Publicité

Hold-up : deux policiers abattus par trois bandits, la suite

Histoire
Noël Cloutier pendu hold-up 1948
Noël Cloutier est pendu le 11 mars 1949. (BANQ. – Coll. Robert Carrière)

Noël Cloutier. (BANQ - Coll. Robert Carrière)Gros titre du journal La Patrie. (BANQ- Coll. Robert Carrière)

L’affaire a fait beaucoup de bruit dans tout le pays. Un hold-up tourne au tragique, ce 24 septembre 1948. Et ça se passe dans la Longue-Pointe, angle Notre-Dame et Saint-Just. Les constables Nelson Paquin et Paul-Émile Duranleau sont tués au cours d’un vol à main armée. Un des « apaches », les malfaiteurs qui ont fait le coup, est capturé. J’ai recopié de longs extraits du journal La Patrie de l’époque que j’ai retrouvés aux Archives nationales du Québec. Avant-dernier texte d’une série qui a été publiée tout l’automne.

Le 17 décembre 1948

Douglas Perreault montera sur la potence le 25 mars

Œil pour œil, dent pour dent, c’est la loi du talion

Une fois de plus, un assassin, en vertu de cette loi séculaire, payera de sa vie son crime. Douglas Perreault, 28 ans, trouvé coupable du meurtre de l’agent Paul-Émile Duranleau, le 23 septembre dernier, montera sur l’échafaud le 25 mars prochain, en la prison commune de Montréal.

Au prononcé de sa sentence par le juge Wilfrid Lazure le condamné n’a pas bronché. D’une voix fort intelligible, au greffier qui lui demandait s’il avait quelque chose à dire, Douglas Perreault répondit : « Rien ». On sait qu’un complice du fameux hold-up du 23 septembre, commis à la Banque Canadienne Nationale, Noël Cloutier, sera pendu, lui, le 11 mars, pour le meurtre du policier Nelson Paquin, abattu aux côtés de son compagnon P-E Duranleau.

Deux des bandits ont été sentenciés. Il en reste un troisième, Donald Perreault qui, sous verrous, attend son procès, remis au 19 janvier. Il sera accusé de complicité dans le meurtre. Deux fois, il est venu témoigner contre ses complices.

La première fois, au procès de Cloutier, sa version de la préparation du hold-up a tenté de faire croire que ce dernier avait été l’organisateur de toute l’affaire. Hier, il a de nouveau été entendu et a continué d’accuser indirectement Cloutier.

Brèves délibérations

Les délibérations du jury ont à peine duré un quart d’heure dans le cas de Douglas Perreault. Avant de quitter la Cour, l’opinion de plusieurs membres du jury semblait déjà fixée. À 5 h 30, le juge leur demande, dès qu’il eût fini son adresse, s’ils préféraient aller prendre leur souper avant leurs délibérations ou s’ils pensaient avoir le temps nécessaire pour rendre un verdict vers six heures.

Deux ou trois jurés s’empressèrent de répondre qu’ils seraient en mesure de révéler à la Cour leur décision avant six heures.

La sentence de mort

À 6 h 05, les membres du corps de jury reviennent dans la salle des audiences et à 6 h 06, à la question du greffier leur demandant quel était leur verdict, le président répondit : « Nous avons trouvé Douglas Perreault coupable du meurtre de l’agent Paul-Émile Duranleau. »

À 6 h 20, la porte s’ouvre et le juge Lazure, coiffé du tricorne et ganté de noir, revient prendre son siège. Douglas Perreault fait son entrée par une autre porte, accompagné de six agents de police.

Après que le coupable eût répondu qu’il n’avait rien à dire à la Cour, le juge Lazure déclare que la loi ne lui laissait pas d’autre alternative que de décréter la peine de mort.

