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Hold-up : deux policiers abattus par trois bandits, la fin

Histoire
Donald Perreault, pendu en 1949. (BANQ. - Coll. Robert Carrière)
Donald Perreault, pendu en 1949. (BANQ. – Coll. Robert Carrière)

Photo de police de Donald Perreault. (BANQ. - Coll. Robert Carrière)Tiré du journal La Patrie. (BANQ. - Coll. Robert Carrière)Gros titre du journal La Patrie. (BANQ. - Coll. Robert Carrière)Extrait du journal La Patrie. (BANQ. - Coll. Robert Carrière)

 

L’affaire a fait beaucoup de bruit dans tout le pays. Un hold-up tourne au tragique, ce 24 septembre 1948. Et ça se passe dans la Longue-Pointe, angle Notre-Dame et Saint-Just. Les constables Nelson Paquin et Paul-Émile Duranleau sont tués au cours d’un vol à main armée. Un des « apaches », les malfaiteurs qui ont fait le coup, est capturé. J’ai recopié de longs extraits du journal La Patrie de l’époque que j’ai retrouvée aux Archives nationales du Québec. Dernier texte d’une série qui a été publiée tout l’automne.

Le 3 juin 1949

Un havresac trahit la conspiration des deux jeunes Perreault

La justice semble avoir décidé d’assigner devant les tribunaux tous ceux qui, de loin ou de proche, ont pris une part directe ou indirecte au meurtre des deux agents de police, le 23 septembre.

Les deux Perreault ont été condamnés à la corde dans cette cause et Noël Cloutier a payé sa dette à la société. Hier, la cour d’Assises, devant un corps de jury sous la présidence du juge Lazure, s’ouvrait le procès de Frank Perreault, 22 ans, et d’Hélène Perreault, frère et sœur de Douglas Perreault.

Le couple doit répondre à une double accusation de conspiration dans une tentative pour faire évader Noël Cloutier et leur frère Douglas de la prison commune de Montréal. Douglas Perreault montera sur l’échafaud le 17 juin

En taxi

Dans sa preuve, la couronne a démontré que le soir du 12 novembre, Fred Murphy, âgé de 23 ans, loua un taxi à la demande d’Hélène Perreault. Celle-ci y monta avec un havresac rempli à pleine capacité. À une autre intersection, Frank Perreault monta également dans le véhicule. Le taxi avait repris sa course depuis quelques minutes quand la radio annonça que Noël Cloutier et Douglas Perreault venaient de rater une évasion. La jeune fille éclata en sanglots et pria Murphy de la reconduire chez elle. Devant son domicile, elle voulut enlever son havresac pour le déposer au logis. Frank Perreault s’y opposa en disant qu’il s’en occuperait lui-même.

Le témoin raconta à la Cour que Frank Perreault lui demanda de le conduire rue Sherbrooke. Près d’un terrain vague, il descendit du taxi, enveloppa un revolver dans un mouchoir et l’enfouit sous les hautes herbes. Murphy mit le moteur en marche et continua sa route. En se rendant à Saint-Léonard de Port Maurice, il eut un accident. Il s’en tira avec une jambe et un bras cassés. Malheureusement, pour les inculpés, on oublia à l’arrière du véhicule le désormais fameux havresac. On en fit voir une partie du contenu, hier, en Cour.

Entre autres choses, on y avait enfoui mouchoirs, chemises, un barillet de revolver, calibre 45, des cartes routières, un porte-monnaie contenant 176$, etc. Dans le havresac, on a aussi retrouvé un certificat de démobilisation pour un certain Sullivan demeurant à un numéro fictif du Chemin de la Reine Marie.

Dans sa lettre, le ministère de la Défense Nationale refusait un nouveau certificat de démobilisation à Sullivan. Un représentant de l’armée vint témoigner que le nom de J.-D. Sullivan n’est pas dans les dossiers de la Défense Nationale.

Après des recherches, on est parvenu à trouver que le No D-167305 appartient au démobilisé Douglas Perreault, du 520, rue Joliette, Montréal, et le numéro officiel était D-66686.

