Publicité

Salle comble chez Station Vu pour Micheline Lanctôt

Histoire
Micheline Lanctôt dans les bureaux de Station Vu. (photo: Lucie Hortie)
Micheline Lanctôt dans les bureaux de Station Vu. (photo: Lucie Hortie)

Station Vu a encore fait salle comble hier (26 novembre) avec la visite de la réalisatrice et comédienne Micheline Lanctôt, venue présenter son film « La vie d’un héros ». Le public a beaucoup apprécié les échanges avec Mme Lanctôt, généreuse et enjouée.

Tourné en 1994, le film raconte l’histoire d’Évelyn Vadeboncoeur qui se rend chez sa mère avec sa fille pour y rencontrer un ancien prisonnier de guerre qui avait travaillé à la ferme familiale, avant d’être rapatrié en Allemagne en 1946. Ce sera la désillusion pour Évelyn, car l’homme est devenu un vieillard bedonnant et nostalgique. Un personnage qui ne correspond plus à celui des récits qui avaient bercé sa jeunesse.

« Le film est inspiré d’une histoire dans ma famille, explique la réalisatrice en entrevue avec Pamplemousse.ca. Je voyais des photos de ma mère dans les bras d’un officier allemand en uniforme, tout sourire. Ça m’a frappée. Alors que je me suis intéressée très tôt à la barbarie incompréhensible de la guerre, je ne comprenais pas le sens de cette photo. »

Elle a rencontré le soldat allemand alors qu’elle avait 17 ans, quand il est revenu visiter le Québec et, surtout, sa famille, en 1966. « C’était un vieillard bedonnant. J’étais déçue », dit-elle. Puis, quand il est revenu, en 1975, elle l’a beaucoup questionné sur son expérience au front et ici. Celle qui se dit obsédée par la question de l’holocauste (elle a vu Dachau en 1966), qui a fait 14 millions de morts dans les camps (dont, évidemment, 6 millions de juifs), a découvert toute l’insouciance des campagnes québécoises face aux réalités de la guerre. À une époque où l’information circulait au compte-goutte, les histoires de guerre se rendaient rarement jusque dans les fermes qui ont accueilli des prisonniers allemands.

« Il faut se replacer dans le contexte de cette époque méconnue : les Allemands qu’on accueillait, c’étaient des gens polis et instruits, dit M. Lanctôt. Ceux qui ont abouti dans ma famille venaient du camp de Farnham, où on avait emprisonné les officiers. C’étaient des aristocrates, des barons, des ducs, de grands industriels. Ils avaient des manières très sophistiquées. »

Un film anti-guerre

Comme on le voit dans le film, les gens avaient peur de ces militaires, surtout les enfants. Mais, rapidement, des amitiés se sont installées. Micheline Lanctôt se défend d’avoir fait l’apologie des Allemands avec son film : « Je suis allée en Allemagne, j’ai vu les camps, j’ai visionné 300 heures de films d’archives sur la Shoah. C’est à lever le cœur. Dans ma famille, la guerre, c’était drôle, car notre invité était un conteur extraordinaire. Il nous faisait rire tout le temps. Mais la guerre, en réalité, c’est loin d’être drôle. »

D’ailleurs, le film se termine sur cette contradiction : un personnage de jeune fille se prend à rêver des histoires de guerre alors qu’elle les entend de l’invité allemand. Mais on passe rapidement à des images d’archives historiques de la Deuxième Guerre, complètement atroces. Mme Lanctôt insère aussi quelques séquences du documentaire « Nuit et Brouillard », d’Alain Resnais, sur la Shoah, un film insoutenable par moments.

L’histoire qu’on ne veut pas connaître

Micheline Lanctôt s’étonne encore du traitement réservé à son film, à son lancement. Alors que TVA et TQS l’avaient couvert d’éloges, que le film avait fait bonne impression dans plusieurs festivals, notamment à celui de Mill Valley, en Californie, où on l’avait qualifié de tour de force scénographique, les deux seuls cinémas commerciaux de Montréal avaient annulé sa représentation. « J’ai été victime d’une cabale monstrueuse, dit-elle. On m’a traitée de nazie, de révisionniste. On m’a accusée de montrer les Allemands sous un beau jour. Pourtant, je voulais situer la petite histoire dans la grande. Je voulais lever le voile sur une période occultée de l’histoire québécoise. Une période dont on a honte. »

En fait, Ian Lockerbie, professeur émérite à l’Université de Stirling, Édimbourg, avait qualifié « La vie d’un héros » de réquisitoire contre la séduction de la guerre. « J’ai été victime de la rectitude politique, alors que l’histoire s’écrit par les gagnants des guerres. Pourtant, des atrocités ont été commises par tous les camps. Rien ne peut battre l’Holocauste. Mais le bombardement de Desde par les Alliés, qui a fait 400 000 morts, n’est pas plus acceptable. »

Plusieurs scènes du film sont mémorables, comme celle où se croisent la Jeep de notre époque et la voiture des années 1950, signalant un passage temporel. Magique. Ou la prestation de Jacques Languirand, en juge, qui constate, flambant nu, que son invité allemand, lui aussi en tenue d’Adam, « n’est pas différent de nous autres, même si vous êtes des conquérants. »

Au générique, on note Gilbert Sicotte et Véronique Le Flaguais. Le producteur est Rock Demers.

Le film avait été sélectionné aux prix Génie en 1994 pour la meilleure musique, signée Milan Kymlicka, ainsi que pour la qualité de la bande-son.

Vos commentaires
loading...