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L’église de la Longue-Pointe brûle une autre fois

Histoire
L'église d ela Longue-Pointe avant le feu de 1907
Fondée en 1726, l’église de la Longue-Pointe a été incendiée une première fois le 10 juin 1893. Les murs furent assez solides pour pouvoir servir de nouveau. Mais, en 1907, le feu a été trop ardent et la pierre a tellement été chauffée qu’on ne croit pas pouvoir les utiliser. (Coll. Robert Carrière)

L’église de la Longue-Pointe, qui a brûlé le 10 juin 1893, brûle une autre fois dans la soirée du 7 novembre 1907.

feu

(Coll.: Robert Carrière)

Voici ce que j’ai trouvé dans les journaux de l’époque…

L’église de la Longue-Pointe et son contenu ont été réduits en cendres dans l’espace de quelques heures, malgré l’effort des braves citoyens et des courageux pompiers venus pour leur prêter main-forte. Le presbytère a échappé à un sort égal, grâce à la présence de ces derniers.

Mais outre la perte de l’église qui est regardée comme une perte au point de vue des souvenirs historiques, on a également à déplorer un autre désastre sous le rapport archéologique; les ornements et les vases sacrés datant de la fondation de cette église ont été consumés et détruits dans le brasier.

Fondée en 1726, l’église de la Longue-Pointe a été incendiée une première fois le 10 juin 1893. Les murs furent assez solides pour pouvoir servir de nouveau. Mais cette fois le feu a été trop ardent et la pierre a tellement été chauffée qu’on ne croit pas pouvoir les utiliser. Du reste comme l’a fait remarquer M. le curé Lecours, on va profiter de la circonstance pour donner au peuple un temple plus en rapport avec les exigences actuelles. On reconstruira plus grand. Il est très probable que l’emplacement sera le même.

Mme veuve Hétu

Le feu a été découvert par Mme Hétu, veuve de feu M. le notaire G. Hétu, en son vivant secrétaire de la municipalité de Beaurivage, village de la Longue-Pointe, et secrétaire de la commission scolaire, dont la demeure se trouve voisine de l’église.

La commission scolaire, dont le secrétaire actuel est M. le notaire Beaudoin, était en séance dans la maison de Mme Hétu, il est alors neuf heures moins quelques minutes. Mme Hétu vint avertir les commissaires d’école que le temple sacré brûlait. En effet, on remarquait alors une lueur venant de ce côté. M.E.C. Lacas, architecte, l’un des commissaires, téléphona de suite à Montréal, demandant le secours de la brigade.

Le chef Benoît envoya aussitôt le dévidoir de la caserne No-19, sous le commandement du capitaine Charron, et la pompe à vapeur de la caserne No-11. Entre temps, un autre message téléphonique prévint les pompiers de Maisonneuve.

MM. Oscar et Geo. Coutlé qui se trouvait avec M. Lacas téléphonèrent à M. Ferdinand Simonneau, surintendant du département d’incendie à l’Asile St-Jean de Dieu, pour lui demander son concours. M. Simonneau fit mettre les pompes sous la haute pression pendant que les religieuses cherchèrent sur les lieux les pompiers volontaires de l’institution. On demande à la commission du Port le secours d’un remorqueur pour pomper l’eau sur le foyer de l’incendie. Le Portneuf fut envoyé immédiatement, en l’absence du Alphonse Racine. Mais malheureusement, il n’était pas muni des appareils nécessaires pour l’usage qu’on en attendait. L’équipage prêta néanmoins son concours de même que celui du vapeur Lévis qui était amarré au quai.

Appelés par le tocsin, les citoyens se portèrent en masse vers le lieu du sinistre. Les premiers arrivés essayèrent de se jeter dans la nef incendiée pour sauver les ornements précieux qu’elle renfermait. Mais ces hommes courageux durent reculer. Rien ne pût être sauvé et ses trésors inestimables ont été entièrement détruits.

Les citoyens pompiers volontaires avaient à leurs dispositions deux longueurs de boyaux de 400 pieds que le département de l’aqueduc de l’Asile venait de leur prêter et dont l’eau était fournie par le même aqueduc.

