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Hold-up : deux policiers abattus par trois bandits, la suite

Histoire
Les fugitifs sont ramenés à Montréal. (BANQ 1948 - Coll. Robert Carrière)
Les fugitifs sont ramenés à Montréal. (BANQ 1948 – Coll. Robert Carrière)

L’affaire a fait beaucoup de bruit dans tout le pays. Un hold-up tourne au tragique, ce 24 septembre 1948. Et ça se passe dans la Longue-Pointe, angle Notre-Dame et Saint-Just. Les constables Nelson Paquin et Paul-Émile Duranleau sont tués au cours d’un vol armée. Un des «apaches», les malfaiteurs qui ont fait le coup, est capturé. J’ai recopié de longs extraits du journal La Patrie de l’époque que j’ai retrouvés aux Archives nationales du Québec. Cette série est publiée tout l’automne.

Le 8 octobre 1948

Les Perreault partiront pour Montréal samedi sous escorte de policiers

Le capitaine détective Jos. Bédard, en charge de l’escouade de la police montréalaise, a dit avoir interrogé les deux détenus dans la prison locale, hier, mais ajoute qu’ils « ne veulent pas parler ». Son groupe quittera probablement Lethbridge samedi pour retourner à Montréal.

Incommunicado

Les policiers de Montréal se préparent à libérer les deux Perreault de la prison locale en payant leur amende de 104$ et à les ramener à Montréal. Pendant tout le voyage de retour, les deux prisonniers, menottes aux mains et chaînes aux pieds, seront gardés dans des compartiments séparés et ne pourront communiquer entre eux ni avec qui que ce soit.

Depuis leur détention ici, les Perreault ont été gardés sous une surveillance plus forte que d’habitude après avoir admis leur identité à la GRC, lors de leur arrestation.

L’automobile Cadillac que conduisait Donald Perreault, lors de la double capture, a été saisie par la police fédérale et hier, les policiers montréalais l’ont longuement examinée. Le véhicule sera renvoyé à Montréal par fret et restera entre les mains de la police montréalaise pour le moment.

Lors de son arrestation, Donald Perreault insista sur le fait que l’auto lui appartenait et demanda à la GRC de la remettre à sa femme à Montréal. Pendant ce temps, à Montréal, les membres de la Sûreté continuent d’interroger de nombreux témoins et les autorités ont demandé à tous ceux qui auraient été au courant, directement ou autrement, des préparatifs faits par les accusés en vue du vol à main armée de la Banque Canadienne Nationale du 23 septembre, de bien vouloir communiquer avec elle. Il n’est nullement question d’impliquer ces personnes, mais tout simplement d’aider la police à reconstituer la conspiration, du commencement à la fin.

À Montréal également, Mme Christine Perreault, mère de Douglas Perreault, qui comparaissait en Cour hier sous l’accusation d’avoir aidé son fils et son complice à s’échapper après le meurtre, est actuellement détenue à la Sûreté pour fin d’interrogatoire.

Le 11 octobre 1948

Pendant ce temps, à Montréal, les membres de l’escouade des homicides de la Sûreté municipale détiennent deux autres hommes, âgés d’environ 30 ans, qui seront interrogés en rapport avec le meurtre des deux policiers commis le 23 septembre dernier.

La nouvelle de la détention de ces deux autres suspects a été annoncée par le capitaine W, Fitzpatrick, chef de l’escouade des homicides. Les deux nouveaux témoins augmentent la liste déjà forte longue de ceux qui ont été interrogés depuis la mort des deux policiers et portent à douze le nombre de personne qui furent détenues pour interrogatoire.

Six détenus

Actuellement six personnes sont détenues et une autre, la mère de Douglas Perreault, est en liberté sous cautionnement sous l’accusation d’avoir aidé les deux suspects à prendre la fuite de Montréal.

