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Qui sont les Québécois de confession musulmane?

Vie de quartier
Foule présente lors de l'évènement
La rencontre citoyenne sur le mieux vivre ensemble dans Bourget a suscité un grand intérêt dans le quartier. (photo: Marie-Eve Cloutier)

Près de 150 personnes ont répondu à l’appel lancé par Maka Kotto afin de prendre part à une rencontre citoyenne portant sur le mieux vivre ensemble dans Bourget le 26 avril dernier.

Même les organisateurs de ce forum, qui se voulait non partisan, ne s’attendaient pas à un tel succès. Plusieurs tables et chaises ont dû être ajoutées au fur et à mesure que les personnes arrivaient. Possiblement la preuve que les gens du quartier voulaient en apprendre plus, mais aussi avoir leur mot à dire sur un sujet qui a fait les différentes unes des médias en début d’année.

« Nous avons décidé de tenir cette rencontre à la lumière d’une problématique que vous connaissez probablement tous. Nous assistons en ce moment à un détournement de l’islam. Le Québec est une maison que nous avons choisie, mais il faut aussi se rappeler que c’est le Québec qui nous a choisis aussi. Si nous avons des embrouilles, il faut se parler. Tout ce que nous souhaitons, c’est vivre en harmonie », a mentionné Maka Kotto dans un discours introductif.

Pour l’occasion, le député de Bourget avait demandé à deux invités de discuter pour stimuler les échanges, en débutant par une présentation des résultats des travaux de recherche de Frédéric Castel, professeur au Département de Sciences des religions à l’Université du Québec à Montréal, et en terminant par Mohamed Koreissi, du Centre communautaire Al Hidayat, situé dans Mercier-Ouest.

Déboulonner des mythes

Frédéric Castel cumule 15 années de recherche sur les Québécois de confession musulmane et a souligné d’emblée que certains acteurs médiatiques disent des choses qui trahissent ses connaissances.

Le chercheur en a donc profité pour casser quelques mythes à propos des musulmans qui ont immigré au Québec ces dernières années.

« Les musulmans ont souvent un haut niveau d’instruction. Les hommes ne sont pas tous des chauffeurs de taxi et ce n’est pas vrai que les femmes demeurent toutes à la maison. Le principal problème se situe au niveau de la reconnaissance des diplômes une fois arrivés au Québec. L’usage du français n’est pas un obstacle non plus : 18 % d’entre eux ont le français comme langue maternelle; 35 % le parle couramment à la maison de 83 % peuvent le parler ou le comprendre », a expliqué M. Castel.

Il a par la suite insisté sur le fait que les Arabes ne sont pas tous musulman et vice-versa, qu’on pense souvent qu’ils ne cessent d’ouvrir des lieux de culte alors que leurs nouvelles installations ne font que suivre le rythme de l’immigration (sans oublier qu’on compte encore quatre fois plus de lieux ce culte évangélique au Québec), qu’on confond souvent intégristes et radicaux (soulignant au passage que les imans radicaux ne sont pas aussi réputés qu’on le pense) et qu’on l’on tend souvent à exagérer la ferveur des musulmans.

« Ce genre de rencontre est une initiative importante et salutaire. Il n’est pas facile de quitter un pays pour aller vivre ailleurs. Il est vrai que nous exerçons une certaine discipline avec nos prières et que nos centres servent de lieu de retrouvailles et de formation sur la langue, la culture et la religion. Nous sommes appelés à nous rencontrer avec nos différences », a témoigné Mohamed Koreissi, qui est arrivé au Québec en 1998, a fait ses études en informatique et travaille aujourd’hui chez Sobeys.

Crever l’abcès 

Lors de la période de questions, nombreux ont été ceux qui ont remercié Maka Kotto d’avoir organisé un tel évènement.

Malgré tout, certains avaient encore des questions par rapport à la suite des choses. Après tout, en dehors de cette rencontre – qui avaient lieu, faut-il le souligner, au sous-sol de l’église Saint-François d’Assise – certains problèmes subsistent et d’autres blessures ne sont pas aussi faciles à guérir, notamment concernant les amalgames au nom de la religion musulmane et le projet de Charte des valeurs québécoises.

Un homme s’est d’ailleurs présenté au micro pour parler de ce projet des péquistes qu’il a qualifié de « charte de la honte » : « Le projet a nui aux musulmans. Je ne peux que penser que votre présence ici cache un intérêt partisan. Votre futur chef, [Pier Karl Péladeau], à qui vous avez prêté allégeance, où étiez-vous quand ses médias se sont mis de la partie à notre sujet? On paye nos impôts et nos efforts d’intégration ne sont plus à faire. »

Pour sa part, Maka Kotto a répondu qu’il prenait mal cette critique : « Je suis ici pour vous tendre la main. Nous sommes ici pour bâtir quelque chose de nouveau. Et sachez que le projet de Charte n’avait pas plus à plusieurs et non pas juste les musulmans. »

« C’est correct d’exprimer sa souffrance. Mais il faut aussi apprendre à aller de l’avant », a ajouté Frédéric Castel.

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