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Cinéma: Journal d’une femme de chambre chez Station Vu

Culture
Léa Seydoux
Léa Seydoux dans le Journal d’une femme de chambre. (Photo: K-films Amérique)

Avec ce « Journal d’une femme de chambre », on nous expose de manière percutante la lutte des classes au début du siècle dernier, pratiquement de manière pédagogique. Un beau film, malgré certaines faiblesses.

Qu’on se le dise, il s’agit d’un drame. Et c’est livré d’une manière très classique, avec prises de vues et enchaînements qui rappellent plusieurs films français tournés dans les années 1950 et 1960. Comme si le réalisateur, Benoît Jacquot, voulait en rajouter sur le plan narratif en s’attaquant à cette troisième adaptation d’un classique de la littérature française, signé Octave Mirabeau. Car Jacquot suit une lignée célèbre : les réalisateurs Jean Renoir ont proposé leur propre version en 1946, et Luis Bunuel en 1964. Deux des plus grands cinéastes outre Atlantique.

Jacquot a-t-il fait mieux? Il a surtout fait beau. Car ce film se déguste surtout pour ses décors, sa direction photo, ses costumes, sa reconstitution de l’époque et sa musique. Pour les dialogues aussi, qui se veulent presque théâtraux, pour mieux refléter une époque (autour de 1900) injuste pour les gagne-petit et, surtout, les femmes. Mais j’ai plus ou moins accroché, car cette langue a mal vieilli. D’autant plus que plusieurs comédiens « jouent ». Leur prestation sonne faux. La direction d’acteurs n’a donc pas été à la hauteur. Une chance que Lea Seydoux offre une prestation magistrale, toute en nuances. Malgré cela, j’y ai cru à moitié, car son personnage, complexe, offre une montagne russe d’émotions enchevêtrées. Vincent Lindon est aussi très crédible. Mais ces deux-là marmonnent trop souvent leurs répliques, ce qui nous donne du fil à retordre. Et crée de la distance.

De plus, le film multiplie les flash-backs, comme pour mieux situer l’intrigue. On en est souvent déboussolé, surtout au début. Parfois, c’est heureux, avec, par exemple, l’épisode du train, où une des anciennes maîtresses de la femme de chambre se fait prendre avec un objet à scandale dans ses bagages lors d’un contrôle à la douane. Mais ailleurs, c’est douteux. Le passage en bord de mer avec un jeune maître tuberculeux est visuellement réussi, mais faiblement intégré dans le récit.

Le film comporte toutefois des forces. La maîtresse acariâtre, tout simplement épouvantable avec la domesticité, le maître aux mains baladeuses, les domestiques et leurs intrigues de petite bourgade, le propos général d’un film qui nous montre que bien peu de choses ont changé en un siècle dans les rapports humains (malgré la familiarité de notre époque), le thriller autour du personnage de Joseph, toutes ces considérations font qu’on passe 1 h 35 sans penser à ses problèmes. Ce qui est déjà beaucoup comparé à bien d’autres films!

Projeté chez Station Vu, vendredi 12 juin

La bande-annonce.

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