Plusieurs autres personnes ont été libérées après avoir été interrogées, mais non sans avoir été avisées par la police de se tenir à sa disposition. Noël Cloutier, 24 ans, un des trois bandits qui prirent part au vol à main armée, est le seul détenu depuis le jour du meurtre. Louis Desrosiers, accusé de complicité, est détenu depuis quatre jours après le meurtre, et Donald et Douglas Perreault furent appréhendés à Taber, Alberta, le 30 septembre, sous une accusation de vol d’essence, où ils furent condamnés à 30 jours de prison.

Actuellement les deux Perreault sont en route pour Montréal à bord d’un convoi du Canadien Pacifique. Les deux prisonniers, attachés l’un à l’autre par des menottes, ont les pieds enchaînés. Deux détectives les surveillent constamment, assis les deux autres détectives qui forment leur escorte.

La nuit, deux des détectives se reposent pendant quelques heures, puis viennent remplacer les deux autres qui vont à leur tour se reposer.

Sans couteau ni fourchette

Un garçon de table apporte aux deux prisonniers leur repas, qui consiste en choses qui peuvent se manger sans couteau ni fourchette, car l’on ne veut pas prendre de chance de placer à leur disposition quelque arme que ce soit, dont ils pourraient être tentés de se servir contre leurs gardiens ou même contre eux-mêmes. Les policiers, eux, ne vont manger qu’un par un, ce qui fait qu’il y a toujours au moins trois personnes surveillant sans relâche les deux suspects.

Le groupe est parti de Lethbridge peu après sept heures samedi soir. En route, au cours de la nuit dernière, ils ont dépassé le convoi de fret, dans lequel l’automobile Cadillac, qui servit au meurtre et surtout à la fuite des deux bandits vers l’Ouest canadien, est transportée vers Montréal avant de servir d’exbibit lors du procès.

À bord du convoi qui les ramène vers l’Est du pays, les deux Perreault semblent affectés d’une manière différente. Ni l’un ni l’autre ne se parle. Donald semble très nerveux et rêveur. À tout instant il se passe la main droite sur les yeux, comme pour y chasser quelque vision. Douglas, lui, semble ne penser à rien et a le visage dur. Une fois rendus à bord du train, ils ont pu enlever leurs paletots et gilets. Ils portent tous deux des chandails gris. Celui de Donald est entièrement gris et sans manche. Celui de Douglas a des manches, est gris et les épaules bleues. De temps à autre, les détectives passent une cigarette aux deux détenus qui les fument lentement. Jusqu’à présent, ils n’ont pas causé le moindre trouble à leurs gardiens.

Lors de leur départ de la prison de Lethbridge, les deux détenus voyagèrent jusqu’au train sous une forte escorte d’agents de la police fédérale. Huit autos formaient le cortège. Deux voitures remplies d’agents fédéraux venaient en tête. Venait ensuite Donald Perreault, attaché par des menottes au sergent détective A. Charron, de Montréal. Dans une autre voiture Douglas Perreault, attaché au sergent détective Richard Jones, ensuite le capitaine Jos. Bédard et le sergent P. Melançon. Plusieurs autres voitures contenaient des agents fédéraux. Une foule assez nombreuse était à la gare Lethbridge, afin de voir les deux détenus.

La mère de Douglas en Liberté

Mme Christine Perreault, 55 ans, mère de Douglas Perreault, est en liberté sous cautionnement depuis samedi. On sait que son fils arrivera demain à Montréal avec Donald (qui n’est pas son frère) tous deux accompagnés de détectives qui sont allés les chercher à Lethbridge, Alberta, pour les faire comparaître sous double accusations d’avoir assassiné les constable Paquin et Duranleau lors du vol à main armée.

Le juge T-A Fontaine, qui présidait aux comparutions, a accordé à l’avocat de Mme Perreault, détenue sous l’accusation de complice après le fait, que celle-ci soit remise en liberté provisoire sous un cautionnement de 950$ en attendant son enquête préliminaire. Mme Perreault passa trois jours dans les cellules de la Sûreté municipal pour y être interrogée.

Me John Crankshaw, qui représente l’inculpé, déclara au juge que la prévenue est mère de six enfants et qu’elle a toujours eu un passé respectable.

