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Meurtre au château! (3)

Histoire
Château Tait Tétreaultville meurtre 1914
L’emplacement du château Tait, à l’ouest de la Grande Coulée. (Coll. Robert Carrière – BANQ)

Le 2 janvier 1914, le vieux château Tait, habité par deux Anglais solitaires, à Tétreaultville, est détruit par un incendie que l’on croit avoir été allumé par un ancien domestique. Le mobile du crime serait la vengeance. Voici ce que j’ai tiré des journaux du temps. Troisième d’une série de quatre textes publiés en autant de semaines.

Aucune trace de l’enfant

Le puits du château Tait ne recelait pas de victime, et seul le gardien Rickard possède le secret du mystère de Tétreaultville.

Le « Vieux Pitre » à la morgue

L’angoisse née de la pensée qu’un petit garçon disparu l’automne dernier de Tétreaultville, qui aurait pu être assassiné et jeté dans le puits du château Tait, fait place aujourd’hui au soulagement.

Les pompiers, dirigés par le chef de district Giroux et le chef adjoint Mann, ont asséché hier la désormais légendaire citerne et, après de minutieuses fouilles, les détectives Gagnon et Beauchamp n’ont découvert aucun indice tendant à confirmer la macabre rumeur.

Il reste donc acquis que si l’enfant a été assassiné, ses restes reposent dans un autre endroit. L’identité du cadavre carbonisé trouvé dans les ruines du château n’a pas encore été établie à la morgue.

Le Vieux Pitre

On croit maintenant que les restes de ce malheureux sont ceux du « Vieux Pitre », un vétéran de l’armée française, qui aurait fait la guerre de Crimée.

Les gens de Tétreaultville se rappellent que le bonhomme demeura longtemps dans le château avec le mystérieux Rickard, et sa disparition coïncide avec l’incendie de l’édifice.

Quant à Rickard, il aurait été vu au terminus de la voie du tramway, alors que le feu faisait rage. Des personnes auraient attiré son attention sur le fait, mais il aurait gardé une attitude indifférente et aurait pris le tramway pour se rendre à Montréal.

Un faux monnayeur

Rickard, au dire d’une femme qui fût employée au château, contrefaisait de l’argent l’hiver. Il aurait mené une existence assez accidentée sous différents noms d’emprunt. On dit qu’il a laissé des dettes à Tétreaultville, et qu’avant l’incendie, il paya ses créanciers avec de faux chèques.

Le docteur McTaggart, médecin autopsiste de la morgue, a examiné les restes du prétendu « Vieux Pitre ». Il ne peut déterminer la cause de la mort de ce dernier.

Le 29 juin 1914 : Le mystère du château n’est pas éclairci.

L’enquête du coroner, tenue samedi, révèle que le soir de l’incendie, le gardien Rickard cherchait à acheter du pétrole et qu’il paya un compte avec un faux chèque.

L’enquête du coroner sur les restes calcinés et décomposés de l’homme trouvé dans les ruines du château Tait de Tétreaultville a jeté peu de lumière sur l’identité de la victime et le mystère qui plane sur la tragédie du 1er janvier 1914.

Un homme de 25 à 30 ans

Le docteur McTaggart, médecin légiste, a fait l’autopsie du cadavre et il en est arrivé à la conclusion que c’est celui d’un homme âgé de 25 à 30 ans, à la chevelure brune, d’une forte constitution, puissamment charpenté et mesurant cinq pieds et six pouces. Il porte une blessure au côté droit et a les deux bras cassés. D’après l’examen des viscères et des poumons, il semble que l’individu est mort d’asphyxie, par conséquent qu’il vivait encore, quand le feu commença à consumer le château. Il avait été probablement assailli et laissé pour mort par celui ou ceux qui mirent le feu ensuite pour le cacher leur crime.

Une bourse vide

Dans les poches de la victime, il y avait une bourse vide et quelques choses. Mme Tait, qui demeurait au No 981, rue Dorchester Ouest, propriétaire du château, a raconté qu’elle quitta Montréal, le 23 octobre dernier pour aller résider quelque temps à New York. Elle avait laissé la maison sous les soins d’un nommé Jerold C. W. Rickard, qui était à son emploi comme domestique depuis deux ans.

Ancien Bagnard

C’était un émigré d’Angleterre, qui avait fait du pénitencier, mais se conduisait bien depuis. Rickard lui avait demandé la permission de prendre avec lui un jeune homme du nom de Roseburg. Tous deux habitaient les pièces de la partie est du château, celles de la partie ouest étaient fermées à clé. Chose étrange, c’est dans ces dernières que le cadavre fut trouvé.

Mme Tait a visité le château trois fois l’automne dernier avant l’incendie. Elle n’y a constaté rien d’anormal. Mlle Frederica tait le témoin suivant, n’a rien révélé qui pût éclaircir le mystère.

Du Pétrole

Le témoignage de Mme Lazard Durocher, qui tient un commerce à Tétreaultville, est important. Dans la soirée du 31 décembre, dit-elle, Rickard se présenta au magasin pour acheter du pétrole. Comme elle n’en avait pas, Rickard partit en laissant la camiste. Le château prenait feu quelques heures plus tard. Le lendemain, Mme Desrochers rencontra Rickard à la gare Windsor. Ce fut la dernière fois qu’elle le vit.

Un autre témoin

Mlle Rose Longtin, dont le père tient un commerce de quincaillerie à Tétreaultville, a raconté que Rickard était allé régler le soir du 31 décembre, un compte de 91,99 $ qu’il devait au magasin. Il donna un chèque payable à la Banque de Toronto, et M. Longtin lui remit la balance en espèces courantes. Le chèque ne fut jamais honoré, Rickard n’ayant jamais eu de fonds à la banque.

D’après le pompier E. Métayer, de la caserne No 36, le feu s’est déclaré dans la salle à dîner du château dans la partie occupée par Rickard et son compagnon.

Tels sont les faits qui ont été révélés à l’enquête samedi. Sur la recommandation du jury, le coroner a donné instruction à la police de rechercher Rickard. Il y aura reprise de l’enquête vendredi prochain.

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