Publicité

Cinéma: Le Dep chez Station Vu

Culture
Eve Ringuette
Eve Ringuette interprète Lydia, dont la force de caractère sera mise à rude épreuve. (Photo: K-Films Amérique)

Vendredi (18 septembre), Station Vu présente « Le Dep », un drame poignant de la cinéaste Sonia Bonspille Boileau.

Le film se passe durant une soirée d’hiver, dans un dépanneur, comme l’indique le titre, dans une communauté autochtone. Le récit tourne autour de Lydia (Eve Ringuette), une jeune innue qui est retournée vivre dans sa communauté où elle travaille au dépanneur de son père. Lydia fréquente le policier de l’endroit (Yan England). Dès les premiers instants du film, on découvre à quel point Lydia affiche l’assurance d’une personne qui revient de loin. Rien ne semble l’ébranler, peu importe les circonstances. Mais on ne se doute de rien alors que la jeune femme s’apprête à affronter une soirée tranquille de fin de mois, alors qu’elle vient d’avoir une responsabilité nouvelle : compter et répartir les enveloppes contenant l’argent destiné à l’encaissement des chèques d’aide sociale, prévu pour le lendemain.

La soirée est calme, car dans les petits villages où une forte proportion de gens vivent du BS, les sorties sont rares en fin de mois. Un peu contrariée, car elle doit remplacer une collègue au pied levé, Lydia se réjouit tout de même de la « promotion » accordée par son père (Marco Collin), le propriétaire du dep.

Mais un homme cagoulé (Charles Buckell) surgit et demande le contenu de la caisse, puis celui du coffre. Lydia reconnaît le malfaiteur. Elle le reconnaît trop bien. Le film, qui bascule dans le suspense, est avant tout ponctué de ces blessures incommensurables que cause le lourd quotidien des familles dysfonctionnelles, où l’alcool et la drogue font des ravages. La tension dramatique est entretenue avant tout par ces souvenirs douloureux, bien plus que par cet homme détruit qui brandit un pistolet au visage de la jeune femme, imperturbable.

On sent toute la sincérité derrière la démarche de la jeune cinéaste autochtone, qui a dû se débrouiller avec un budget famélique pour livrer un huis clos ficelé avec soin, à la technique irréprochable. Certes, le texte fait parfois un peu plaqué et il aurait fallu resserrer la mise en scène, car certains passages sont davantage joués que ressentis. Certaines performances crève-cœur démontrent aussi à quel point les personnages sont humains, avant d’être amérindiens. Le propos tout simple du film traduit la profondeur, la violence, la complexité des rapports familiaux dans un contexte toxique, où chacun assure sa survie comme il le peut. Le film tient le public en haleine, car on ne sait pas comment ça va se terminer. Mais on s’attend à ce que ça fasse mal.

Même si le film a lieu sur une réserve, l’histoire, universelle, aurait pu se dérouler n’importe où. La réalisatrice s’est inspirée de faits réels pour plonger ses personnages dans une situation presque sans issue, où chacun doit faire face à ses démons et mesurer le chemin parcouru. Sans jamais tomber dans la morale. On sort bouleversé, mais aussi admiratif du personnage de Lydia, qui aura gardé ses repères, chèrement établis, jusqu’à la fin.

Visionnez la bande-annonce du Dep.

dep2

Le Dep a été tourné à Val-des-Monts avec 250 000 $. On ne sent jamais l’économie de moyens tout au long de ce film poignant. (Photo : K-Films Amérique)

Vos commentaires
loading...