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Hiroshima et Mercier-Est

Environnement, Histoire, Santé
Carte de l'explosion d'une bombe du même type que celle d'Hiroshima, mais à Montréal.
Selon Nukemap, une bombe comme celle d’Hiroshima causerait plus de 30 000 morts à Montréal. (Carte générée par Nukemap)

Le 6 août 1945, Les États-Unis larguaient une bombe atomique sur la ville japonaise de Hiroshima. Si Montréal était bombardée de la sorte, Mercier-Est serait-il épargné?

Ça dépend. Si on se fie au site Nukemap, une bombe larguée angle Robert-Bourassa (Université) et René-Lévesque, en plein cœur du quartier des affaires, et qui exploserait en altitude et non au sol (ce qui fut le cas à Hiroshima), ferait des dommages importants, rasant notamment la majeure partie du quartier des affaires, du Vieux-Montréal et de Griffintown.

Mais, contrairement à ce qui a été rapporté dans certains médias, une bombe équivalente à celle d’Hiroshima raserait surtout le centre-ville.

Trois types d’effets

La dévastation causée par un bombardement nucléaire se caractérise généralement par trois zones : le dôme (ou boule) de feu, la zone d’impact causée par l’onde de choc (ou effet de souffle) et la zone de chaleur causée par les rayonnements lumineux, principalement des ondes infrarouges. Pratiquement rien ne résiste dans le dôme de feu, sauf peut-être quelques constructions de béton et le roc massif. Il s’agit d’une boule de plasma d’environ un million de degrés. Toute personne s’y trouvant est instantanément désintégrée.

Dans la zone d’impact, caractérisée par un souffle puissant causé par une vague d’air en surpression, par un ressac suivi d’un autre souffle, la plupart des immeubles résidentiels s’écroulent ou sont emportés. Tous les immeubles sont très sévèrement endommagés et les fatalités très élevées (causées par le souffle nucléaire lui-même, les effondrements d’immeubles ou leurs matériaux, comme le verre, le bois, la pierre, etc.).

Dans la zone de chaleur, les brûlures au troisième degré sont presque universelles. Les victimes qui sont exposées au feu nucléaire ne ressentent généralement pas la douleur, car leurs récepteurs nerveux sont aussi touchés. La peau se détache en lambeaux. Les cas de cécité par brûlure du nerf optique se multiplient chez ceux qui ont regardé l’explosion.

Trois exemples

Le dôme de feu d’une bombe comme celle d’Hiroshima (15 kilotonnes) ne raserait donc qu’une partie de l’hôtel Reine-Élizabeth, de la Place Ville-Marie et de quelques tours des alentours (v. la carte qui accompagne ce texte). L’onde de choc s’étendrait de Peel à Bleury et De Maisonneuve à Viger. Par contre, les radiations engloberaient l’ensemble du centre-ville, le Vieux-Montréal et Griffintown, de la rue Guy jusqu’à la rue Berri, et de l’avenue des Pins aux bassins du Vieux-Port, causant la mort de 50 % à 90 % des personnes exposées, en quelques heures ou quelques semaines. La zone de chaleur s’étendrait d’Atwater à Saint-Hubert et de Rachel à Habitat 67. Donc, toute personne exposée au feu nucléaire aurait des brûlures au 3e degré. Nukemap estime qu’une telle bombe ferait plus de 30 000 morts et plus de 104 000 blessés graves. Mercier-Est ne serait pas affecté.