Elle ne savait pas

Il ajouta que lorsqu’elle se rendit avec Donald Perreault dans l’Ontario, où habite le grand-père de l’accusé, elle ignorait absolument tout du drame qui s’était déroulé dans l’après-midi alors que les deux policiers furent abattus en pleine rue. Elle se livra plus tard d’elle-même à la police pour subir un interrogatoire. Me Crankshaw souligna que sa cliente ne chercha aucunement à s’échapper et qu’il n’y avait aucune raison de croire qu’elle ne se présenterait pas en Cour quand on aurait besoin d’elle.

Me Dollard Dansereau, C.R. représentant le ministère public, fit à son tour remarquer que Mme Perreault se trouve impliquée dans une double affaire de meurtre et que sa présence dans la Cadillac des fugitifs aida certainement ces derniers à échapper aux poursuites de la police, celle-ci ne recherchant qu’une auto ou étaient deux hommes seuls, et non pas accompagnés d’une femme.

Le juge Fontaine rendit la décision que l’on sait, disant qu’il tenait compte du passé de Mme Perreault, du fait qu’elle était mère, et que s’il exigeait un trop fort cautionnement, elle ne pourrait pas le fournir, de sorte qu’il lui faudrait demeurer en prison.

Le 12 octobre 1948

Dissimulant leurs traits du mieux qu’ils le pouvaient, les deux Perreault sont arrivés piteusement à Montréal, ce matin, encadrés d’un nombre imposant de limiers. Débarqués subrepticement, comme une marchandise honteuse, à la gare Sainte-Anne de Bellevue, les deux Perreault sont montés immédiatement à bord d’automobiles qui les ont conduits aux quartiers généraux de la police de Montréal.

À gauche Douglas Perreault, toujours rivé au sergent détective Pat Melançon, pleure de désespoir, derrière son mouchoir. À droite, Donald Perreault ne laisse voir que sa chevelure, alors qu’il descend du train. En revenant à Montréal en auto sous escorte, Douglas Perreault est en larmes. Ramenés de Lethbridge par quatre détectives de la Sûreté de Montréal, les deux détenus sont descendus du rapide Dominion, le train No 8, à Sainte-Anne de Bellevue, à 8h45, ce matin. Les deux fugitifs sont revenus à Montréal après une fugue de 2000 milles à travers les plaines de l’Ouest canadien

Une puissante escouade de policiers et une véritable armée de journalistes et de photographes les attendaient depuis trente minutes à la petite gare de Sainte-Anne-de-Bellevue. Personne n’eut cependant la chance de beaucoup les voir, car Donald, le plus grand des deux, enveloppé dans un imperméable, s’en couvrit la tête et se laissa conduire par le sergent détective Arthur Charon auquel il était attaché par menottes pendant que Douglas, le chapeau baissé sur les yeux, pleurnichant, se cachait le visage dans son mouchoir. Il était menotté au sergent détective Pat Melançon.

Mystère

Jusqu’à la dernière seconde, l’endroit où ils devaient descendre du train fut caché comme jamais secret ne le fut. Tout le monde, même les journalistes et les postes de radio, était sous l’impression que les deux détenus allaient arriver à la gare Windsor.

Dès huit heures ce matin, des centaines de personnes étaient déjà massées dans le grand hall de la gare Windsor. Leur désappointement fut vif quand le rapide de Vancouver entra en gare et qu’on leur annonça que les prisonniers étaient descendus à Sainte-Anne de Bellevue. D’autres foules, massées à Montréal-Ouest, Westmount et Dorval, eurent le même désappointement.

Toujours séparés

Dès la descente du train, à Sainte-Anne de Bellevue, pendant que les photographes multipliaient leurs clichés sans réussir à croquer le visage complet de l’un ou de l’autre des détenus, ceux-ci furent promptement dirigés vers des automobiles de la Sûreté qui les attendaient près du quai de la gare du Canadien Pacifique.

