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Cinéma: L’histoire d’amour sans issue de Gurov et Anna

Culture
Gurov et Anna Sophie Desmarais critique du journal de Mercier Est Station Vu
Le film illustre la relation toxique entre un professeur vieillissant et son élève instable mais talentueuse. (Photo: page Facebook du film)

Le Journal de Mercier-Est lance aujourd’hui sa nouvelle chronique cinéma hebdomadaire avec Gurov et Anna, le prochain film de Rafaël Ouellet, qui sera projeté ce soir à Station Vu.

Le film du réalisateur de Camion (et de quelques épisodes du téléroman Nouvelle adresse) s’intéresse à un sujet rarement abordé au cinéma, mais néanmoins actuel : une relation amoureuse entre un professeur d’université et son étudiante. D’actualité parce qu’il y a quelques semaines, plusieurs professeurs de l’UQAM ont été visés pour harcèlement sexuel ou complicité par omission d’agir, à tort ou à raison, par un groupe de féministes radicales de cette institution. Certaines étudiantes appuyaient les plaignantes, malgré le caractère anonyme de leur plainte et le lynchage sur la place publique qui en a résulté, alors que d’autres constataient que le rapport de pouvoir qui s’installe souvent entre le maître et l’élève n’est pas toujours à l’avantage du premier. « Certaines étudiantes tentent de séduire des professeurs souvent terrifiés par leur propre vieillissement », avait déclaré en substance une étudiante de l’UQAM.

C’est un peu dans cet esprit que s’installe la relation entre Mercedes (Sophie Desmarais) et Benjamin (Andreas Apargis), ce dernier étant un écrivain désabusé qui enseigne la littérature classique à Concordia. Il reçoit un essai particulièrement inspiré de Mercedes, une de ses étudiantes dont il tombera amoureux. Benjamin, en pleine crise existentielle de la cinquantaine, ne ressent plus rien pour sa femme, qui tente elle-même de lancer sa propre carrière d’écrivain. Il luttera, en vain, contre les avances de la jeune Mercedes, qui ne cherche pas qu’un mentor dans une relation qui tournera, on s’en doute, au vinaigre.

En fait, le film décortique le cheminement de cette relation toxique, alors que Mercedes, une âme écorchée et instable, se sert des hommes qui l’entourent avant tout pour assouvir ses besoins divers. On découvre sa quête de tendresse, d’absolu, ou sa peur de la solitude : elle manifeste du talent à l’écriture, mais ses relations sont marquées par un narcissisme évident. Mercedes se définit pratiquement dans le regard des autres, tant sur scène que dans ses rapports intimes.

Benjamin, lui, a deux enfants et a toujours été fidèle, semble-t-il. Jusqu’à ce que Mercedes arrive dans sa vie. S’en suit sa descente aux enfers. Tout le film est axé autour d’une nouvelle d’Anton Tchekov, La Dame du petit chien (d’où le titre du film), qui traite justement de rapports semblables à ceux des personnages principaux.

Gurov et Anna est un film magnifique, à la technique irréprochable (photographie, son, musique). Les comédiens livrent la marchandise avec brio et sont habilement magnifiés par la caméra (surtout Sophie Desmarais). Mais le scénario, de Céleste Parr, aurait mérité d’être resserré. Le spectateur comprend la spirale dans laquelle s’enferment les personnages et attend un dénouement qui arrive très tard. J’aurais enlevé 30 minutes à ce film qui cherche souvent son souffle et qui comprend plusieurs scènes dont on ne saisit pas la pertinence; entre autres une de sexe, très dure. Il y a d’ailleurs beaucoup de sexualité dans ce film qui s’adresse avant tout à un public adulte.

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