Me J.-M. Roussel a ensuite témoigné que les défauts des caractères dactylographiques sur une lettre adressée à Sullivan étaient relativement faciles à découvrir.

Comme la Couronne voulait faire témoigner M. Richard Jones, un gardien qui accompagne les prisonniers dans le fourgon, Me Chevalier s’y objecte. Il affirme que toute déclaration qu’aurait pu faire Cloutier à Jones est inadmissible.

Une requête sera présentée en Cour Suprême lundi dans un dernier effort pour sauver Douglas Perreault.

Le 4 juin 1949

Le procès de Frank et Hélène Perreault ajourné

Le procès de Frank et Hélène Perreault, frère et sœur de Douglas Perreault, condamné à monter sur la potence le 17 juin prochain pour sa participation au double meurtre des policiers Paquin et Duranleau, le 23 septembre dernier, a été ajourné à mardi par le juge W. Lazure.

Le jeune couple est accusé de conspiration pour tenter de faire évader Douglas Perreault et Noël Cloutier, en novembre 1948. La presque totalité des séances a été prise par le témoignage d’un garde de la prison commune et par celui du Dr J.-M. Roussel.

Le garde Roméo Trudeau, qui était de fonction la nuit que Cloutier et Douglas Perreault réussirent à sortir de leur cellule après que Trudeau eut été assommé par Cloutier, raconta à la Cour que c’est en allant porter un gobelet d’eau à Douglas qu’il fut frappé à la tête.

Les deux bagnards ne jouirent que quelques instants de leur liberté car ils se heurtèrent au garde Larivée, qui renversa Cloutier et sonna une alarme générale.

À clef

On eût tôt fait de remettre au cachot les évadés. Il a pris un fort long temps au garde Trudeau pour expliquer à la Cour combien il avait dû ouvrir et fermer à clef plusieurs portes pour parvenir à la cellule de Cloutier.

Les plans savamment détaillés qu’exhibait Me D. Dansereau, procureur de la Couronne, ne parurent qu’embrouiller davantage le témoin. Au cours de la séance de l’après-midi, Me A. Chevalier, avocat de la défense, transquestionna le Dr Roussel pour tenter de prouver que les lettres métalliques de milliers de dactylographes portaient les mêmes défauts ou imperfections que celui dont se serait servi Hélène Perreault pour taper une fausse lettre. Cette missive était une lettre venant, selon la signature qu’elle portait, du ministère de la Défense nationale.

Le 6 juin 1949

Douglas Perreault en Cour suprême

Douglas Perreault, par l’intermédiaire de ses avocats, Me A. Chevalier, C.R., et Gabriel Grenier, demandera aujourd’hui à la Cour suprême du Canada le droit d’en appeler d’un jugement de la Cour d’appel. La motion sera présentée devant l’hon. juge Robert Taschereau. On sait que la Cour d’appel a rejeté à l’unanimité l’appel du prévenu. Ce dernier doit donc monter sur l’échafaud le 17 du courant mois, à la prison de Bordeaux.

En décembre dernier, le prévenu avait été déclaré coupable par un jury des Assises du meurtre d’un policier et condamné à la peine capitale. Le meurtre est survenu lors d’un vol à main armée à la Banque Canadienne Nationale à la Longue-Pointe.

La défense prétend que le juge qui a présidé le procès a agi illégalement en disant à Noël Cloutier qu’il n’était pas obligé de rendre témoignage. La défense soutient qu’elle a subi un préjudice.

Le 8 juin 1949

Douglas Perreault a entendu assommer le garde de la prison

Un condamné à mort, le deuxième dans la même cause, a rendu témoignage, hier, au cours d’un procès découlant du même double meurtre.

Dans la cause de Donald Perreault, Noël Cloutier était venu traiter son complice de « Rat ». Hier, Douglas Perreault, qui sera pendu dans une dizaine de jours, venait raconter à la Cour au procès de sa sœur Hélène et de son frère Frank ce qu’il savait de la tentative d’évasion de Noël Cloutier dans la nuit du 12 au 13 novembre 1948.

Douglas a parlé d’une voix calme. Il a souri à sa mère et aux autres membres de la famille quand il a été conduit dans la boîte aux témoins pour raconter à la Cour les événements de la fameuse nuit de novembre. Sa mère et d’autres membres de sa famille en plus des deux accusés, assistaient au procès.

