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Cinéma: L’empreinte, chez Station Vu

Culture, Histoire
l'empreinte

Notre identité est plus compliquée qu’on se l’imagine. Le film « L’empreinte », de Carole Poliquin et Yvan Dubuc, explore de grands pans de notre psyché collective avec une théorie audacieuse : nous avons collectivement occulté l’amérindien qui circule dans notre système sanguin.

Quand on parle du peuple québécois, on songe à cette minorité de francophones d’Amérique qui a survécu contre vents et marées, notamment grâce au ciment de l’Église catholique; minorité isolée face à un envahisseur britannique déterminé à nous dissoudre dans un Dominion fidèle aux valeurs saxonnes. Et si l’histoire qu’on nous enseigne négligeait un aspect de notre personnalité collective qui reflète une réalité méconnue de notre passé? Une réalité qui expliquerait plusieurs traits de caractère du peuple québécois, et qui nous viendrait directement de la civilisation autochtone avec laquelle nos ancêtres ont composé, de manière bien plus volontaire qu’on se l’imagine.

C’est la théorie de ce film qui se veut une quête, menée par le comédien Roy Dupuis, vers notre passé, vers une histoire qui commence tout juste à s’écrire, malgré la conviction de nombreuses personnalités, tant chez les autochtones que chez les pures laines. Cette théorie expliquerait bien des traits de notre culture : l’émancipation des femmes, notre grande tolérance, notre propension à prendre des décisions de manière collective non sans y avoir longuement réfléchi, notre quête perpétuelle du consensus, notre aversion envers l’autorité, notre égalitarisme qui se manifeste dans tous les plans de la société…

Plusieurs croient que ces traits de caractère nous viennent de notre passé judéo-chrétien. Les réalisateurs proposent plutôt qu’ils soient issus des valeurs autochtones que nos ancêtres ont rapidement intégrées, par esprit de survie, mais aussi par volonté de liberté, alors qu’ils se sont installés dans une contrée hostile et éloignée de la mère patrie.

Les premiers colons étaient avant tout des coureurs des bois. Même les cultivateurs vivaient dans des villages isolés. Survivre aux hivers interminables signifiait, souvent, s’allier avec ceux qui s’étaient installés ici depuis des millénaires. C’était adopter les coutumes locales, beaucoup plus égalitaires et libertaires que celles des Européens. Nos ancêtres n’ont pas eu de mal à s’intégrer ou à s’allier aux autochtones, eux qui fuyaient le lourd carcan de la civilisation française.

Plusieurs personnages du documentaire n’hésitent pas à affirmer que, jusqu’à la conquête, Européens et Autochtones vivaient en harmonie, allant jusqu’à mélanger allègrement leurs lignées. Nous aurions tous des ancêtres communs, un aspect de la société de la Nouvelle-France qui a été longtemps occulté, car il déplaisait au clergé, qui a longtemps interprété et écrit l’histoire pour satisfaire ses intérêts. Car, après la Conquête, le peuple québécois s’est rapidement mis en mode survie. Et celui-ci signifiait couper les liens avec les autochtones.

Mais on n’occulte pas aussi facilement l’Histoire. Celle-ci a le don de rebondir de manière inattendue. Et le propos captive. On se fait rapidement accrocher par les témoignages recueillis par l’équipe du film, livrés sur un ton plutôt didactique et contemplatif, ponctués d’images de nature et de paysages rythmés par la musique de Jorane. Historiens, sociologues, poètes, gens d’affaires, juristes, représentants du milieu communautaire et simples citoyens se succèdent pour étayer, parfois malgré eux, la théorie du film. Pour certains, dont les spectateurs, ce sera une révélation.

La bande-annonce du film, présenté demain (jeudi) par Station Vu, en présence des réalisateurs.

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