Publicité

Le Mirage chez Station Vu

Culture
Scène du film Le Mirage
Le Mirage est une critique sociale féroce, illustrant le mal de vivre de plus en plus répandu issu de la société de consommation. (Photo: Films Séville)

Station Vu présente, jeudi (29 novembre), le film « Le Mirage », de Ricardo Trogi.

Je suis sorti de ce film avec un gros malaise. Je suis journaliste. Donc, je suis habitué à la critique sociale. J’en fais beaucoup moi-même. Mais devant la vacuité de l’existence de son personnage principal, je l’avoue, le film m’a ébranlé.

« Le Mirage » raconte l’histoire de Patrick Lupien, incarné avec brio par Louis Morissette (qui signe le scénario du film), un propriétaire d’une boutique de sport comme il y en a des dizaines au Québec.

Lupien mène une existence confortable, très confortable, grâce à un train de vie que personne ne remet en question. Après tout, il est un commerçant prospère. Il maintient donc la cadence, pour maintenir les apparences avec ses amis et ses proches. Mais Lupien vit une crise existentielle profonde. Presque désespérée. Tellement grave qu’il est incapable d’en discerner lui-même les contours, même s’il sait pertinemment que ça ne va pas comme ça devrait aller.

La relation qu’il entretient avec sa femme est pleine de conventions, basées surtout sur leurs responsabilités familiales. Et sur leur train de vie. Madame (Julie Perreault) travaille à l’hôpital. En fait, elle travaillait. Car elle est en arrêt de travail pour burn-out. La relation affective de ce couple est inexistante, tant elle est marquée par leurs obligations familiales et… l’absence totale d’intimité sexuelle. Lupien s’est tourné depuis longtemps vers la porno sur Internet, pour combler ce vide.

Ils ont une progéniture plutôt de leur temps : des enfants-rois. Lupien doit aussi composer avec son personnel : des jeunes adultes branchés en permanence du Facebook et leur iPhone. Et composer avec ses amis, notamment un couple assez proche. Elle (Christine Beaulieu) est agente d’immeuble. Lui (Patrice Robitaille) est dentiste. Ils font beaucoup d’argent.

Une des répliques du film, crachée avec beaucoup de savoir-faire par Robitaille, laisse songeur : son personnage se plaint d’être constamment sollicité pour des dons de charité, car tout le monde sait qu’il est riche. Mais, quand tout a été payé (obligations familiales et sociales), il ne reste plus rien.

Le film, c’est ça : une charge à fond de train contre la culture de la consommation, qui écrase nos valeurs comme un rouleau compresseur. On a remplacé les églises par les magasins. Je ne retournerais pas en arrière, mais ce qui se trouve devant fait peur! Les gens sont en moyenne endettés à plus de 160 % de leurs revenus au Québec. Le tiers des Québécois navigue de chèque de paye en chèque de paye, sans filet de sécurité. Leur coussin en cas d’urgence, c’est de s’endetter davantage.

C’est exactement le style de vie de Lupien. Mais ce dernier s’en va droit dans le mur et le film, qu’on nous a vendu comme une comédie, devient un drame doublé d’une critique sociale intense et impitoyable. Impossible de sortir indemne de cette expérience, qui interpelle des certitudes sociales très ancrées dans nos habitudes.

La fin du film, ouverte, m’a toutefois laissé sur ma faim. On se demande ce qu’il adviendra de Lupien, une fois la crise dissipée. A-t-il compris? Ou s’est-il enfui dans un nouveau mirage? J’aurais aimé qu’on soit plus clair. Mais c’est une toute petite faiblesse pour une œuvre qui frappe dans le mille, à une époque où le matérialisme est devenu pratiquement la seule marque de réussite sociale et personnelle.

La bande-annonce du film.

Vos commentaires
loading...