Escorté de plusieurs gendarmes, vêtu d’un complet en tissu de gabardine, il ne semblait pas ému. Le témoin a comparu à la demande de Me A. Chevalier, procureur de la défense dans ce procès.

L’interrogatoire

Dès qu’il fut dans la boîte, Me Chevalier demanda à Douglas :

– Vous êtes le frère de Frank et d’Hélène Perreault ?

– Oui.

– Quel âge avez-vous ?

– 27 ans.

– Avez-vous eu beaucoup de visiteurs depuis votre incarcération, mais plus spécialement du 15 octobre au 15 décembre 1948 ?

– Ma mère est venue deux fois. J’ai aussi vu une autre sœur, pas Hélène. Je crois que Frank est venu me voir une fois.

– Vous avez parlé à vos parents ?

– Oui, avec un gardien, deux pieds derrière moi, et qui pouvait tout entendre.

– Avez-vous parlé d’évasion avec vos parents ?

– Jamais.

Me Chevalier continue :

– Vous avez été au courant de certains faits à la prison, la nuit du 13 nov. 1948

– Oui, j’avais soif et j’ai demandé de l’eau à mon gardien. Je le vois revenir avec le gobelet pour découvrir Noël Cloutier qui le suit dans son dos. Le gardien se penche pour poser l’eau dans la cellule, Cloutier le frappe et il s’écrase tout sanglant, frappé à la tête par ce que j’ai cru être un bout de balai.

– Qu’avez-vous fait alors ?

– J’ai passé mes bras sous les bras du gardien et j’ai réussi à le relever, il s’écrase de nouveau et moi je le prends par la taille pour l’aider encore, il revient à lui et me crie : « Lâche moé. » Puis, il se sauve en courant.

– Comment avez-vous pu aider le gardien à se relever ?

– En me penchant vers lui et en passant mes bras à travers les barreaux de ma cellule.

Me Chevalier interroge ensuite Douglas pour savoir les motifs de la brutale attaque de Cloutier :

– Connaissez-vous des raisons pour cette brutale attaque de Cloutier ?

– Je n’en ai encore aucune idée.

– Avez-vous fouillé le gardien que vous aidiez ?

– Non.

-V ous ignoriez tout de la tentative d’évasion ?

– Oui, je le jure, et Cloutier ne m’en avait jamais parlé.

-V ous vouliez aider le gardien blessé ?

– Oui.

Me Dollard Dansereau, avocat de la Couronne, demande ensuite :

– Pourquoi êtes-vous en prison ?

– Pour meurtre.

– Le 13 novembre vous attendiez votre procès ?

– Oui.

– Une de vos sœurs habitait rue Joliette ?

– Oui.

Puis Douglas révèle à la Cour qu’il habitait dans la même partie de la prison que Cloutier, mais qu’une cellule vide séparait les deux complices de leurs cachots respectifs. Ils étaient obligés de crier pour communiquer l’un à l’autre oralement.

À une question de Me D. Dansereau, Douglas a décrit le genre de vie qu’il menait en prison en déclarant qu’il dormait le jour. Il a aussi affirmé qu’il avait relevé le garde par les bras et non par le cou. Selon ses déclarations. Il voulait l’aider et non le blesser.

Chacun son affaire

Pour un moment, Douglas se montre cynique, Me Dansereau lui demande :

– Avez-vous vu le coup porté ?

– Non, mais je l’ai entendu. Cela fit un bruit sourd.

– Cloutier était armé ?

– Oui, avec un bout de balai.

– Vous ne l’avez pas averti de ne pas frapper ?

– Non.

– Pourquoi ?

– Cela ne me regardait pas : Why should I ?

Et la dernière question vient du juge :

– Vous n’étiez pas intéressé à savoir le résultat de son évasion ?

– Non.

Me Chevalier déclare avoir terminé sa preuve. Me Dansereau fait de même et l’audience est ajournée à ce matin, à 9h30 pour les plaidoiries, le résumé des débats et le verdict.

