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Station Vu fait salle comble avec Réjeanne Padovani

Culture
Denys Arcand commente son fil Réjeanne Padovanni devant le public de StationVu. (photo Stéphane Desjardins)
Denys Arcand commente son fil Réjeanne Padovanni devant le public de StationVu. (photo Stéphane Desjardins)

Le film « Réjeanne Padovani », tourné en 1973, a fait salle comble hier (6 novembre) chez Station Vu. Le réalisateur Denys Arcand était sur place pour répondre aux questions.

Généreux, il a commenté le contexte dans lequel son film avait été tourné ainsi que le message de ce film sombre et lent, qui comportait plusieurs vedettes québécoises de l’époque, à l’esthétique très Mad Men. « Réjeanne Padovani » parle de corruption politique aux plus hauts niveaux de l’État, tant à Montréal qu’au gouvernement du Québec. Dans le film, on assiste à une fête chez un entrepreneur puissant, Vincent Padovani, qui réunit des ministres, le maire de Montréal et des hommes de main de l’entrepreneur, qui est aussi un mafioso, pour célébrer l’inauguration de l’autoroute Ville-Marie, prévue le lendemain matin. La fête est brisée lorsqu’arrive l’ancienne femme de Padovani, Réjeanne, qui veut retrouver ses deux enfants. Padovani est furieux, car son ex-femme l’a quitté pour se remarier avec un autre mafioso. En parallèle, des gens préparent une manifestation pour dénoncer les expropriations menées pour la construction de l’autoroute, pour laquelle on a démoli des milliers de logements.

Les ressemblances avec l’époque actuelle sont troublantes. Si, dans le film, on reconnaît Jean Drapeau, on pense beaucoup à la corruption omniprésente de l’administration du maire Gérald Tremblay. Les liens sont aussi faciles à faire entre les gouvernements de Robert Bourassa et Jean Charest. Le premier a eu droit à la CECO, l’autre la commission Charbonneau. Impossible de ne pas associer Vincent Padovani à Tony Accurso. Et, dans le film, le maire fait un tour sur le nouveau Yacht de Padovani! On pense immédiatement au Touch, celui d’Accurso, au cœur de plusieurs scandales récents du monde de la construction. Un aspect quasi prophétique du film.

Arcand illustre les rapports incestueux entre les milieux politiques et ceux de la police et même des journaux de l’époque. Ayant vent d’une manifestation qui se prépare le jour de l’inauguration, l’attaché politique du ministre de la Voirie fait jouer ses contacts dans la presse pour obtenir le nom des responsables. On assiste, quelques minutes plus tard, au violent saccage des locaux des organisateurs par des agents de la Sûreté du Québec. Bien des années après la crise d’octobre 1970, qui était toute fraîche à l’époque, plusieurs critiquent encore aujourd’hui le caractère politique du corps de police.

Denys Arcand s’attaquait à l’époque à un sujet sensible, mais personne n’avait réagi dans les milieux politiques. « C’est que mon film avait été projeté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, explique le réalisateur. Et j’avais eu droit à une page pleine dans l’Express et le Nouvel Observateur. Bref, j’étais très populaire. On n’a pas osé m’égratigner, j’imagine! »

Le public a pu visionner une copie du film récemment restaurée et numérisée dans le cadre du projet Éléphant, de Québecor. Le réalisateur était enthousiasmé par la qualité de celle-ci.

Le film mettait en vedette Jean Lajeunesse, qui jouait Vincent Padovani, Luce Guilbeault, qui tenait le rôle de sa femme, J. Léo Gagnon, en Georges Bouchard, ministre de la Voirie, René Caron, maire de Montréal, Hélène Loiselle, sa femme, le cinéaste Jean-Pierre Lefebvre, qui jouait Jean-Pierre Caron, l’attaché politique du ministre de la Voirie, Roger Lebel, Céline Lomez, Paule Baillargeon, Julien Poulin et Pierre Thériault, qui joue le surprenant mafioso Dominique Di Moro. Rappelons que Thériault était une star dans les années 70 pour son rôle de… Monsieur Surprise. « C’est gênant de réaliser que plusieurs d’entre eux sont aujourd’hui décédés », évoque le réalisateur.

Le producteur Roger Frappier, les réalisateurs Jacques Leduc et André Mélançon, et Gabriel Arcand ont aussi des rôles. Denys Arcand s’est même réservé un caméo comme garde du corps de Sam Tannenbaum, le mafioso rival de Vincent Padovani. On a même droit à une brève scène rigolote qui réunit les deux Arcand, qui sont de méchants mafieux rivaux dans le film.

Mi-septembre, Denys Arcand s’était aussi déplacé à Station Vu pour présenter son dernier film, « Le règne de la beauté » (v. notre texte).

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