Publicité

Pour un accueil réussi des réfugiés syriens

Histoire, Vie de quartier
Des réfugiés dans le camp de Zaatari, Jordanie.
Des réfugiés dans le camp de Zaatari, Jordanie. (Photo: Foreign and Commonwealth Office – Wikipedia)

Au nom de mes collègues du Parti Québécois et en mon nom personnel, à titre de porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration, j’ai demandé un débat d’urgence à l’Assemblée nationale, le 17 novembre 2015, sur l’accueil de réfugiés syriens au Québec.

J’ai eu l’occasion de rappeler, en tout premier lieu, que le Québec, depuis toujours, est une véritable terre d’accueil, étroitement liée à une tentative d’harmoniser et d’équilibrer l’unité et la diversité.

En effet, depuis les cinquante dernières années, le Québec s’est progressivement orienté dans le sens d’une conception qui est à la fois inclusive et respectueuse de la diversité. Le bilan qui est le nôtre doit nous inciter à poursuivre nos efforts.

Nous sommes accueillants!

Nous sommes un peuple de compassion, ouvert, moderne, démocratique et qui garantit tous les droits à toutes les minorités; un Québec qui, d’aucune façon, ne se définit par des références ethniques; un Québec qui, somme toute, repose sur le socle de sa diversité.

Sans remonter jusqu’au début du siècle dernier, j’ai rappelé quelques temps forts de cette ouverture :

Pensons d’abord à l’accueil, sous le gouvernement de René Lévesque, d’une importante vague d’immigrants et de réfugiés venus d’Amérique latine, d’Afrique et surtout d’Asie qui va contribuer à changer le visage du Québec;

Pensons également, en 1977, aux réfugiés chiliens qui, fuyant le régime dictatorial du général Pinochet, ont trouvé ici une terre d’accueil;

Pensons, dès l’année suivante, en 1978, à la signature de l’entente fédérale-provinciale Cullen-Couture, pilotée ici, au Québec, par le regretté père Jacques Couture, alors ministre de l’Immigration, une entente qui donnait des pouvoirs accrus au gouvernement québécois.

À la même période, toujours sous le gouvernement de feu René Lévesque, nous avons accueilli, entre 1979 et 1981, plus de 13 000 réfugiés de la mer sur le territoire québécois, des gens venus du Vietnam, mais également du Cambodge et du Laos.

Pensons aussi, en 1999, avec le gouvernement de Lucien Bouchard, à l’accueil de 1 000 Kosovars sur les 6 000 accueillis au Canada, fuyant l’ex-Yougoslavie dévastée par la guerre.

Bref, quoi qu’en dise certains esprits chagrins, nous n’avons pas de leçons à recevoir sur la façon dont nous nous sommes acquittés de nos responsabilités, alors que nous formions le gouvernement; je pense au dévouement d’anciens ministres comme Jacques Couture, Gérald Godin, Robert Perreault et bien d’autres qui ont marqué leur époque.

Je pense aussi à Mesdames Louise Robic et à Monique Gagnon-Tremblay, deux ministres libérales qui ont également laissé leur marque, Mme Robic avec l’augmentation des quotas d’immigration et madame Gagnon-Tremblay qui signera l’Accord Gagnon-Tremblay/McDougall, en 1991, une entente fédérale-provinciale qui a fait du Québec l’unique responsable des services d’accueil et d’intégration linguistique et culturelle.

Pensons également à l’accueil de nombreux Haïtiens et de nombreux Libanais confrontés à des séismes et à la guerre…

Cela dit, je me suis permis ce petit détour historique, à l’Assemblée nationale, pour rappeler à celles et ceux qui accusent les autres de xénophobie et qui politise tout, de la nécessaire retenue qui doit nous animer dans les circonstances que nous connaissons.

La transparence doit primer

Force est d’admettre que le gouvernement libéral de Philippe Couillard manque beaucoup à son devoir de transparence relativement aux questions légitimes que la population du Québec se pose sur l’accueil des réfugiés syriens.

Tout récemment, le 16 novembre, la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Mme Kathleen Weil, a dit trouver légitimes les questions des Québécoises et des Québécois sur les capacités d’accueil et les enjeux de sécurité reliés à l’arrivée des réfugiés fuyant la guerre en Syrie.

Pourquoi alors, ne pas répondre à toutes les questions?

La transparence doit primer. Ce devoir de transparence est vital, car l’opacité qui entoure le processus actuellement en élaboration pour l’accueil de 25 000 réfugiés syriens d’ici 6 semaines, au Canada, en inquiète plusieurs et ne peut que générer de la méfiance et potentiellement, à terme, se transformer en source de tensions.

Dans son point de presse à Montréal, la ministre Weil a dit, et je la cite : « Nous adopterons un rythme d’accueil compatible avec les impératifs de sécurité et la capacité d’accueil du Québec ». Fin de la citation. C’est un peu court.

Au-delà de cette affirmation, qu’est-ce que cela veut dire concrètement? Au-delà des vœux et des bonnes intentions, quel est le plan d’accueil concret et détaillé du gouvernement?

Quel est le nombre précis de réfugiés que le Québec s’apprête à accueillir? À quel rythme? Et qui va payer?

Les Québécoises et les Québécois, nous le savons, sont ouverts à l’accueil des réfugiés syriens, mais jusqu’ici, ils ne perçoivent rien des actions tangibles du gouvernement.

