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Meurtre au château! (2)

Histoire
Cha^teau Tait Tétreaultville meurtre 1914
L’emplacement du château Tait. (Coll. Robert Carrière – BANQ)

Le 2 janvier 1914, le vieux château Tait, habité par deux Anglais solitaires, à Tétreaultville, est détruit par un incendie que l’on croit avoir été allumé par un ancien domestique. Le mobile du crime serait la vengeance. Voici ce que j’ai tiré des journaux du temps. Deuxième d’une série de quatre textes publiés en autant de semaines.

Lugubres légendes

Dans un puits découvert sous les ruines calcinées du château Tait, à Tétreaultville, un enfant aurait été enseveli vivant.

Une macabre aventure

De sinistres rumeurs et des légendes fantastiques flottent dans l’air au-dessus des ruines calcinées du château Tait, à Tétreaultville.

L’histoire rapporte qu’au Moyen-âge, alors que rois, ducs, barons et seigneurs se faisaient constamment la guerre, ceux-ci se construisaient des forteresses où, à côté d’appartements luxueux, il y avait d’horribles démons. Dans quelques-uns de ces châteaux, l’on trouvait des cachots, des endroits de supplice, des « oubliettes », au sujet desquels les romanciers ont décrit des scènes qui font frémir d’épouvante.

Tragiques « oubliettes »

Non loin de Montréal, il y avait naguère dans la maison d’un détective bien connu, un cachot qui fut surnommé « oubliettes », où ceux qui entraient n’avaient pas, disait-on, l’existence très heureuse. Mais enfin, on n’y mourait pas.

D’autre part, les châteaux de notre féodalité ne se sont jamais rendus célèbres par les horreurs des forteresses des temps antiques, au château Tait, moins qu’ailleurs encore l’on se serait imaginé qu’il s’y trouvât des « oubliettes », qu’il pût cacher dans ses murs des crimes et des assassinats. Pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence des faits. Il est avéré maintenant que la nuit du Premier de l’an, un homme a été tué, qu’auparavant des personnages mystérieux avaient tenté d’y attirer dans un infâme guet-apens des vendeurs de bijoux afin de les dévaliser, puis qu’enfin pour consommer la diabolique conspiration et en faire disparaître toute trace révélatrice, on avait mis le feu à la demeure.

Le silence de la mort

Après l’incendie, le silence s’était fait autour du château et sur les châtelaines qui l’habitaient. Comme c’était la retraite d’une personne riche qui passait l’hiver sous d’autres cieux, on ne s’intéressa pas longtemps au désastre. Il n’y a que ces jours derniers que l’évènement prit une autre physionomie, la tournure d’une tragédie lugubre qui restera peut-être inexpliquée toujours.

La Patrie a raconté dans quelles circonstances dramatiques fut découvert le cadavre d’un homme dont les ossements transportés à la morgue trahissaient, à n’en pas douter, que cet homme avait été lâchement assassiné.

Un enfant enseveli dans un puits

Une enquête plus minutieuse s’imposait. Elle fut confiée aux détectives Gagnon et Beauchamp. Ils s’en allèrent avec une perspicacité et un flair habile. Ils apprirent que le château avait été, avant la désastreuse nuit du jour de l’an, le théâtre d’un drame plus effroyable encore puisqu’on aurait fait périr dans un puits profond de vingt-trois pieds un petit garçon de douze ans.

Les fouilles dans les décombres amenèrent en effet la découverte du puits lugubre. L’eau le remplit de quinze pieds. Les détectives y descendirent pour y faire plus facilement des sondages et ramener à la surface les restes de l’enfant, s’ils s’y trouvaient. Ils se tenaient sur une planche fixée aux parois du puits à quelque six pieds de l’orifice.

Dans un trou de mort

Dans cette posture plutôt gênante, ils étaient tout entier à leur travail quand le fragile échafaudage se brisant sous leur poids, ils furent précipités à l’eau.

Seuls à ce moment psychologique, incapables de remonter, ils se débattaient dans d’indicibles efforts pour se maintenir à flot et faisaient entendre de toute la force de leurs poumons des cris de détresse.

Sauvés providentiellement

La Providence ne permit pas qu’une nouvelle horreur s’ajoute à celles qui déjà remplissent d’émoi la région. Elle envoya au secours des deux agents de la paix, deux citoyens de Tétreaultville, MM. Longtin et Dubois, qui s’empressèrent de leur tendre un câble et de les sortir de leur périlleuse situation.

Les recherches seront poursuivies

MM. Gagnon et Beauchamp ne perdront pas de sitôt le souvenir de cette malheureuse aventure, mais ils n’en continueront pas moins leurs recherches, pour dissiper les sombres ténèbres qui rendent encore impénétrable le mystère du château. Le puits sera vidé, mis à sec et passé au peigne fin. Pas une ruine de l’édifice ne restera en place tant que la justice soit satisfaite.

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