Douglas Perreault, toujours ligoté au sergent Melançon, monta dans la première voiture dans laquelle, outre le chauffeur, se trouvait un détective armé jusqu’aux dents. Donald, attaché au sergent Charron, monta dans la seconde voiture. Le capitaine Joseph Bédard, en charge du voyage, monta dans la voiture suivante en compagnie du directeur W. Bourdon et de l’inspecteur E. Francoeur, de La Sûreté municipale.

À 70 milles à l’heure

Le quatrième membre de l’escorte, le sergent R. Jones, monta dans une autre voiture en compagnie de plusieurs détectives. Trois autres voitures de la Sûreté suivaient, puis venaient les journalistes et photographes dans une dizaine de voitures.

Le cortège démarra alors en trombe, filant continuellement à une vitesse de 70 milles à l’heure et, moins de trente minutes plus tard, on arrivait rue Gosford, aux quartiers généraux de la police.

Comme on allait tourner rue Champ de Mars pour arrêter devant la porte des quartiers généraux de la police, la foule bloquait la rue et les policiers tournèrent rapidement vers la droite, pour prendre le Champ de Mars. Les quatre premières voitures du cortège entrèrent en coup de vent dans le garage de l’hôtel de ville et l’on en referma les portes. Les Perreault descendirent des automobiles et furent conduits à la Sûreté en passant par le tunnel qui conduit de l’hôtel de ville à l’annexe ou sont situés les quartiers généraux.

La foule suit

La foule avait deviné le mouvement des policiers et, quand ils débouchèrent du tunnel, dans le corridor du poste No. 1, la foule, en partie formée d’employés de l’annexe, était encore aussi dense. En un clin d’œil, les prisonniers furent conduits au second où se trouvent les bureaux de la Sûreté et les cellules.

Deux minutes plus tard prenait fin leur triste odyssée. Ils étaient jetés derrière les barreaux. Ils ne ressortiront de leur cellule que pour se rendre en Cour du Coroner, pour l’enquête, d’ici une couple de jours. Pour la première fois également, depuis samedi, ils n’ont plus de menottes aux mains et ils n’ont plus les pieds enchainés. Toutefois, la surveillance se continue aussi sévère autour d’eux.

Délivrance

Quand les deux prisonniers furent entrés dans leurs cellules respectives, les détectives Melançon et Charron poussèrent un soupir de soulagement en enlevant les menottes de leurs poignets d’abord, puis, ensuite des poignets de deux détenus.

La scène de l’incarcération des deux Perreault ne fut pas longue et se fit sans cérémonie. Mais dans le corridor, face aux cellules, plus de cent détectives, journalistes, photographes et curieux se poussèrent à qui mieux mieux pour tenter de voir les deux criminels. On ne put cependant les photographier.

Au tour de la justice

Donald et Douglas Perreault revenaient d’un équipée de plus de 4500 milles. Il ne reste plus maintenant aux membres de la Sûreté qu’à terminer la preuve contre eux pour leur comparution en Cour du Coroner alors que le jury décidera s’ils doivent, de même que Noël Cloutier, leur compagnon, être tenus criminellement responsable de la mort des héroïques constables Paquin et Duranleau.

À bord du train

Le représentant de la Patrie s’était hier rendu à Ottawa afin d’y rencontrer le groupe de policiers ramenant les deux Perreault à Montréal et d’y mieux juger de la réaction des détenus à mesure qu’ils approchaient de Montréal. À 6h50, ce matin, sans une minute de retard, le rapide Dominion venant de Vancouver et à bord duquel les policiers et leurs prisonniers étaient montés samedi soir à Medicine Hat, après un voyage de trois heures de Lethbridge, entrait en gare à Ottawa. Le convoi arrêta sur la voie No 2.

Deux voyageurs seulement

Sur la voie No 1 stationnait le train qui devait partir quelques minutes plus tard pour Montréal et tous les passagers à destinations de la métropole montèrent à bord du convoi. Seuls les deux envoyés de la Patrie, reporter et photographe, eurent la permission de monter à bord de l’express pour se rendre dans le wagon occupé par les policiers.