Après avoir dit à Perreault qu’il avait eu un procès équitable et qu’il avait été défendu de façon fort énergique par son avocat, il déclara au prisonnier qu’il était le seul responsable de son sort. « En conséquence, dit-il, la Cour ordonne que vous soyez reconduit à la prison commune et que là, dans l’enceinte de ses murs, le 25 mars prochain, vous soyez pendu par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuivre. Que Dieu ait pitié de votre âme. »

Le réquisitoire

C’est Me H. Monty, avocat-chef conjoint de la Couronne, qui prononça le réquisitoire, contre l’accusé. Durant 28 minutes, le procureur fit, en termes accablants, ressortir la brutalité de l’accusé, qui n’hésita pas à se frayer un chemin à coups de revolver pour réussir à prendre la fuite en enjambant le cadavre de deux policiers. Me Monty note que, parmi les témoins que la Couronne a présentés à la Cour pour bien prouver la culpabilité de Cloutier, onze ont identifié positivement Douglas Perreault comme l’un des deux assassins du 23 septembre, à l’angle des rues Notre-Dame et Saint-Just à Longue-Pointe.

« Devant une telle évidence, MM. les jurés, déclara Me Monty, un seul verdict vous reste à rendre; c’est celui de culpabilité de meurtre. Il est hors de tout doute que c’est Douglas Perreault qui, le 23 septembre dernier, a abattu froidement l’agent P-É Duranleau quand celui-ci exposait sa vie pour défendre des citoyens. Il ne m’est pas agréable de vous demander la mort d’un homme. Mais c’est mon devoir de vous demander de débarrasser la société d’un individu dangereux, comme c’est votre devoir de répondre au greffier, quand il vous le demandera, que vous trouver Douglas Perreault coupable de meurtre. »

La défense

Me A. Chevalier, C. R., avocat de la défense, a commencé à parler à 3 h 30 pour finalement terminer à 4 h 49. Il a commencé son plaidoyer par une demande aux jurés de bien peser quelle était la valeur des témoignages entendus contre l’accusé.

La défense n’a cité aucun de ses propres témoins à la barre. Me Chevalier, durant une heure et 40 minutes, s’est efforcé de mettre en évidence les contradictions apparentes qui découlaient de la version de certains témoins.

Sans accuser personne d’intentions malhonnêtes, il s’est dit assuré que tous ou presque avaient été victimes d’une hystérie collective. Au cours de ses premières remarques, Me Chevalier fait à l’audience un bref cours de droit. Partant des temps féodaux, où la peine de mort était souvent infligée par un seul homme, il arrive aux temps modernes et il profite de l’occasion pour faire l’éloge du droit criminel anglais qui accorde le « Fair play » (une chance égale) à l’accusé présumé innocent tant que la Couronne n’a pas prouvé qu’il était coupable.

Contradictions

Après avoir félicité les jurés de la grande impartialité qu’ils ont montrée dans le choix de leurs membres, il affirme qu’aucun des témoins cités à la barre par la Couronne n’est venu pour mentir délibérément.

« Prenez le cas du témoin Tartinville, vieillard de 71 ans, souligna Me Chevalier. Sa version est futile, ridicule. C’est pourtant un vieillard honnête et digne. Il affirme avoir vu et reconnu Douglas Perreault en le regardant par-dessous le mouchoir qu’il avait sur le visage. Il affirme que le bandit était plus grand que lui de 4 pouces. C’est le contraire qui est vrai, car il est évident que M. Tartinville est plus grand que l’accusé. »

« Le témoin Dupuis rend un témoignage divergent. Il faudrait tirer au sort, affirme Me Chevalier, pour savoir lequel dit vrai. »

Parlant du témoin Gariépy, qui a déclaré qu’il ne voulait pas faire le bouffon, le procureur de la défense souligne qu’à distance d’une épicerie, il a vu Douglas Perreault les mains recouvertes de gants de femme noirs, remontant jusqu’au coude. Cependant la police n’a trouvé qu’une paire de gants gris.

Mme Wilfrid Perreault

Mme Wilfrid Perreault a noté qu’un des bandits portait un pantalon de coupe particulière. Aucun témoin n’a remarqué ce genre de pantalon. La défense cite finalement la version d’un témoin de la 11e heure, Mme Dionne, qui attend trois mois avant de dire qu’elle sait quelque chose. Ce témoin identifie positivement l’inculpé lorsqu’elle ne peut identifier Me Monty qu’elle a vu juste mercredi, quinze minutes avant son témoignage.

Me Chevalier termine en déclarant que l’accusé a eu un procès juste. Cependant note-t-il, il ne faut pas que la vie d’un homme soit basée sur une opinion non fondée émanant de témoignages contradictoires.