Le 16 juin 1949

Le juge Lazure refuse tout sursis d’exécution à Douglas Perreault

Le juge W. Lazure a rejeté, hier, deux requêtes de sursis d’exécution dans le cas de Douglas Perreault, condamné à être pendu à minuit et une minute ce soir. Me Chevalier a présenté sa première requête hier matin, et, la seconde, hier après-midi. Dans la deuxième requête, il alléguait que la présence de Douglas Perreault serait nécessaire au procès de Robert Tremblay accusé de complicité après le fait avec Johnny Young et J.-P. Bernard Dussault. Me Chevalier prétendait que Douglas serait le principal témoin.

Les procès des présumés complices doivent s’instruire à l’automne. À moins qu’Ottawa n’accorde un sursis à la dernière minute, Douglas Perreault devra expier de sa vie.

Pendu

Perreault a été pendu, à la prison de Bordeaux, peu après minuit ce matin. C’est le deuxième condamné qui a été pendu pour le meurtre des deux policiers. Noël Cloutier, le compagnon de Perreault dans la banque lors du double meurtre, a été pendu le 11 mars dernier.

Le troisième condamné dans cette affaire, Donald Perreault, qui a déjà été condamné à mort, mais qui a obtenu un second procès, comparaîtra en Cour au cours du terme d’automne des Assises afin d’y subir ce procès.

Le 17 juin 1949

Quelques minutes après minuit trente

Douglas Perreault monta sur l’échafaud quelques minutes après minuit trente et, à 12h39, le bourreau déclenchait la trappe. Quatorze minutes plus tard, le Dr Roméo Plouffe, médecin de la prison, prononçait la mort. Quelques minutes plus tard, un jury du coroner, sous la présidence du Dr Pierre Hébert, rendait un verdict de « mort par strangulation ». Quelques secondes avant le verdict, le drapeau noir avait été hissé au-dessus de la prison, indiquant que le condamné avait été pendu.

Avant l’heure fatale, le condamné qui avait passé la soirée en compagnie du chapelain de la prison, le R.P. J. Clermont, entendit la Sainte Messe dans sa cellule et reçut la Sainte Communion. Jusqu’à la dernière minute, le condamné conserva le calme par lequel on le remarqua pendant tout le procès.

Hier après-midi, Perreault reçut une dernière visite des membres de sa famille, puis il rendit témoignage dans une cause actuellement pendante en Cour.

Perreault devait témoigner, en septembre prochain, dans la cause de Robert Tremblay, accusé de complicité après le fait en rapport avec la fuite de Douglas Perreault et de Donald Perreault en Alberta, après le meurtre de la Longue-Pointe.

Le procureur de Tremblay avait obtenu de juge Lazure la permission de nommer une commission afin de prendre le témoignage ante-mortem de Perreault hier après-midi. C’était la première fois qu’une telle procédure était pratiquée.

Le tristement célèbre Donald Perreault, dont la condamnation à mort est actuellement pesée par la Cour d’appel, à témoigné, hier, en Cour du Banc du Roi, contre Johnny Young, accusé de complicité après le fait, à la suite de l’assassinat des agents Paquin et Duranleau, le 23 septembre dernier.

Perreault a déclaré hier que Young lui avait offert asile dans un chalet à Saint-Donat. Young aurait fait cette proposition lorsqu’il rencontra Perreault sur la route, à un mille de Sheenbobo, Ontario, le lendemain du meurtre des agents Paquin et Duranleau.

Johnny Young aurait dit à Perreault que la police avait une excellente description de l’automobile dans laquelle les meurtriers avaient fui. « Si tu veux te livrer à la police, fais-le, aurait-il ajouté. Mais si tu désires te cacher, tu peux utiliser le chalet que je possède à Saint-Donat. »

Le témoin Perreault a précisé que Young était l’une des quatre personnes qu’il avait rencontrées sur la route, ce matin-là. Les trois autres personnes étaient Hélène Perreault, Robert Tremblay et Bernard Dussault. Tous quatre voyageaient dans la même voiture. Quand à lui, Perreault, il voyageait en compagnie de Mme Christine Perreault, Douglas Perreault et du grand-père de ce dernier.

