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La CIA dans notre quartier

Histoire
EwenCameron

En 1951, c’est la Guerre froide. Des représentants de la CIA et des psychiatres américains se retrouvent à Montréal pour préparer le projet « Blue Bird », qui poussait des recherches sur les techniques de lavage de cerveau, de conditionnement, de persuasion, de propagande et de contrôle psychologique des masses. Certaines expériences ont eu lieu dans notre quartier.

Le programme de recherche, secret, était dirigé par le psychiatre Ewen Cameron, directeur de l’Allan Memorial Institute de Montréal et ancien gradé de l’armée américaine. Entre 1956 et 1953, le Dr Cameron effectue des traitements de « déprogrammation » du cerveau sur des patients atteints de diverses formes de maladies mentales. Ses recherches sont financées à hauteur de 25 millions de dollars par la CIA et encouragées par Ottawa.

Les expériences comprennent des traitements-chocs. Les patients sont abrutis par des dosses massives de LSD et de barbituriques et soumis à des messages répétés pendant de longues périodes. On les torture par la privation ou le sommeil prolongé, des douches froides et chaudes en alternance et à répétition, des doses massives d’électrochocs. Plusieurs ont été soumis à des comas artificiels. Le Dr Cameron étalait ses « traitements » toute la journée, pendant toute la semaine pour plusieurs semaines d’affilée. Une fois le cerveau ainsi « déprogrammé », le psychiatre pouvait le « reprogrammer » à son aise.

En 1960, la CIA coupe les fonds. Ottawa prend la relève jusqu’en 1963. Une cinquantaine de personnes ont servi de cobayes à ces expériences, dont plusieurs orphelins de Duplessis.

Dans son livre « La danse autour du feu », le psychiatre Hubert-Antoine Wallot, qui a travaillé autrefois à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu (aujourd’hui l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal), rappelle le sort réservé aux orphelins de Duplessis. Il a écrit à la page 146 : « En 1954 seront transférés quatre cents enfants éducables parmi les mille qui habitaient “le petit village” cette année-là, au Mont-Providence, une annexe de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, située dans Rivière-des-Prairies. »

On effectue à cet hôpital 21 lobotomies, 12 castrations, 11 hystérectomies et des centaines de traitements aux électrochocs. J’ai trouvé un document énumérant 49 orphelins morts à I’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, qui n’ont aucun certificat de décès, et personne ne peut dire où ils sont enterrés aujourd’hui, pas même Sœur Gilberte Villeneuve, ancienne directrice de cet hôpital. En fait, ces orphelins auraient été enterrés dans une fosse commune au vieux cimetière de l’hôpital, connu sous le nom du Cimetière de la Soue à Cochons, une appellation utilisée par les Orphelins de Duplessis à l’époque.

De plus, 2 168 autres orphelins sont décédés à cet hôpital et sont inscrits sur les registres civils de la Ville de Montréal. Ces personnes n’ont pas eu de sépultures catholiques respectueuses; les corps ont été empilés les uns par-dessus les autres dans ce cimetière. Sœur Gilberte Villeneuve a vendu des terrains du vieux cimetière de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, spécifiant sur le contrat de vente que l’hôpital n’était pas responsable s’il y avait une éventuelle contamination du sol en surface ou en profondeur.

Il y a plusieurs années, Mgr. Turcotte garantit au public, dans le Journal de Montréal, qu’il fera des recherches concernant ces orphelins morts. Il n’y eut aucune suite à cette déclaration. Ce qui prouve, une fois de plus, l’indifférence ou peut-être l’implication criminelle importante de I’Église par rapport à ces 49 enfants et ces 2 168 autres introuvables.

Les congrégations religieuses visées par les Orphelins de Duplessis étaient surnommées par les médias le Groupe des Sept. Ce groupe était composé des Sœurs de la Providence, des Sœurs de la Miséricorde, des Sœurs Grises de Montréal, des Sœurs de la Charité de Québec, des Petites Franciscaines de Marie, des Frères de Notre-Dame-de-la-Miséricorde et des
Frères de la Charité. Depuis, il y a eu une autre congrégation qui s’est rajoutée à la liste, il s’agit des Clercs de Saint-Viateur de Joliette.

Surprise : des squelettes!

En 1975, lorsque la SAQ construit son entrepôt, en bordure de l’autoroute 25, les travaux sont interrompus par la découverte d’ossements. La surprise est générale, rapporte le Journal de Montréal. Car l’Archevêché avait attesté en 1967, le transport de tous les restes de cet ancien cimetière au Cimetière de l’est de Montréal (Repos Saint-François d’Assise). L’entrepreneur a même poursuivi la SAQ et les Sœurs de la Providence pour dépassement de coûts et de délais. Le procès permet d’apprendre qu’à l’exhumation de ces restes, en 1967, on les avait regroupés dans six boîtes de 24 X 28 pouces X 6 pieds de long; 24 boîtes pour plus de 2000 personnes. Selon les experts de l’époque, il aurait plutôt fallu 150 de ces boîtes.

Les travaux avaient permis de trouver de nombreux corps empilés les uns sur les autres. Et la surface du cimetière était bien plus grande que celle indiquée sur les plans fournis par la communauté religieuse. L’entrepreneur avait, dans les faits, trouvé le fameux Cimetière de la Soue à Cochons. Finalement, le Journal de Montréal retrouve, dans les archives judiciaires, un registre de 49 jeunes personnes inhumées à cet endroit, entre 1933 et 1958.

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