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Projet de lutte biologique contre l’agrile du frêne au parc Thomas-Chapais

Environnement
Des informations sur le projet de recherche du professeur Claude Guertin sont indiquées sur cette affiche posée sur le site expérimental du parc Thomas-Chapais. (photo: Les Badauds de Mercier-Est)
Des informations sur le projet de recherche du professeur Claude Guertin sont indiquées sur cette affiche posée sur le site expérimental du parc Thomas-Chapais. (photo: Les Badauds de Mercier-Est)

Alors que l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve a annoncé lundi qu’elle allait couper 700 frênes sur son territoire, des projets de recherche sont en cours afin de lutter plus efficacement contre l’agrile du frêne. Un site expérimental de lutte biologique se trouve d’ailleurs dans le parc Thomas-Chapais.

Il s’agit de l’un des 15 sites expérimentaux installés dans la grande région de Montréal associé au projet de recherche de Claude Guertin, professeur à l’Institut Armand-Frappier, à Laval, et de Robert Lavallée, du Service canadien des forêts. Les deux chercheurs collaborent depuis plusieurs années, ayant mené ensemble des expériences sur les insectes ravageurs en milieux forestiers.

« Nous travaillons sur l’agrile du frêne depuis son apparition au Québec en 2008, à Carignan. Au départ, nous avons surtout concentré notre travail dans le sud de l’Ontario, car il n’y avait pas encore assez d’insectes ici, et les analyses statistiques détestent les zéros! Cette année, nous sommes installés dans la grande région de Montréal », raconte Claude Guertin.

Découverte québécoise

Les deux chercheurs ont découvert qu’un champignon nommé Beauveria Bassiana, une espèce indigène, peut être utilisé dans la lutte contre l’agrile du frêne. En effet, ce microorganisme est pathogène pour certains insectes exotiques, dont le ravageur originaire d’Asie.

« Nous avons testé un système d’autodissémination du champignon dans des plantations de frênes en Ontario. Le système a fait ses preuves. Maintenant, il faut voir si ce même processus peut fonctionner dans un contexte urbain, où certains arbres peuvent se trouver en bordure de rues. Voilà le but de notre expérience », explique le professeur Guertin.

Pour ce faire, les deux entomologistes ont installé deux pièges sur sept arbres contigus dans le parc Thomas-Chapais. Des deux pièges, un est l’outil d’autodissémination et l’autre est une boîte pour capturer les insectes afin de réaliser des analyses biomoléculaires chez les agriles capturés.

L’agrile du frêne est un insecte vert métallique qui mesure entre 1,4 et 1,8 cm de longueur. (photo: Ville de Montréal)

L’agrile du frêne est un insecte vert métallique qui mesure entre 1,4 et 1,8 cm de longueur. (photo: Ville de Montréal)

Ce ne sont que les agriles mâles qui sont en principe capturés par le dispositif d’autodissémination, puisque ce piège relâche des phéromones sexuelles spécifiques à l’insecte. Attiré par cette substance, l’insecte, lorsqu’il touche au piège, devra se laisser tomber dans un entonnoir, directement sur un substrat où l’on retrouve les spores du champignon. À sa sortie, l’insecte mâle infectera les femelles avec le champignon à son tour.

« L’avantage avec l’agrile du frêne est que l’insecte est polygame et cela facilite donc la dispersion de Beauveria Bassiana dans la population. En laboratoire, le taux de mortalité atteint les 100 % chez les insectes infectés, en quatre à cinq jours », précise Claude Guertin.

Un projet bien surveillé

Le dispositif au parc Thomas-Chapais demeurera en place encore pour quelques semaines pour être démonté au début du mois d’août.

« Nous avons remarqué l’intérêt que notre projet de recherche suscite chez les gens. Nous avons l’habitude de travailler en forêt et en milieu urbain, on croise beaucoup plus de monde! » laisse entendre Claude Guertin.

« Nos numéros de téléphone sont indiqués à chaque emplacement et les gens nous appellent pour nous dire si nos pièges ont été déplacés. On sent que le problème de l’agrile du frêne touche beaucoup de personnes », ajoute-t-il.

Le professeur Guertin a également tenu à souligner l’implication de la Ville de Montréal pour l’installation des pièges dans les arbres : « On leur lève notre chapeau pour leur implication dans ce projet de recherche. Montréal est un exemple à suivre pour ses démarches dans la lutte contre l’agrile du frêne. On espère juste ensuite que notre système fera ses preuves afin de servir aux autres villes Amérique du Nord aux prises avec le même problème. »

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