Me Henri Monty

Dans une brève réplique, Me Monty défend énergiquement la valeur et la cohérence de la version des témoins. « Me Chevalier, note-t-il, fait grand état d’un pantalon très étroit à la cheville. Mais ce n’est pas le pantalon qui importe, mais bien l’homme qui les portait, et il a été identifié positivement par nombre de témoins. De plus les vêtements retrouvés dans la maison de M. Caron, ou l’accusé s’était caché ont été confectionnés pour Douglas Perreault. »

Relatant les dépositions de Donald Perreault, le juge contredit l’affirmation de la défense qui prétend que Donald Perreault a menti lors de son témoignage dans l’unique but de sauver sa vie.

« Demandez-vous au contraire, s’il n’a pas essayé de sauver Douglas Perreault? »

Du témoignage de Tartinville, le juge déclare que les jurés peuvent le rejeter s’ils le veulent, mais que pour un vieillard, il lui semble qu’il a donné une version vraisemblablement à la Cour vu les circonstances qui l’ont confronté avec Douglas Perreault.

En terminant, le juge Lazure déclare : « Des témoins ont vu un imperméable brun depuis la sortie de la banque jusqu’à la rue Lecours. Après, on voit un individu vêtu d’un complet gris. On trouve cet imperméable dans la rue, à 200 pieds de l’endroit ou le dépôt de 200 $ et un chèque de 39 $ étaient enlevés au témoin Thériault dans la banque. Vous savez que le dépôt de 200 $ a été retrouvé dans la poche de l’imperméable abandonné. Vous vous demanderez donc si le paletot brun de la ruelle est bien le pantalon brun vu de la banque, et à la sortie de la banque. »

« Mes commentaires sont pour vous aider à arriver à une certitude. Je suis sûr que votre verdict sera selon la preuve. Je vous souhaite la force et la volonté de bien remplir votre devoir, celui de la vérité et de la justice. »

Le 30 décembre 1948

(Complices des Perreault)

Desrosiers en liberté – Dussault à la barre

L’affaire du triste meurtre des agents Paquin et Duranleau continue d’emplir la Cour de ses échos. Hier, après la libération de trois marins et de la mise en liberté sous cautionnement de Louis Desrosiers, tous accusés de complicité après le fait, Jean-Paul Bernard Dussault, sous la même accusation que les précédents, est apparu dans la boîte des détenus.

Le juge C.H Guérin doit décider d’un moment à l’autre si Dussault sera envoyé à l’examen volontaire. Il appert selon la preuve recueillie par la Couronne que le prévenu Dussault est allé à Sheenboro avec Johnny Young, Robert Tremblay et Hélène Perreault. Le témoin vedette de toute l’affaire, Donald Perreault, que son complice Noël Cloutier a surnommé « Le rat », est de nouveau venu rendre témoignage hier avant-midi.

On ne sait au juste pourquoi, mais le juge Guérin a été obligé de suspendre l’audience pendant une trentaine de minutes avant que le détenu fasse son apparition dans la boîte aux témoins. Vêtu d’un complet bleu, une cravate de même teinte nouée sur une chemise blanche, il semble plus pâle que d’habitude.

On change d’auto

En réponse aux questions de la Couronne, il répète son témoignage déjà entendu, il a vu Dussault à Sheenboro avec Johnny Young et Robert Tremblay. Donald se dirigeait vers Pembrooke avec son complice Douglas Perreault, condamné à être pendu en mars prochain, la mère et le grand-père de ce dernier, quand il croisa l’auto de Dussault venant de Montréal. Après consultation on changea d’auto. Donald et Douglas retournèrent à Sheenboro. La famille Perreault fut conduite à Pembrooke par Dussault.

Donald nie avoir eu une conversation avec le reste de la bande. Un sentiment inconnu l’a poussé à ne pas se mêler à ces gens. Au retour de Pembrooke, Dussault a sorti de la valise de son véhicule un sac de nourriture pour les animaux de la ferme. Et sans trop admirer les beautés de la nature, en compagnie de Young, Tremblay et d’Hélène Perreault, il a repris le chemin de la métropole.

