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Cinéma: Antoine et Marie chez Station Vu

Culture
La comédienne Martine Francke
Dans le film Antoine et Marie, Martine Francke crève l’écran avec un jeu si juste qu’on en est bouleversé. (Photo: page Facebook du film)

Vendredi (19 juin), Station Vu termine sa saison printanière avec le film Antoine et Marie, du réalisateur Jimmy Larouche.

Il faut être fait fort pour visionner Antoine et Marie. Pas parce que le film comporte tout un lot de scènes de ketchup. Au contraire, l’oeuvre de Jimmy Larouche se situe aux antipodes du cinéma hollywoodien. On parle ici de cinéma d’auteur pur et dur, avec une rythmique ponctuée avant tout par la respiration des acteurs, le bruit des tondeuses, des postes de radio ou des outils de mécaniciens, plutôt que celui des gros chars et des explosions.

Le film s’attaque à un sujet fréquemment abordé au cinéma : la misère sexuelle, la solitude dans le couple, le manque de communication entre des gens qui partagent pourtant leur quotidien depuis des lustres. Mais, il le fait sur un mode d’introspection et de déconstruction, par la multiplication de scènes banales. S’y ajoutent des bruits d’ambiance et très peu de musique, sauf en arrière-plan. Larouche tourne pratiquement sans éclairage artificiel, souvent tard le soir ou en pleine nuit. Même quand ses personnages évoluent dans des décors naturels somptueux, il les capte entre chien et loup. Comme pour accentuer la monotonie du quotidien, qui mène souvent au désespoir.

J’ai beaucoup pensé à Bergman. Et aussi à Bernard Émond. On est ici en pleine introspection psychologique et le réalisateur prend plusieurs risques, notamment dans la lenteur, mais aussi dans la direction d’acteurs. Ceux-ci le lui rendent plus qu’admirablement malgré des rôles qui font davantage appel au silence plutôt qu’à des dialogues. Et encore, ceux-ci se limitent parfois à des monosyllabes…

Martine Francke (Marie) crève l’écran avec un jeu si juste qu’on en est bouleversé. Elle livre avec une intensité bouleversante son personnage de secrétaire au département du service d’un concessionnaire automobile. D’autant plus qu’elle joue une femme de plus en plus désemparée, lorsqu’un test de grossesse lui révèle qu’elle est enceinte, plusieurs semaines après une soirée un peu trop arrosée. La caméra suit son parcours en multipliant les gros plans. Et certains regards ne s’oublient pas.

Tout comme ceux de Sébastien Ricard, dont le personnage vit une grande détresse sexuelle et affective dans une vie de couple qui ne le satisfait plus. Il trouve son bonheur en visionnant de la porno et en assemblant des modèles réduits de voitures en plastique! C’est une vieille chanson : celui d’un couple où la femme semble se satisfaire de son quotidien confortable, alors que l’homme se sent comme en fauve en cage, et que la jeune fille de 16 ans est sur le point de quitter le nid familial, se coupant de plus en plus de ses parents, notamment le paternel.

Jimmy Larouche a tourné son film avec les moyens du bord, sans aucune subvention, mais ça ne paraît absolument pas à l’écran. C’est tout en son honneur. Mais il aurait dû ramasser quelque peu son propos. La lenteur ne signifie pas automatiquement une atmosphère propre au recueillement, à l’attachement et à l’identification au récit. Antoine et Marie demeure cependant un film beau et poignant.

La bande-annonce.

La page Facebook du film.

La page Facebook de Station Vu.

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