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Cinéma: La passion d’Augustine ce jeudi, chez Station Vu

Culture
Passion d'Augustine, de Léa Pool, chez Station Vu
La passion d’Augustine, chez Station Vu, un des meilleurs films de l’année. (Photo: Lyla Film)

La passion d’Augustine, de Léa Pool, projeté chez Station Vu ce jeudi en présence de la réalisatrice, est certainement un des meilleurs films de 2015.

Les plus vieux d’entre nous vont renouer avec une époque qui est déjà lointaine pour les jeunes générations : le début de la Révolution tranquille. Le film raconte le cheminement de sœur Augustine (Céline Bonnier), la Mère supérieure d’un petit couvent installé depuis toujours sur les rives de la rivière Richelieu, qui est reconnu pour l’excellence de son programme musical. Augustine dirige son couvent d’une main de fer dans un gant de velours. Un matin, sa sœur lui demande d’accueillir sa nièce Alice (excellente Lysandre Ménard, une pianiste accomplie dans la vraie vie) comme pensionnaire pendant un certain temps. Ce qui apparaît comme un problème supplémentaire à gérer pour la religieuse se transforme en occasion, car sous ses dehors de jeune rebelle, la nièce cache un rare talent de concertiste. Talent qui tombe à point nommé : au cœur des bouleversements de la Révolution tranquille, alors qu’on étatise massivement le secteur de l’éducation, la survie même du couvent est menacée. Sœur Augustine va réagir, ce qui ne manque pas de froisser certaines susceptibilités.

En fait, La passion d’Augustine pourrait, en apparence, en rebuter plusieurs. Qui a le goût d’aller voir un film qui porte sur un couvent de sœurs? Eh bien, justement, allez-y! Car derrière ses passages parfois contemplatifs (plans montrant les sœurs évoluant dans les splendides paysages du Richelieu, scènes de chorales ou de répétition pianistiques époustouflantes), on assiste à la modernisation accélérée de la société québécoise; surtout à celles des femmes dans un Québec qui se libère du carcan de l’Église catholique. Et, par extension, à celle des religieuses, qui occupaient à l’époque le bas de l’échelle du clergé québécois.

Une des scènes les plus émouvantes est d’ailleurs celle où les religieuses, des femmes modestes, mais dévouées, doivent composer avec l’effondrement du monde auquel elles s’étaient habituées, simplement en obéissant à l’ordre du Pape d’abandonner le costume traditionnel pour un autre, plus moderne.

La musique est, dans les faits, un des personnages de cette histoire où elle représente un espace de liberté et même un exutoire, tant pour les religieuses que pour les jeunes filles. Car nous sommes encore dans une société où le pouvoir patriarcal donne peu de marge de manœuvre aux femmes. Elles s’émanciperont bientôt, mais, au début des années 1960, on attend encore d’elles qu’elles soient avant tout des femmes au foyer. Même les jeunes filles de l’élite sont promises à ce statut d’inférieures, car elles doivent épouser « les futurs leaders de la société canadienne-française », comme un sous-ministre l’affirme sans broncher à sœur Augustine, qui va jusqu’au bureau du tout nouveau ministère de l’Éducation plaider la cause de son couvent.

Lea Pool signe ici un de ses meilleurs films, une œuvre captivante, magnifique, émouvante, singulière. La reconstitution de l’époque se rapproche pratiquement d’un documentaire tellement elle est juste. Les dialogues intelligents et très travaillés, le combat d’Augustine auquel on s’identifie rapidement, son cheminement personnel qui traduit l’esprit d’une époque qui a façonné l’actuelle, la direction photo très sensuelle, la musique, magnifique, font de La passion d’Augustine un des meilleurs films de l’année jusqu’à présent.

La bande-annonce de La Passion d’Augustine.

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