Un document compromettant

Finalement, la Couronne devant les dénégations de la défense, représentée par Me Lucien Béliveau prétendant que l’on n’avait pas encore établi aucune preuve contre Dussault, exhiba un document fort compromettant retrouvé en possession de Douglas Perreault dans l’ouest : c’est le permis de conduire de Dussault.

On a longuement discuté pour admettre la légalité de la pièce accusatrice. Le juge venait en aide à la Couronne en lui faisant remarquer qu’au stage où les procédures sont rendues, il est encore permis à la Cour de l’accepter comme élément de preuve contre le prévenu. Finalement Donald est retourné aux cellules.

1237, rue DeBullion

Le témoin suivant est le capitaine W. Fitzpatrick. Il déclare à la Cour que le permis de Dussault lui a été remis par le capitaine Bédard et que l’adresse mentionnée sur le papier portait le 1237, rue DeBullion. Me Béliveau demande que l’on fasse venir Douglas Perreault pour qu’il dise à la Cour qui lui a remis la licence.

Le juge admet que rien n’a été prouvé contre Dussault à date. La Couronne appelle alors le sergent détective Russell Sénécal. Ce dernier déclare qu’il a opéré l’arrestation de Dussault, le 12 octobre, au 1237, rue DeBullion.

Élément de preuve

Le juge remarque à ce moment que le fait d’avoir été conduit sur une piste par l’adresse inscrite sur la licence et avoir appréhendé, à l’endroit désigné sur le permis, un individu dont le nom apparaît en toutes lettres est un élément de preuve suffisant. Le juge Guérin décidera d’un moment à l’autre si oui ou non Dussault subira son procès.

La cause de Johnny Young est toujours en délibéré devant le juge Armand Cloutier. Robert Tremblay subira son examen volontaire le 4 janvier. Desrosiers est libéré provisoirement.

Le 11 mars 1949

Cloutier a payé sa dette à la société

Noël Cloutier, condamné à mort pour le meurtre des agents Paquin et Duranleau, a, un peu après minuit, payé sa dette à la société.

Tout aussi calme que lorsque le juge Lazure le condamna à mort, Cloutier est monté sur l’échafaud peu après minuit trente et, avant qu’on lui plaçât le capuchon sur la tête, il embrassa le crucifix que lui présentait l’abbé Lucien Clermont, aumônier de la prison.

Une fois sur la potence, Cloutier ne dit pas un seul mot et ne parla à personne. Quand on lui plaça le capuchon sur la tête, il ne broncha pas. La trappe fut déclenchée à 12 h 36 min ce matin, et, seize minutes plus tard, le corps était détaché et remis au Dr Pierre Hébert, coroner adjoint de Montréal, qui tint enquête.

Dernière visite

Cloutier reçut la dernière visite de son épouse au cours de la journée de mercredi et exprima le regret de ne jamais pouvoir voir l’enfant que son épouse attend prochainement. Ce ne fut que 12 heures avant son exécution qu’il apprit qu’il ne pouvait espérer de voir sa sentence remise ou changée.

Pendant toute la journée d’hier, il ne parla que très peu et mangea très peu. Il ne fit aucune demande à la dernière minute. Le chapelain de la prison passa la plus grande partie de la soirée d’hier en sa compagnie. Au cours de la soirée, Cloutier se confessa.

À minuit exactement, le chapelain célébra le sacrifice de la messe pour le condamné et Cloutier y communia. Il fut ensuite escorté vers la potence et s’y rendit d’un pas ferme sans mot dire.

Il y avait trente-cinq témoins à la pendaison, dont plusieurs membres de la Sûreté de Montréal qui avaient présenté la cause contre lui en Cour. Cloutier, âgé de 24 ans, tenta à deux reprises, depuis son arrestation, d’échapper au gibet. La première fois il se trancha le poignet dans les cellules de la Sûreté de Montréal, alors qu’il attendait son procès, et, ensuite, une fois condamné, il tenta vainement de s’évader de la prison.

À l’échafaud

Alors qu’on l’escortait dans son dernier voyage, Cloutier leva les yeux vers la potence. Il ne montra toutefois aucun signe d’émotion quand on lui plaça le capuchon sur la tête et ne bougea nullement quand on lui plaça la corde autour du cou.

