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Quand le développement durable ne suffit plus

Environnement
Odile Tirard-Collet
« Il faut vraiment parler de décroissance et non de développement durable », insiste la conférencière. (photo: Marie-Eve Cloutier)

Il faut se rendre à l’évidence : une croissance économique illimitée sur une planète limitée en ressources est tout simplement impossible. Et le développement, même durable, va nous mener tout droit dans un mur. Ce qu’il faut maintenant, c’est la décroissance.

Est-ce que cela signifie un retour à l’âge de pierre? Non, affirme Odile Tirard-Collet, qui a complété en 2013 un essai intitulé « La décroissance : une solution aux problèmes environnementaux inhérents à la société de consommation ». Titulaire d’une maîtrise en environnement, Mme Tirard-Collet était de passage à la bibliothèque Langelier mardi dernier (31 mars) pour donner une conférence qui avait pour thème la décroissance, autrement dit commet vivre mieux, en consommant moins, présentée par la L’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de l’Est de Montréal.

Pourquoi la décroissance? 

Le mouvement est encore méconnu au Québec. Même la conférencière a étonné ses superviseurs lorsqu’elle leur avait appris qu’elle souhaitait en faire son sujet de maîtrise.

« Pourtant, le lien entre la décroissance et mes études en environnement était évident pour moi. Depuis que l’on vit dans une société de consommation, on pense que la croissance économique a toujours existé, mais c’est faux. L’augmentation massive de la production de biens de consommation est arrivée avec l’accès à de l’énergie bon marché, comme le charbon et le pétrole, en plus de la révolution industrielle. Alors qu’avant on produisait des biens pour nos besoins, nous nous sommes mis à créer des besoins pour absorber la production massive de biens », explique Odile Tirard-Collet.

Pour supporter ce roulement, d’autres mécanismes sont venus s’ajouter au système, comme l’obsolescence (un peu comme la date de péremption des objets), la publicité et l’accès au crédit, afin de toujours consommer plus, et ainsi faire croître l’économie.

« Le problème, c’est que la croissance se veut exponentielle. Ce n’est pas possible dans un mode fini comme le nôtre. Nous sommes en train d’épuiser des ressources naturelles qui sont pourtant renouvelables, mais nous les consommons si rapidement qu’elles n’ont pas le temps de se renouveler. Et il existe des corrélations entre l’augmentation du PIB d’un pays et sa production de déchets, qui sont linéaires », ajoute la conférencière.

Comment y arriver? 

Durant la conférence, il n’a pas été question de développement durable, une expression fautive selon Odile Tirard-Collet.

« Il faut vraiment parler de décroissance et non de développement durable, car le mot “développement” implique tout de même la croissance. On l’a vu jusqu’à présent, les initiatives de développement durable, comme le protocole de Kyoto ou d’autres mesures, ont échoué. Produire en polluant moins est une utopie. »

Mais, comment faire la décroissance?

Par définition, la décroissance est un « processus de réduction équitable de la production et de la consommation qui augmente le bien-être et améliore les conditions écologiques au niveau local et mondial, à court et à long terme ».

En d’autres termes, il faut arrêter d’être axé sur l’économie et simplement combler nos besoins essentiels. « Moins de bien, plus de liens », fait valoir Mme Tirard-Collet.

Parmi les solutions proposées, la conférencière a évoqué le système des 8R (loin des 3RV que l’on connait!) du penseur et économiste français Serge Latouche : Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Redistribuer, Relocaliser, Réduire, Réutiliser et Recycler.

« Pour que ça fonctionne, nous devrons faire de la décroissance un choix de société », conclut la Odile Tirard-Collet.

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