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De la capitulation au démantèlement tranquille

Éducation, Élus
École Boucher de la Bruère
Parents, élèves et enseignants ont formé une chaine humaine devant l’école Boucher de la Bruère afin de protester contre les coupes en éducation, le premier septembre dernier. (photo: Maurice Gohier)

Il y a une année de cela, dans un texte intitulé La capitulation tranquille de Philippe Couillard,  j’évoquais le peu d’enthousiasme du premier ministre du Québec à défendre, à l’étranger, le fait français du Québec.

On se souviendra que M. Couillard, lors d’un séjour officiel en Islande, pour une conférence internationale, n’avait pas daigné dire un mot en français, arguant que « tout le monde sait que le Québec est francophone ».  Navrant.

Aujourd’hui, pour l’ensemble de l’œuvre de son gouvernement, il nous faut parler non pas de capitulation, mais de démantèlement tranquille de l’État québécois par un recours obsessif à une austérité budgétaire sans croissance économique.

L’austérité budgétaire, telle que pratiquée par le gouvernement libéral, se traduit, selon une récente étude de l’Institut de recherche et d’information socio-économiques (IRIS), par une ponction de près de 3,6 milliards de dollars qui ont été coupés un peu partout, affectant inévitablement les services aux familles, aux jeunes et aux aînés du Québec. Selon Mme Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l’IRIS,  citée dans Le Journal de Montréal du 12 septembre 2015, derrière cette somme, « il y a des écoles qui mettent à pied des membres du personnel professionnel de l’éducation (psychologues, orthophonistes, etc.), des programmes de rénovation de logements insalubres qui sont abolis, des scientifiques étudiant l’environnement qui perdent leur emploi ».  Elle se demande également comment la Commission scolaire de Montréal réussira à remplir sa tâche déjà pleine de défis,  avec 23 millions de dollars en moins cette année.

Toutes ces données sont, en quelque sorte, corroborées par la Protectrice du citoyen, madame Raymonde St-Germain qui, en présentant son rapport le 17 septembre 2105, il y a quelques jours, a estimé que les compressions du gouvernement se font au détriment des citoyens. « Tout en souscrivant à cette lutte (pour le déficit zéro), je vous dirais qu’elle [l’austérité]  a eu un impact, quand les choix ne sont pas les bons, quand les choix sont de couper ou de toucher directement les services, alors qu’on pourrait, dans une gestion plus efficiente, dans une diminution de la lourdeur des structures, aller chercher encore davantage d’économies. Alors, c’est cette forme d’impact que je constate et que je dénonce » a-t-elle dit en conférence de presse.

Il n’est pas étonnant que des milliers de parents, le 1er septembre dernier, aient formé des chaînes humaines autour des écoles du Québec pour, d’une part démontrer leur attachement au réseau public, et d’autre part pour interpeller le gouvernement libéral afin que cesse les compressions qui affectent les services aux élèves. En fait, depuis son élection en avril 2014, le gouvernement a coupé dans l’achat de livres, dans les services aux enfants en difficulté d’apprentissage et dans l’aide aux devoirs. Rappelons par ailleurs qu’il souhaite augmenter le nombre d’élèves par classe et diminuer les ressources dédiées aux jeunes handicapés.

Plus généralement, le gouvernement doit mieux soutenir les enfants handicapés et leurs parents;  une pétition signée par 12 000 personnes, déposée à l’Assemblée nationale le 16 septembre dernier, réclame d’ailleurs un meilleur soutien pour les parents d’un enfant handicapé.

En santé et au chapitre des services sociaux, l’austérité a des effets très concrets, notamment chez les aînés qui ont besoin de soins et non pas d’un brassage de structures. Les aînés sont complètement abandonnés par ce gouvernement qui vient d’embourber notre réseau de la santé dans la gestion d’une réorganisation administrative qui s’éloigne du terrain, alors que tous les efforts devraient être consentis afin de se rapprocher des gens, notamment les plus vulnérables.

Pour la chercheuse de l’IRIS, les millions de dollars coupés en santé, dans plusieurs régions, en Montérégie et dans les Laurentides particulièrement, auront des impacts sur un système  déjà surchargé et sur le moral du personnel de soins qui travaille sans répit. « Qu’à cela ne tienne! Il faut couper, et ce sont les plus vulnérables qui écoperont », de conclure Mme Couturier.

Finalement, alors que la sous-performance libérale en matière d’emploi se poursuit, plus de 4 000 emplois à temps plein ayant été perdus au mois d’août 2015, le gouvernement libéral entend porter la TVQ à 11%, une augmentation de la taxe de vente inacceptable, compte tenu de ce que le parti libéral avait promis en campagne électorale.

Soulignons que depuis le retour du Parti libéral au gouvernement, en avril 2014, les familles du Québec ont vu leur fardeau fiscal augmenter de quelque  1 500$, une injustice, notamment pour les personnes qui arrivent à l’âge de la retraite : toute leur vie, elles ont payé beaucoup d’impôts,  mais peu de taxes, et, maintenant qu’elles ont un revenu imposable moindre, elles devront payer plus de taxes! Il n’y a aucune équité dans cette décision, elle est régressive. L’impôt  est plus progressif et contribue davantage à la justice sociale.

Je vous invite à visiter le site de l’IRIS qui a mis sur pied un observatoire virtuel des conséquences des mesures d’austérité au Québec, pour toutes les régions et pour toutes les grandes missions de l’État québécois.

En consultant le site austerite.iris-recherche.qc.ca , vous constaterez bien malheureusement que les  impacts des politiques d’austérité du premier ministre Philippe Couillard sont bien réels et qu’ils nous affectent toutes et tous dans notre quotidien.

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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