« Nous nous dirigions vers Sheenboro, raconta Perreault, quand nous vîmes l’autre voiture. Nous nous rencontrâmes Johnny Young et les autres descendirent de voiture. C’est alors que Young m’offrit asile dans son chalet de Saint-Donat. »

Auparavant, Hélène Perreault, 19 ans, sœur de Douglas Perreault, avait raconté à la Cour le voyage qu’elle avait fait, de Montréal à Sheenboro, en compagnie de Tremblay, Young et Dussault.

Elle précisa que, le soir du meurtre des policier, elle se trouvait dans la même voiture que Dussault et Tremblay, et qu’ils cueillirent Young à l’angle des rues Bleury et Sainte-Catherine. Tous quatre se rendirent alors à Hull, Ottawa et Pembrooke. Interrogée par Me D. Dansereau, la jeune fille déclara que la conversation, au cours du voyage, roulait sur des sujets ordinaire, et que le crime n’y avait pas été mentionné.

Le 5 octobre 1949

Young est reconnu coupable de complicité après le fait

Johnny Young, 34 ans, ex-lutteur et membre de la bande des Perreault, a été trouvé coupable par un jury de 12 hommes de complicité après le fait, à la suite du meurtre des deux policiers à la Longue-Pointe en septembre 1948. L’hon. juge W. Lazure, qui a présidé au procès, rendra sentence le 27 octobre prochain. La peine maximum prévue par la loi, pour pareille offense, est l’emprisonnement à vie.

Le jury a délibéré une heure avant de s’entendre sur un verdict de culpabilité. Tout semble indiquer que les avocats de Young, Me Lucien Béliveau et Me Urbain Simoneau, en appelleront de ce verdict.

Young devait, hier, se présenter à l’enquête préliminaire en marge d’une autre accusation qui pèse contre lui, mais l’enquête fut ajournée au 11 octobre, l’accusé étant déjà devant la Cour du Banc du Roi. Young est accusé d’avoir été trouvé en possession de narcotiques et d’armes à feu, à la suite d’un raid effectué par la gendarmerie royale au domicile de l’accusé, rue Saint-Denis. Lors de ce raid, la police a saisi un stock d’héroïne d’une valeur de 140 000$, de même qu’une mitraillette, une arme automatique et plusieurs vieux revolvers.

Le 28 octobre 1949

Le rejet unanime de l’appel du condamné à mort Donald Perreault

Le sort en est jeté : Donald Perreault, le dernier des trois meurtriers des agents Paquin et Duranleau, lors d’un vol à main armée à la Longue-Pointe, sera pendu le vendredi 25 novembre prochain. Hier, la Cour d’appel, dans un arrêt unanime, a rejeté l’appel du condamné à mort. La lecture de l’arrêt a été faite par l’hon. juge Garon Pratte. La Cour d’appel décide que la preuve soumise au jury est suffisante pour rendre un verdict de culpabilité.

Le 25 novembre 1949

Après Douglas Perreault et Noël Cloutier, Donald Perreault sera le troisième à être pendu pour les meurtres commis à la Longue-Pointe

Donald Perreault, le troisième des bandits trouvés coupable du meurtre des policiers, lors d’un attentat à main armée commis le 23 septembre 1948, a payé sa dette à la société et a été pendu peu après minuit, ce matin.

Jusqu’à la dernière minute, le condamné avait espéré obtenir un nouveau sursis, car il était le principal témoin dans une cause que l’on instruira prochainement. Toutefois, les autorités fédérales, de même que le procureur général de la province de Québec, ont refusé d’intervenir à nouveau dans son cas.

Perreault est monté sur l’échafaud à minuit trente minutes. Moins d’une demi- heure plus tard, les médecins membres du jury le prononçaient mort, et le Dr Roméo Plouffe, médecin de la prison de Bordeaux, signait le certificat de décès qu’il remettait aux autorités de la prison.

Les derniers moments

Perreault passa les derniers moments de sa vie en compagnie de l’aumônier de la prison, M. l’abbé Clermont. Il assista à la messe et communia quelques minutes avant son exécution. Après la messe, il refusa même un cigarette et ne porta même pas ses verres lorsqu’il reçut l’ordre de se tenir prêt à se rendre sur l’échafaud.