Lorsque les représentants de la Patrie montèrent à bord du convoi, quelques secondes après son entrée en gare, c’était l’heure du lever pour le prisonnier.

À Sainte-Anne de Bellevue

À 8h 40, ce matin, après qu’on eût enlevé les chaînes des pieds des deux prisonniers pour la première fois en trois jours, on les attacha à un détective et on attendit l’entrée à la gare.

Juste avant d’arriver à Sainte-Anne, le rapide dépassa un autre convoi du Canadien Pacifique filant vers Montréal. À chaque fenêtre de ce train que nous dépassions, on pouvait voir les voyageurs regardant avec avidité le rapide dans lequel on savait que ce trouvaient les deux Perreault. Le conducteur de ce convoi, pointant du doigt le wagon à la portière duquel nous nous tenions, en avant des détenus, nous demanda si les prisonniers étaient là. Sur notre signe de tête affirmatif, il rentra dans son train apparemment pour informer ses voyageurs du fait.

Dès que le train entra en gare, on ouvrit une seule portière et ce fut celle du wagon dans lequel étaient les policiers et leurs prisonniers accompagnés d’un photographe et de trois journalistes.

Ces derniers descendirent les premiers, permettant au photographe de la Patrie de prendre la première photographie des Perreault à Montréal pendant que les représentants des autres journaux, qui se trouvaient plus loin sur le quai de la gare, arrivaient en trombe.

Dix-neuf jours après le meurtre des constables Paquin et Duranleau, les deux suspects recherchés pendant une semaine par tout le pays, étaient ramenés dans Montréal et écroués, ce qui met ainsi fin au deuxième acte de ce terrible drame. Ils comparaîtront maintenant en Cour de Coroner.

Le retour

Pendant le voyage de retour le Canadien Pacifique plaça un inspecteur à la disposition de nos policiers et ceci facilita grandement la tâche. Ces inspecteurs se relayaient tous les 500 milles et celui qui termina le voyage fut l’inspecteur Coleman, de Sudbury. Les inspecteurs du Canadien Pacifique se tinrent constamment dans la chambre des détenus en compagnie de deux policiers.

Ceci rendit un grand service à nos policiers et leur permit de prendre un peu plus de repos et de se sentir plus à l’aise. Tant que le convoi se trouva dans les provinces de l’Ouest, les chefs de police de chaque ville et des membres de la GRC vinrent à chaque arrêt prendre des nouvelles.

Le 13 octobre 1948

L’affaire Perreault – Quatre autres arrestations

Le frère et la sœur de Douglas Perreault appréhendés

Une escorte policière, venant de Montréal, est arrivée à Baie-Campbell, aujourd’hui, afin d’y cueillir quatre personnes qui seront détenus, en marge de l’assassinat des deux policiers Paquin et Duranleau, le mois dernier.

Les quatre personnes, dont un frère et une sœur de Douglas Perreault, ont été appréhendées près de Baie-Campbell, lundi, après que leurs agissements eurent éveillé les soupçons de la police.

La police a révélé les noms des quatre personnes, qui sont détenues comme témoins important. Ce sont : Mlle Hélène Perreault et son frère, Frank Perreault, 27 ans ; Robert-J Tremblay, 26 ans et Richard Young, 36 ans.

On demande un procès expéditif pour les Perreault et Cloutier

Le procureur général de la province, l’hon. Maurice Duplessis, ordonnera en toute probabilité un procès expéditif dans le cas des deux Perreault et de Noël Cloutier, trois des individus actuellement détenus pour le meurtre des constables Nelson Paquin et Jean-Paul Duranleau.

Cet ordre de procès expéditif serait émis immédiatement après l’enquête du coroner, qui sera repris d’ici une journée ou deux et permettrait d’inscrire le procès des trois détenus au terme de novembre de la Cour d’Assise. Autrement, par suite de la loi, si le cours ordinaire des choses était suivi, on ne pourrait les traduire aux Assises qu’en décembre ou en janvier.

