald avait pris la fuite dans le véhicule, Douglas Perreault retourna vers la banque, tirant de nouveau sur les policiers blessés.

Louis Desrosiers, arrêté mercredi dernier, est toujours gardé dans une cellule isolée, mais comme c’est un dur-à-cuire, il a absolument refusé, jusqu’à présent, de dire quoi que ce soit à la police et celle-ci n’a obtenu aucun des renseignements qu’elle désirait de lui. On ignore encore les détails exacts de son intervention après le meurtre. Il est accusé de complicité.

Le 7 octobre 1948

La mère de Douglas Perreault arrêtée sous accusation de complicité après le meurtre

La vieille mère de l’un des inculpés dans le double meurtre des constables Paquin et Duranleau, lâchement assassinés au cours d’un vol à main armée, le 23 septembre dernier, à la succursale de la Banque Canadienne Nationale de la rue Notre-Dame Est, à l’angle de la rue Saint-Just, a été appréhendée hier, par les limiers de l’escouade municipale des homicides, sous la direction du capitaine W. Fitzpatrick, sous une accusation de complicité après le meurtre.

La mère de Douglas Perreault, veuve d’Augustin Perreault, âgée de 55 ans, née Christine Meehan, aurait favorisé l’évasion des deux bandits hors des limites de la ville de Montréal, pour les accompagner à Sheenboro chez le grand-père de Douglas, où ils séjournèrent trois jours pour ensuite reprendre leur fuite vers l’Ouest du Canada.

Mme Christine Perreault comparaîtra en Correctionnelle dès aujourd’hui sous l’accusation précitée. L’Article 267 du Code Criminel qui prévoit une sentence maximum de prison à perpétuité.

Elle était à Sheenboro

La police a révélé hier que la détenue avait accompagné son fils ainsi que Donald Perreault dans leur fuite à Sheenboro, où ils demeurèrent chez le grand-père de Douglas les 24, 25 et 26 septembre, pour prendre la fuite quelques heures avant l’arrivée de l’inspecteur George Alain et de son escouade, qui avaient été informés que les bandits s’étaient réfugiés à cet endroit.

Le lundi 27 septembre les fugitifs sautaient dans leur voiture Cadillac, propriété de Donald Perreault, pour se diriger vers l’Alberta ou les bandits étaient appréhendés à Medicine Hat par les agents de la GRC, sous une accusation de tentative de vol par effraction.

À l’arrivée de la police montréalaise à Sheenboro, peu après le départ des deux Perreault, le 28 septembre, la mère de Douglas était encore sur la ferme du grand-père. Elle quittait toutefois Sheenboro pour Montréal le lendemain, soit le 29 septembre, alors que son fils et son complice fuyaient à travers le Canada dans l’espoir d’échapper définitivement à la police.

Desrosiers toujours détenu

Une seconde personne devra répondre à une accusation identique à celle de Mme Christine Perreault. Il s’agit de Louis Desrosiers, 36 ans, ancien garçon de table. Desrosiers sera également accusé de complicité après le meurtre des constables Paquin et Duranleau. Le capitaine Fitzpatrick, chef de l’escouade des homicides a toutefois déclaré que cet inculpé ne comparaîtra pas avant plusieurs jours encore.

Dans sa preuve contre lui, la police a établi le fait que Desrosiers était en compagnie de Donald Perreault, lors de son passage à Varennes à peine deux heures après le double meurtre des policiers, où l’ancien garçon de table aurait aidé Donald Perreault à passer un faux chèque au montant de 8,10$ au garage Morin, en paiement d’essence pour sa voiture.

Autre détenue

Desrosiers se rendit de lui-même au sergent détective A. Poulin, mardi soir le 28 septembre, après que la police eût fait imprimer une grande quantité de ses photographies, qui furent publiées dans tous les journaux de la métropole et des environs. L’amie de Douglas Perreault, Gilberte Tremblay, est également détenue par l’escouade des homicides, en rapport avec toute cette affaire, mais aucune accusation n’a encore été portée contre elle.

Hier soir, elle était dans les cellules du département des prisonniers au quartier général de la police locale, en compagnie de Mme Christine Perreault, qui quittera les cellules ce matin pour être conduite à la Cour, où elle sera mise en accusation dès aujourd’hui.

À la Sûreté municipale, on poursuit activement les recherches dans le but de mettre la main sur un nommé Tony Baxter, alias Reg. Hamilton, qui aurait fait parvenir la somme de 104$ aux deux Perreault peu après leur condamnation à Lethbridge, jeudi dernier. Heureusement toutefois que cette somme, qui aurait suffi à la libération des bandits, parvint trop tard en Alberta.

À l’arrivée du télégramme à Lethbridge, les deux Perreault avaient déjà été identifiés comme étant les individus recherchés pour le meurtre des constables Paquin et Duranleau. On sait que lors de leur condamnation en Alberta, la somme de 104$ aurait suffi aux fugitifs pour obtenir leur liberté et poursuivre leur route vers les Rocheuses.

Les quatre policiers qui quittèrent Montréal lundi dernier en direction de Lethbridge, doivent arriver à destination ce matin. À cet endroit, les limiers prendront copie des rapports des témoins et des officiers qui effectuèrent la double arrestation pour ensuite reprendre la route de Montréal en compagnie des deux Perreault qui sont attendus ici vers le milieu de la semaine prochaine.

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