Parmi les personnes présentent à l’exécution, on remarquait Me L.-P. Caisse, shérif, Me Paul Hurteau, shérif adjoint, le Dr J.-H. Lesage, gouverneur de la prison, le Dr Adrien Plouffe et le Dr A. Legrand, aliéniste de la prison, le Dr Pierre Hébert, coroner, l’inspecteur Allain, les capitaines détective W. Fitzpatrick et Jos Bédard, etc. Dix médecins étaient également présents afin que six d’entre eux puissent servir sur le jury qui prononça le verdict de mort.

Mois des morts

Cloutier fut condamné à mort le 26 novembre dernier après un procès qui dura quatre jours. Il fut trouvé officiellement coupable de la mort de constable Nelson Paquin au cours d’un attentat à main armée perpétré dans une banque.

Un second constable, l’agent Paul Émile Duranleau, fut tué en même temps que l’agent Paquin. Par la suite, Douglas Perreault, le compagnon de Cloutier, subit son procès et fut condamné à être pendu le 25 mars pour le meurtre de l’agent Duranleau. Il en a cependant appelé et la date de son exécution a été remise à plus tard.

Un troisième complice, Donald Perreault, attend actuellement son procès sous la même accusation et est détenu à la prison de Québec. Il servit de témoin de la Couronne lors du procès des deux autres.

C’est la fin

Les deux policiers furent tués le 23 septembre 1948 à la porte de la Banque Canadienne Nationale quelques secondes après que deux bandits masqués se furent emparés de 2142 $. Une heure plus tard, Cloutier était capturé dans une ruelle de la rue Aird. Il avait environ 2000 $ cachés dans sa chemise. Quand on l’arrêta, Cloutier dit au constable qui l’appréhendait : « C’est la fin. C’est la potence pour moi. »

Deux semaines plus tard, Donald Perreault et Douglas Perreault étaient capturés à Taber, Alberta, puis ramenés à Montréal.

Le 11 mars 1949

Tentative de suicide de Donald Perreault

Nous apprenons aujourd’hui que Donald Perreault, accusé du meurtre des constables Nelson Paquin et Paul-Émile Duranleau lors du hold-up dans une banque de Longue-Pointe, a tenté de s’enlever la vie à la prison de Québec, où il était détenu depuis quelque temps déjà. Le présumé complice de Noël Cloutier, qui expiait son crime ce matin en montant sur l’échafaud, et de Douglas Perreault, également condamné à mort, repose présentement sur un lit d’hôpital à Québec, alors que le département du procureur général poursuit une enquête afin de savoir comment Perreault a pu se procurer la lame de rasoir avec laquelle il s’ouvrit les veines.

Il fut découvert par un garde, couché sur le lit de sa cellule dans un état d’extrême faiblesse causée par la perte de sang. On apprend également qu’il prend du mieux à l’hôpital, où il est sous bonne garde.

Le 25 mars 1949

Donald Perreault montera à la potence le 8 juillet

Donald Perreault, le troisième membre d’un trio à être reconnu coupable du meurtre de deux policiers, devra lui aussi monter sur l’échafaud le 8 juillet prochain.

Le verdict a été rendu à quatre heures et demie hier après-midi après seulement trente minutes de délibération. L’accusé très pâle n’a pas bronché en attendant la décision des jurés. Lorsque le juge W. Lazure, ganté de noir et portant le traditionnel tricorne de même couleur, prononça la condamnation à mort, il demanda auparavant à Perreault s’il avait quelque chose à dire. Ce dernier répondit simplement : « Non ».

Le juge Lazure, parlant d’une voix lente et grave, rappela alors à l’inculpé qu’il n’avait pas à se plaindre de la manière dont le procès avait été dirigé. Il ajouta que ses avocats Me A. Chevalier, C. R., et Me Gérard Laganière avaient fait tout leur possible pour lui sauver la vie, mais le jury avait décidé de son sort. Il prononça ensuite les fatidiques paroles qui tombèrent sur l’assistance comme du plomb. Une grande tristesse planait en effet sur les curieux ou s’écrasait dans la vaste enceinte du tribunal.