On tenta se sauver l’église, mais on comprit bientôt que c’était impossible. Le vent soufflait alors du côté nord et menaçait de propager l’incendie aux maisons de la rue St-Louis, voisine de l’église. Les efforts furent tournés de ce côté. Une volte-face du vent vint tirer les résidents de l’angoisse. Mais les flammes poussées vers le sens du presbytère s’attaquèrent à la toiture de ce dernier.

Les pompiers étaient arrivés et se mirent énergiquement à l’œuvre. Le chef Benoît prenant le commandement dirigea si bien leurs efforts qu’en moins de dix minutes, le presbytère était sauvé.

Pendant tout ce temps, le feu faisait son œuvre de destruction dans l’église qu’il avait fallu abandonner à son malheureux sort. Un craquement sinistre apprit que la couverture venait de s’effondrer. Les flammes qui avaient gagné le clocher avaient vite dévoré cette proie et celui-ci s’affaissait à son tour avec fracas. Le brasier était tellement ardent que les trois cloches sauvées en 1893 furent fondues. Ce matin, il ne restait plus que quelques morceaux et les battants. De l’église il ne reste plus que les quatre murs et au milieu le socle en pierre de l’autel où étaient conservées les Saintes espèces, qu’on n’a pu enlever. Ce socle est le même qui a été construit en 1726, lors de la construction de l’église.

Le feu a originé dans la sacristie en autant qu’on ait pu le voir. On est sous l’impression qu’il est dû soit à une explosion de la fournaise, soit à une défectuosité dans le tirage de la cheminée. On remarqua au commencement de l’incendie que les flammes sortaient par cette dernière.

Dans sa sacristie étaient conservés les ornements précieux dont il est parlé plus haut. Il consistait en un ciboire, un calice, un ostensoir et un ostensoir en argent massif envoyé de France en 1729. Les vêtements sacerdotaux étaient aussi les mêmes que ceux des premiers temps de la paroisse. De tout cela, on a retrouvé ce matin quelques étoles, sales et portant les traces du feu.

Vers minuit, alors que le feu était maîtrisé et que tout danger était disparu, le chef Benoît se disposa à quitter le théâtre de l’incendie, ayant fait venir le capitaine Georges Comptois de la caserne No.1 pour le remplacer. M. le curé Lecours, malgré toute l’affliction que lui causait la perte de son église, reconnaissant les services du chef qui venait se sauver son presbytère, proposa aux citoyens présents de crier trois hourras pour lui. Une acclamation partit de toutes les poitrines pour remercier le chef Benoît de ses services.

L’église était estimée à 20 000 piastres et son contenu à 3000 $

Les assurances sont de 16 000 piastres. Ils étaient assurés à l’aseptisation, dite Assurance des Fabriques. Les dommages au presbytère sont de 4000 piastres, couverts par les assurances. Fait digne de mention, dans une pièce du rez-de-chaussée se trouve une peinture représentant les ruines de l’église après le premier incendie. Cette peinture a été respectée par le feu et l’eau. Les ruines actuelles n’ont absolument rien de différent avec celles de 1893.

Il n’y a pas eu d’accident sérieux à enregistrer. Un M Alphonse Hétu a reçu une pierre dans la figure, lui occasionnant une blessure plus douloureuse que grave.

Les services du culte se feront jusqu’à nouvel ordre dans la chapelle de l’hospice de St-Benoît Labre. M. le curé Lecours se retire chez M. l’abbé Monge, vieux prêtre retiré du ministère actif.

Les personnes qui ont eu à souffrir des dommages par suite de la nécessité de transporter leurs meubles hors de leurs demeures sont MM. G. Vinet, Coutlé, Mme Hétu et quelques autres.

25 novembre 1907

L’église de la Longue-Pointe sera reconstruite avec un soubassement

Longue-Pointe, hier après-midi le 24 nov. 1907, a eu lieu à l’Asile St-Benoit, une réunion des francs tenanciers, dans le but de prendre des mesures pour la reconstruction de l’Église qui a été détruite par le feu récemment.

L’assemblée était présidée par M. le chanoine Martin de l’archevêché de Montréal. Il a été décidé, presque à l’unanimité de construire sans retard un vaste soubassement qui coûtera, croit-on, une trentaine de milles piastres, somme qui sera payée au moyen de souscription volontaire.

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