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Du Viêt Nam à la France, jusqu’à Mercier-Est (première partie)

Vie de quartier
Des marchands, quelque part au Viêt Nam. (photo: © natalia schuchardt / Dollar Photo Club)
Des marchands, quelque part au Viêt Nam. (photo: © natalia schuchardt / Dollar Photo Club)

Nghi Tran Quang est né le 13 juin 1912, à Saïgon, maintenant nommée Hô Chi Minh-Ville, la plus grande ville du Viêt Nam. Aujourd’hui, à l’âge vénérable de 104 ans, il mène une vie paisible au Centre d’hébergement Pierre-Joseph-Triest, dans Mercier-Est. Voici son histoire.

« Notre maison était située derrière un marché à Saïgon. C’était à l’époque de l’Indochine, alors que les Français avaient le contrôle sur le territoire vietnamien. Mon père, un riche propriétaire foncier, était un des seuls vietnamiens à parler la langue française. Lorsqu’il y avait des bagarres non loin de la maison entre les soldats français et les Vietnamiens, il pouvait intervenir », se souvient M. Tran.

Même si M. Tran peut compter sur l’aide son plus jeune fils, Hiep Tran Quang, pour agir en tant qu’interprète durant l’entrevue, le vieil homme maîtrise encore très bien la langue de Molière. Son père, fier patriote, l’avait envoyé à l’école française lorsqu’il était jeune.

Au début du siècle dernier, l’Annam était un état membre de l’Indochine française situé le long de la côte est du pays. Auparavant, l’Annam désignait tout le Viêt Nam. « Les Chinois nous appelaient “Annamites”, du mot “Annam”, qui signifie “la paix du Sud” », ajoute M. Tran.

Premier voyage en France

Premier magasin de la famille Tran à Dalat, au Viêt Nam, au milieu des années 1950. Sur la photo, de gauche à droite: Hiep, Nghi et Ba. (photo: Courtoisie)

Premier magasin de la famille Tran à Dalat, au Viêt Nam, au milieu des années 1950. Sur la photo, de gauche à droite: Hiep, Nghi et Ba. (photo: Courtoisie)

En 1947, soit un an après le début de la guerre d’Indochine, menée par les Français, M. Tran, pour des raisons politiques, est envoyé en France par son père pour échapper à la police. Alors âgé de 35 ans, M. Tran était marié et déjà le père de deux garçons.

« Après la Deuxième Guerre mondiale, presque toute l’Europe était communiste. En France, on donnait des bourses à ceux qui voulaient bien être représentants pour le parti. J’ai saisi cette opportunité. On m’a alors envoyé en Hongrie pour pacifier les relations avec la Pologne dans cette période d’après-guerre. Cela m’a donné l’occasion de voyager et de rencontrer toute sorte de monde », explique M. Tran.

Pendant ce temps, au Viêt Nam, Mme Tran s’occupait de son commerce d’importation de marchandises. Sans parler un mot de français, elle arrivait tout de même à importer des produits de France. Mais surtout, elle attendait le retour de son mari avec impatience! « Mon père ne l’avouera pas, mais c’est sous la menace d’un divorce qu’il est finalement rentré au pays! », confie Hiep Tran Quang.

De courtes retrouvailles

Après son retour au Viêt Nam, alors que les deux fils aînés des Tran, Tung et Ba, réalisaient leurs études en français, tout comme leur père, c’est en 1949 que Hiep Tran Quang, le plus jeune frère, vient s’ajouter à la famille.

Tout jeune, le benjamin fût envoyé dans un pensionnat en France. Entre temps, Tung, le fils aîné, va étudier en Allemagne. Ba, le cadet part de son côté pour le Canada : il fait son entrée à l’École Polytechnique. C’était en 1961.

La famille allait souvent visiter leur plus jeune fils lors de son séjour au pensionnat. Sur la photo, de gauche à droite, les trois fils Tran, Hiep, Ba et Tung, et leur mère, Thi-Huong Truong, en 1958. (photo: Courtoisie)

La famille allait souvent visiter leur plus jeune fils lors de son séjour au pensionnat. Sur la photo, de gauche à droite, les trois fils Tran, Hiep, Ba et Tung, et leur mère, Thi-Huong Truong, en 1958. (photo: Courtoisie)

En 1964, soit 10 ans avant le départ de ce que l’on nomme aujourd’hui les boat-people, la famille Tran décide qu’il est temps de quitter le Viêt Nam. C’était au début de la guerre qui allait sévir dans le pays jusqu’en 1975, qui fit des millions de victimes, dans laquelle s’étaient engagés les Américains.

Mme Tran part en premier avec son plus jeune fils pour Paris. Après s’être occupé du patrimoine familial, M. Tran va les rejoindre un an plus tard, soit en 1965.

À lire demain : Du Viêt Nam à la France, jusqu’à Mercier-Est (deuxième partie)

À suivre également: 

Le siècle de M. Tran – tous les volets de la série :

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