On sentait que c’était la fin d’un horrible drame et que la vie des deux agents de police, abattus lâchement dans l’exercice de leurs fonctions, serait vengée. On sait que Noël Cloutier a été pendu le 11 mars dernier pour ce double meurtre et que Douglas Perreault devait monter sur la potence un peu après minuit, la nuit dernière, mais qu’il a porté sa cause en appel, son exécution a par conséquent été ajournée à la fin de juin prochain.

Durant tout son procès, Donald Perreault, qui ressemble à quelque digne professeur, avec ses verres de corne fumée et sa tenue impeccable, sembla confiant sur l’issue de son procès. Sa jeune épouse était parmi les trois cents personnes présentent, mais elle quitta la Cour quelques minutes avant le retour des jurés qui s’étaient retirés pour délibérer.

Le résumé des faits par le juge a été sobre et clair. Il explique tout d’abord qu’il n’y avait que deux verdicts à rendre, meurtre ou acquittement et que si le jury croyait vraiment à la version de l’accusé concernant le « grab and run », il devait acquitter le prévenu. Par contre, le réquisitoire du ministère public démontera l’invraisemblance de ce récit fait par Perreault lui-même.

Devoir à accomplir

La Cour souligna que l’issue de ce troisième procès serait lourde de conséquences, mais que la satisfaction du devoir accompli laisse dans l’âme une douce quiétude. Les jurés connaissent bien les obligations de leur serment et ils sauraient écarter toute sympathie en ne se basant que sur la preuve présentée.

Le président des Assisses admit que si Perreault n’était accusé qu’en vertu de l’article 260 du Code pénal, il aurait été difficile de faire une preuve contre lui, mais la loi a pourvu à ces lacunes avec l’article 69, qui traite de la conspiration. Cet article rend un accusé aussi coupable que celui qui commet un acte criminel, le complice qui aide, encourage, conseille ou provoque dans la poursuite du but commun. Il arrive ensuite à la défense qu’il résume. Elle est simple. Il y a eu preuve de l’entente pour le « grap and run » telle que préparée par les trois bandits. Perreault dit avoir été trompé. Si le jury croit cette histoire, il doit acquitter. Mais le jury ne doit pas se laisser influencer par l’atmosphère qui règne autour de la cause et la défense a raison en soulignant cette situation. La défense a aussi déclaré que l’inculpé n’était pas armé et n’a jamais tué. Le ministère public, représenté par Me Donald Danseraux, ne croit pas un mot de ce que raconte l’inculpé et que ce dernier n’a dit la vérité que lorsque cela fit son affaire.

Mensonge

Il y a cette soirée à boire chez Douglas avec maîtresse. Donald en a raccourci la durée, délibérément pour montrer qu’il n’était pas si ami que ça avec Douglas.

La Couronne est surprise de cette entente pour voler 28 000 $ et de l’acceptation de Donald en un rien de temps. Mais après, il n’est plus question de ce vol ni du partage, à trois de 9000 $ chacun.

La Couronne fait entendre quatre témoins pour prouver que Donald était assis avec Douglas sur le siège avant de l’auto noire. Elle en conclut que Donald ment et pour une bonne raison, en venant jurer que pendant tout le trajet les deux complices étaient sur le siège en arrière. Pourquoi ce mensonge? Afin de pouvoir mieux dire qu’il ne les a pas vus armés et venir jurer que jamais, au grand jamais, il n’a vu de revolver dans sa voiture.

La fuite

Le juge Lazure termine son résumé de la preuve de la couronne en mentionnant ces paroles de Douglas au téléphone : « Noël est fini. » Donald a tellement bien compris le sens de ces paroles qu’il n’en a jamais demandé l’explication à Douglas. Et enfin, s’il est innocent comme il le dit, pourquoi ne pas s’être livré à Ottawa, à Pembrooke. Non, il se sauve et on le retrouve à l’autre extrémité du pays.

Me Dollard Danseraux s’est surpassé surtout lorsqu’il a dit au jury : « C’est lui qui nous raconte les paroles de son complice au téléphone : “Noël est fini”. Donald Perreault avait organisé toute une histoire, moitié vraie, moitié fausse, mais il y a mis une fausseté de trop et qui le perd. »

Vos commentaires
loading...