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Drame à la carrière Dixon

Histoire
Copie du journal de l'époque: photo de Théophile Pearson et Isidore Bazinet
C’est en voulant sauver son frère aîné que le jeune Émile Bazinet a perdu la vie, noyé dans un trou d’eau à la carrière Dixon. (Coll. Robert Carrière BANQ)

En 1909, un drame qui se produit au parc Terminal se solde par le décès d’un héros… de neuf ans. C’est en voulant porter secours à son frère que le petit Bazinet a perdu la vie. Voici ce que j’ai trouvé dans les journaux de l’époque.

Émile Bazinet, âgé de neuf ans, s’est noyé accidentellement mardi soir en voulant sauver la vie de son frère, âgé de onze ans, à la carrière Dixon. C’est le verdict rendu à l’enquête présidée par le coroner McMahon, qui s’est faite ce matin à la morgue sur le cadavre du petit noyé.

D’après les témoignages entendus à l’enquête ce matin, il appert que le jeune Bazinet s’est noyé dans les circonstances suivantes : il était avec son frère plus âgé que lui et un petit compagnon en train de pêcher des grenouilles, quand le plus vieux des Bazinet tomba accidentellement à l’eau. Voyant son frère en danger, le jeune Émile sauta à l’eau pour le sauver, mais il ne put aider son frère, qui eut le bonheur de se cramponner au rivage, et le jeune héros disparut.

C’est dans un trou d’eau de six pieds que le jeune Bazinet s’est noyé. Il n’y a aucune clôture pour empêcher les enfants d’y aller souvent. Le défunt était le fils de M. Isidore Bazinet, qui demeure au Parc Terminal.

Comment a péri ce jeune héros?

Les incidents du drame de la carrière Dixon racontés par ceux qui y ont pris part.

La mort héroïque du jeune Bazinet, qui a donné sa vie pour sauver celle de son frère aîné qui allait se noyer dans une carrière du Parc Terminal, nous a fait penser au danger continuel qu’offrent ces trous béants et perfides. La loi exige qu’ils soient enclos et munis de gardiens. Mais combien peu de propriétaires mettent à exécution cet article de la loi? Et quand on songe qu’autour de Montréal foisonnent ces abîmes ou l’enfance, ignorante du danger, va s’exposer continuellement, on conçoit de quelle sévérité doit s’entourer la surveillance des carrières.

Voici venir le temps des vacances, et combien sont nombreux les enfants qui iront chercher une distraction au bord de ces antres de la mort. Le printemps est à peine éclos qu’un premier accident fatal est venu jeter le deuil dans une brave famille. Malheureusement ce ne sera pas le dernier, car le danger existe toujours et la défense des parents n’est pas suffisante pour éloigner les enfants de ces lieux si dangereux.

Bien que nous ayons parlé à deux reprises différentes de l’accident au cours duquel a péri le jeune Bazinet, nous croyons devoir y revenir encore aujourd’hui pour en donner les détails intimes racontés par ceux qui ont été les acteurs de ce drame héroïque.

Récit de l’accident

« Père, Émile est noyé ». C’est ainsi que le jeune Gédéon Bazinet a appris à ses parents que son jeune frère Émile était au fond du trou de la carrière Dixon, mardi après-midi, vers les cinq heures.

Gédéon et Émile Bazinet, le premier, âgé de onze ans, et le second de neuf, partirent pieds nus avec un compagnon de neuf ans, Léopold St-Jean, pour aller faire la pêche aux grenouilles dans le trou d’eau de la carrière Dixon, situé au bout de l’avenue Dixon, dans le Parc Terminal.

Les trois enfants se mirent à pêcher à un endroit qui n’est pas très profond lorsque, tout à coup l’aîné, Gédéon Bazinet, perdit pied et roula dans le trou d’environ cinq ou six pieds d’eau. Ses cris attirèrent l’attention de son jeune frère Émile qui courut à l’endroit le plus creux ou était Gédéon, et lui tendit la main pour l’aider à revenir du trou. Les garçons étaient très surexcités, et le plus vieux fit tellement d’effort pour remonter qu’il entraîna son petit frère dans le trou pendant que lui-même il réussissait à se sauver.

Il voulut à son tour aider son petit frère, mais le malheureux avait disparu. Gédéon courut à la maison, et il arriva en criant « Père, viens vite, Émile est noyé ». Le père, M. Isidore Bazinet, n’était pas là, et ce fut son beau-frère, M. Théophile Pearson, qui courut à la carrière. Il sauta à l’eau, et après quelques minutes de recherche, il réussit à trouver le petit cadavre. M. Félix Pearson arrivé quelques minutes après lui, l’aida dans ses recherches.

On comprend le désespoir des parents et l’émoi dans tout le village du Parc Terminal. Il est intéressant d’entendre les deux petits garçons qui accompagnaient le défunt l’accident tel qu’ils l’ont vu.

Gédéon, lui, a perdu connaissance en tombant à l’eau, et il n’est revenu à ses sens que lorsque son petit frère lui a donné la main. Il se souvient très vaguement de la chute de son frère. C’est le jeune St-Jean qui nous raconte comment le petit héros s’est noyé.

« Je n’osais pas approcher craignant de tomber moi-même dans le trou, nous a-t-il dit, mais Émile s’est jeté dedans en voulant tirer Gédéon, qui était pour se noyer. »

C’était la première fois que les enfants Bazinet allaient jouer, mais il y avait souvent des enfants qui s’amusaient autour de ce trou. La carrière, qui appartient à M. Dixon, qui demeure, lui aussi, au Parc Terminal, est à côté d’un trou d’eau qui mesure environ soixante pieds par vingt, et qui n’est pas entouré d’une clôture. N’importe qui peut s’y rendre et les dangers sont grands, surtout pour les enfants.

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