MTL Topol

Une bombe de type Topol (800 kilotonnes), montée sur un missile balistique intercontinental SS-25 (portée de 10 500 km, donc assez pour atteindre la métropole québécoise), qui compose l’armement nucléaire russe actuel, ferait beaucoup plus de dommages. La boule de feu emporterait l’essentiel du quartier des affaires, de la montagne au Vieux-Port, et de Peel à Bleury. La zone d’impact raserait pratiquement tous les quartiers de Montréal au sud de la métropolitaine, de Montréal-Ouest au Stade Olympique. Le Vieux-Longueuil, Saint-Lambert et Greenfeild-Park seraient aussi oblitérés jusqu’au Mail Champlain. La zone de chaleur engloberait tout le centre de l’île de Montréal, de l’autoroute 25 jusqu’aux pistes de l’aéroport Trudeau. Longueuil et une bonne partie de Saint-Hubert, jusqu’à Brossard, seraient affectés. Les adeptes du magasinage banlieusard peuvent se réjouir : les Galeries Saint-Bruno et le centre d’achat Dix-30 seraient épargnés… Nukemap chiffre les décès à près de 500 000 et les blessés graves à près d’un million. Dans Mercier-Est, la bombe aurait de graves effets jusqu’à la rue Liébert, englobant le secteur du métro Honoré-Beaugrand et le pont-tunnel Louis-H. Lafontaine.

MTL Dong Feng

Dans le cas d’une bombe chinoise de type Dong Feng-5 de 5 mégatonnes, qui est arrimée à un missile balistique intercontinental, qui a habituellement une portée maximale de 15 000 kilomètres, pouvant atteindre Montréal, le dôme de feu effacerait tout le centre-ville, une partie de Westmount, Griffintown, tout le Vieux-Montréal et la moitié du parc du Mont-Royal. La zone d’impact emporterait tout le centre de l’île de Montréal, de l’aéroport Trudeau jusqu’à Anjou, le sud du parc national des Îles de Boucherville, le sud de Pont-Viau à Laval et pratiquement tout Longueuil. Elle s’étendrait jusqu’à la Place Versailles et l’autoroute 25. La zone de chaleur affecterait le reste de l’île de Montréal, sauf l’extrémité du West Island (à partir de Beaconsfield), tout Laval, une zone fortement peuplée de la Rive-Nord (Lachenaie, le Vieux-Terrebonne, le sud de Lorraine, Sainte-Thérèse et Boisbriand), pratiquement toute la Rive-Sud, de Châteauguay jusqu’à Varennes, englobant aussi Chambly, le parc national du Mont-Saint-Bruno, Saint-Hubert et jusqu’aux portes de Saint-Jean-sur le-Richelieu. En un mot, Montréal et sa banlieue seraient rayés de la carte. Nukemap estime les décès à plus d’un million, et les blessés graves à plus de 1,3 million. Le Québec serait privé du tiers de sa population et de son économie.

Nukemap permet de calculer les effets d’une détonation pour une vingtaine de type de bombes, de divers pays (États-Unis, Russie, France, Pakistan, Inde, Corée du Nord), de diverses puissances et époques, y compris les mégabombes expérimentales. On tient aussi compte d’éventuelles mini-bombes terroristes! Évidemment, le site prend bien soin de préciser que ses calculs sont approximatifs quant à la population (décès et blessés) et aux retombées (immeubles détruits ou endommagés).

Il ne tient pas compte des retombées après le bombardement : incendies secondaires (immeubles, entrepôts de matériaux, dépôts de carburant), difficulté d’acheminer des secours, épidémies, pluie noire (pluie chargée de suie radioactive qui succède à un bombardement nucléaire, même par beau temps), destruction des systèmes électroniques et pannes électriques prolongées dans tout le sud du Québec à cause du rayonnement nucléaire, contamination de l’eau potable, fin de l’agriculture dans la vallée du Saint-Laurent pour des décennies, gouvernement québécois en situation de faillite technique, dépression économique à la grandeur du pays (si d’autres villes canadiennes ne sont pas bombardées). Signalons que le champignon d’une bombe moyenne s’élèverait jusqu’à la stratosphère et que le flash serait visible jusqu’à Halifax, Washington et Chicago. Les vents dominants vers l’est pourraient entraîner des retombées radioactives affectant gravement la santé jusqu’à Drummondville et même le Nouveau-Brunswick, voir les Îles-de-la-Madeleine et Terre-Neuve.

En deux mots : le cauchemar.

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