Il marcha vers la potence d’un pas ferme, d’une allure calme et ne montra aucun signe d’inquiétude. Au cours de la journée d’hier, sa femme passa plusieurs heures en sa compagnie et le laissa en pleurs au début de la soirée.

La pendaison de Perreault met fin au dernier chapitre de l’un des pires crimes jamais perpétré dans la métropole depuis quinze ans. Dans l’après-midi du 23 septembre 1948, deux agents de police, les constables Nelson Paquin, 41 ans, du 1451, rue Overdale, et J.-P. Duranleau, 34 ans, du 1895, rue Bennett, découvrant que des bandits étaient à commettre un attentat armé dans une banque, et n’écoutant que leur courage, s’élancèrent vers la banque à la porte de laquelle ils furent abattus par deux bandits armés qui prenaient la fuite. Il était alors 2h20 de l’après-midi. Un troisième bandit, qui attendait ses compagnons dans une automobile puissante, prit la fuite quand il entendit la fusillade.

Première arrestation

Moins de quinze minutes plus tard, un des bandits, Noël Cloutier était appréhendé dans une ruelle non loin de la scène du double meurtre. Le drame s’était déroulé en face de la Banque Canadienne Nationale, au 7785 est, rue Notre-Dame, angle de la rue Saint-Just, à Longue-Pointe.

L’arrestation de Cloutier fut opérée par les agents Albert Tremblay et J-P Dupont, de la radio patrouille, dans une ruelle à l’arrière de la rue Aird. Quelques heures après les deux meurtres, les autorités de la Sûreté révélaient les noms des deux autres meurtriers que l’on recherchait partout en ville : il s’agissait de Douglas Perreault et de Donald Perreault (aucun lien de parenté).

Le lendemain, les deux constables tués en devoir étaient exposés dans le hall de l’annexe de l’Hôtel de ville et des milliers de citoyens attristés défilaient devant les dépouilles mortelles des deux héros.

Le Comité exécutif de la Ville de Montréal offrit alors une récompense de 1000$ à toute personne qui donnerait des renseignements pouvant conduire à l’arrestation des deux bandits encore au large.

Le 28 septembre, le service funèbre des deux victimes était chanté en l’église Notre-Dame par le Rev. père Pierre Trudel, aumônier de la police, devant une foule considérable. La ville avait décidé de faire des funérailles civiques aux deux policiers et un défilé imposant, précédé de onze landaus de fleurs et formé de représentants de tous les corps de police de la province, passa devant des milliers de personnes massées tout au long du cortège.

Chasse à l’homme

Le 29 septembre la police apprit que Donald et Douglas Perreault s’étaient rejoints sur une ferme de Sheenboro. Le 1er octobre, après huit jours de chasse à l’homme mouvementée dans toute la province et en Ontario, la chasse à l’homme la plus mouvementée encore jamais vue dans le pays, Donald et Douglas Perreault étaient capturés sans le sou et sans arme, aux petites heures du jour, à environ 2500 milles de la métropole, à Medicine Hat, Alberta.

Le 4 octobre, quatre détectives municipaux quittaient Montréal à destination de Lethbridge, où les deux prisonniers étaient détenus par la GRC, qui avait opéré leur arrestation.

Le 12 octobre, les deux prévenus étaient ramenés à Montréal et le 15 octobre, le procès des deux Perreault et de Cloutier était fixé à la mi-novembre, après qu’un jury du coroner les eût tenu criminellement responsables de la mort des deux policiers. Cloutier tenta alors de se suicider dans sa cellule avec un morceau de bouteille brisée. Le 13 novembre, la police municipale mettait à jour un complot organisé afin de faire évader les Perreault et Cloutier de la prison de Bordeaux. Deux arrestations furent opérées à la suite de la découverte de ce complot.

Le 11 mars dernier Cloutier était pendu à la prison de Bordeaux.

Le 18 juin Douglas Perreault montait à son tour sur la potence de la prison locale.

Ce matin, se jouait le dernier acte de ce drame et, à son tour, Donald Perreault montait sur la potence.

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