Le procureur senior de la couronne, Me John Bumbray, a refusé de confirmer ou de nier le fait qu’une demande de procès expéditif aurait été faite par la police de Montréal immédiatement après l’arrivée de Douglas et de Donald Perreault à Montréal hier.

8 jours

Si l’on suit la procédure ordinaire contre les trois accusés, ils devront tout d’abord, une fois tenus criminellement responsables en Cour du Coroner des Sessions de la Paix ; un délai de huit jours suivra avant leur enquête préliminaire et un autre délai, également de huit jours sera nécessaire avant l’examen volontaire et, tout cela, s’il y a pas de demande d’ajournement de l’enquête ou de l’examen volontaire.

Ils dorment bien

Donald et Douglas Perreault ramenés hier matin de Lethbridge par quatre détectives de la Sûreté municipale, ont apparemment fort bien dormi la nuit dernière dans leurs cellules de la Sûreté municipale.

Pendant la journée d’hier, les deux fugitifs, ramenés de l’Ouest canadien, placés dans des cellules séparées et sous la surveillance constante d’un agent de police assis en face de la porte grillée de leur cellule, ont été fort calmes et n’ont causé aucun trouble à leur gardien. Ils semblaient résignés à leur sort. Ils ont bien mangé hier midi et hier soir, apparemment heureux de pouvoir enfin se servir de leurs mains enfin libres de menottes et de pouvoir faire quelques pas dans leurs cellules.

Pendant ce temps, Cloutier toujours détenu dans une cellule d’une autre section, continue de garder le plus grand mutisme et n’a fait aucune autre déclaration depuis celle du lendemain de sa capture à la suite du double meurtre.

Coût élevé

La fuite des deux Perreault a coûté énormément cher à la police de Montréal. Les recherches entreprises pendant les premiers douze jours suivant le meurtre ont nous dit-on, coûté près de 2000$. Le voyage des policiers plus de 1000$. Le passage seulement des quatre policiers et des deux Perreault a exigé un déboursé de 894,14$ et les frais de voyage des policiers, incluant la nourriture se sont élevés à plus de 400$. De plus, les policiers ont dû payer l’amende de 104$ des deux Perreault et débourser une somme de 250$ pour les frais de transport de l’automobile des Perreault de Lethbridge à Montréal.

En plus de tous ces déboursés, la ville payera à des citoyens de Seven Person, ou les Perreault commirent le vol d’essence qui conduisit à leur arrestation, la récompense de 2000$ promise.

L’automobile de Donald Perreault arrivera à Montréal apparemment lundi prochain. Elle est actuellement en route pour Montréal dans un wagon de fret numéro 295040 du Pacifique Canadien. Elle servira d’exbibit lors du procès. On croit qu’elle sera ensuite remise à l’épouse de Donald Perreault.

Le 14 octobre 1948

Quatre autres Témoins ramenés à Montréal

Frank et Hélène Perreault, frère et sœur de Douglas Perreault, ainsi que Robert Tremblay, 26 ans, et Richard Young, alias John Young, 36 ans, tous quatre ramenés de Campbell’s Bay par cinq membres de la Sûreté municipale, après avoir été appréhendés à cet endroit par des agents de la Sûreté provinciale, sont revenus à Montréal à 9h30 hier soir, et ont été écroués dans les cellules de la Sûreté municipale.

Détenus comme témoins

Tous quatre sont actuellement détenus comme témoins et seront interrogés par la police particulièrement au sujet de l’aide qu’eux ou d’autres personnes auraient pu donner à Donald et Douglas Perreault, lors de leur fuite de Montréal après le meurtre des deux constables, de la police de Montréal, tués au cour d’un vol à main armée le 23 septembre dernier.

Les quatre détenus furent ramenés à Montréal par les sergents détectives Adrien Poulin, René Mongeau, Eddie Lambton, Marc Maurice et Émile Laniel. Ils furent appréhendés à Campbell’s Bay par des agents provinciaux, qui eurent des soupçons sur leur identité quand ils les interrogèrent au sujet d’un camion qu’ils conduisaient et dont le permis n’était pas en règle.