La ministre Weil peut-elle nous dire aujourd’hui de quelles façons les municipalités, les commissions scolaires et les organismes communautaires ont été informées et quel est leur niveau de préparation pour l’accueil de ces milliers de réfugiés syriens en un si court laps de temps?

S’il existe des ententes, peut-elle les rendre publiques, afin que nous en prenions la mesure; notamment au chapitre des moyens financiers disponibles?

Le chef de l’opposition officielle, M. Pierre Karl Péladeau, l’a dit et répété, nous avons un devoir de transparence vis-à-vis ces municipalités, commissions scolaires et organismes communautaires si nous voulons les épauler et, conséquemment, offrir aux réfugiés les meilleurs services et la meilleure intégration possible, pour que leur accueil soit une réussite.

À cet égard, a souligné M. Péladeau, le gouvernement du Québec doit s’assurer que les conditions d’accueil sauront respecter les critères élémentaires de réconfort, d’humanité et, bien évidemment, de sécurité. Ces questions fondamentales restent toujours sans réponse.

Et cet appel à la prudence a également été lancé cette semaine par des élus municipaux qui rejettent toute forme de précipitation. Le maire de Québec, Régis Labeaume a mentionné, et je le cite : « Il ne faut pas faire l’économie d’un processus serré de vérifications sur tous les aspects de la sécurité (…) Il faut absolument viser l’acceptabilité de la population et surtout, respecter les opinions de tout le monde, tant que ce n’est pas du racisme. Précipiter les choses ne fera pas réussir l’opération, bien au contraire. »  Fin de la citation.

Pour sa part, le maire de Montréal, Denis Coderre, craint également l’improvisation et demande de voir le plan du ministre fédéral de l’Immigration. Les administrations municipales veulent être consultées et c’est une demande très légitime que nous appuyons.

Là où nous rejoignons la ministre de l’Immigration, c’est lorsqu’elle affirme, comme son collègue le ministre de la Sécurité publique, M. Pierre Moreau, que l’objectif d’accueillir 25 000 réfugiés syriens au Canada avant la fin de 2015, dont 5 700 au Québec, est totalement irréaliste. 

Comme ces deux ministres, nous pensons que le Québec a la responsabilité de transcender les promesses faites par le nouveau premier ministre du Canada, M. Justin Trudeau, dans le cadre de la dernière campagne électorale fédérale.

Par ailleurs, dans Le Devoir du 2 février 2015, il y a maintenant 10 mois, nous apprenions que le Canada souhaitait accueillir 10 000 réfugiés syriens d’ici les trois prochaines années, le Québec, selon ce journal, travaillant sur une cible de 600 réfugiés pour 2015. On parlait alors, au ministère québécois de l’Immigration, toujours cité par Le Devoir, d’une hypothèse de travail.

Si la possibilité d’accueillir 600 réfugiés syriens durant toute l’année 2015 était une hypothèse de travail, est-ce bien réaliste de penser en accueillir ce même nombre, tous les jours, d’ici 6 semaines?

Aussi, la ministre Weil peut-elle nous dire, alors que l’année s’achève, combien de réfugiés de la Syrie ont été effectivement accueillis par le Québec en 2015? Et combien ont été refusés?

Je pense que si le Québec a les moyens d’accueillir 5 700 réfugiés syriens, allons-y, mais, comme élus, face à une population qui s’inquiète, nous avons l’impérieux devoir de répondre à ces inquiétudes et à toutes les questions.

Qui va faire quoi?

Des questions relatives à la sécurité, mais également celles reliées aux ressources financières réelles qui devront être allouées à cette opération.

Quels ministères seront appelés à faire leur part? Comment se fera l’accueil, quelles ressources humaines y seront affectées?

Comment se fera la répartition sur le territoire?

Quelles seront les mesures d’accompagnement? Celles reliées à la francisation, à l’emploi, au transport, au logement, à l’aide psychologique, en un mot, à l’intégration.

Déjà que la politique d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard a durement frappé l’offre de services d’accueil et d’orientation aux nouveaux immigrants, nous sommes en droit de poser toutes ces questions… sans passer pour des xénophobes.

La ministre de l’Immigration nous a répondu toute la semaine qu’elle s’en remettait au gouvernement fédéral sur plusieurs aspects de cette opération, mais a-t-elle au moins des discussions sérieuses avec son vis-à-vis fédéral?

Y a -t-il un protocole qui va être mis en place et rigoureusement suivi ? Nous pensons, malheureusement, en cette matière, que nous sommes encore à la remorque d’Ottawa.

On assiste à une véritable partie de ping-pong entre le fédéral et le Québec. Le fédéral attend après les provinces qui attendent après les municipalités, qui elles-mêmes attendent après le fédéral…

Mais, à travers ces questions, sans réponse pour le moment, nous souhaitons que le débat se fasse sereinement et mettons en garde le gouvernement libéral contre la tentation des procès d’intention, comme ce fut le cas lors du récent conseil général du Parti libéral du Québec.

Nous nous étions engagés, du côté du Parti Québécois, à ne pas faire de petite politique avec cette crise humanitaire, et nous nous attendions à ce que gouvernement s’y inscrive avec hauteur et transparence. Nous avons le droit, comme l’ensemble des autres formations politiques et comme l’ensemble de la population que nous représentons, à poser des questions légitimes, voire le droit de remettre en question les actions du gouvernement, sans se faire traiter de xénophobes par le premier ministre du Québec.

La population a le droit de poser des questions, elle s’inquiète et nous tous, les représentants de cette population, nous attendons des réponses…

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
Vos commentaires
loading...