La police est convaincue que plusieurs personnes ont aidé Douglas et Donald Perreault dans leur fuite de Montréal jusqu’à Sheenboro et même après, alors qu’ils furent appréhendés à Taber, Alberta, et firent deux ou trois appels à Montréal afin d’obtenir les 104$ dont ils avaient besoin pour pouvoir sortir de prison de Lethbridge où ils devaient purger une sentence de 30 jours de prison.

Ces quatre visiteurs

On sait que Douglas et Donald passèrent la fin de semaine du meurtre à la demeure du grand-père de Douglas, à Sheenboro et qu’à cet endroit ils reçurent, le dimanche, la visite de quatre amis. La police tente d’établir définitivement l’identité de ces quatre personnes, ce qui lui aidera fortement dans sa preuve.

Procès en novembre

Il est maintenant entendu que l’on procèdera par procès expéditif (Preferred Indictment) dans leur cas, ce qui permettra aux autorités d’éviter la procédure usuelle du tribunal. Il n’y aura pas d’enquête préliminaire ni d’examen volontaire, de sorte qu’ils pourront subir leur procès au terme de novembre de la Cour d’Assises, alors qu’autrement, avec tous les détails ordinaire, ce procès n’aurait pas lieu avant le terme de février 1949.

Lors du procès des trois accusés il est fort possible que la salle de la Cour d’Assises, qui n’est pas très grande, soit réservée aux nombreux témoins et policiers intéressés dans l’affaire et que le public ne puisse être admis.

Le défenseur de Douglas

Tout semble maintenant indiquer que le défenseur de Douglas Perreault sera Me Alexandre Chevalier. Hier après-midi, Mme Christine Perreault, mère de Douglas, laquelle est actuellement en liberté provisoire sous l’accusation d’avoir aidé son fils et Donald Perreault à prendre la fuite, se rendait au Palais de Justice accompagnée d’une de ses filles.

Elle demanda à voir Me Chevalier qui, d’après elle, a été choisi pour défendre Douglas Perreault lors de son procès. Après une courte conversation avec les deux femmes, Me Chevalier partit avec elles pour se rendre à la Sûreté municipale dans le but d’y voir son nouveau client.

Louis Desrosiers en Cour

À moins d’un ajournement que l’on ne prévoit pas, Louis Desrosiers, actuellement détenu par la police, doit comparaître en Cour aujourd’hui. Il doit subir son procès sous l’accusation d’avoir, le 14 janvier dernier, recelé pour 500$ d’obligations de la Victoire, propriété de M. Sydney Howard Selig., manufacturier, habitant rue Atwater. Desrosiers était sous un cautionnement de 950$ au moment de son arrestation, rue Bonsecours, par le sergent détective Adrien Poulin de la Sûreté municipale auquel il se livra.

Le cautionnement de Donald Perreault

Quant à Donald Perreault, une autre accusation, celle d’avoir volé 18 000$ à Mont-Rolland, au cours d’un vol avec violence, pèse encore contre lui. La police provinciale, par l’entremise de M. Hilaire Beauregard, directeur adjoint, a déclaré qu’elle ne procéderait pas dans cette cause à moins que la chose ne soit nécessaire.

M. Beauregard a déclaré que la police détient un mandat de la Cour contre Donald Perreault pour ne pas s’être présenté à la Cour de Saint-Jérôme le 27 septembre, date à laquelle devait avoir lieu son procès. M. Beauregard a de plus ajouté que le cautionnement de Perreault, au montant de 3500$ en obligation du gouvernement, faites au porteur, a été confisqué par la Cour à cette date.

D’après certains renseignements obtenus par la police, Young, l’un des quatre détenus ramenés hier soir de Campbell’s Bay serait le chef de la bande dont faisait partie les deux Perreault, Frank Perreault, 27 ans, le frère de Douglas, habitait Vancouver et ne serait venu dans l’ouest que depuis peu.

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