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La pire catastrophe de l’histoire (2 de 8)

Histoire
Les pompiers de l'asile de Saint-Jean de Dieu. 1890
Les pompiers de l’asile de Saint-Jean de Dieu. (Photo: BANQ – Coll Robert Carrière)

Le 6 mai 1890, l’Hôpital Saint-Jean de Dieu, à la Longue-Pointe, brûle. L’incendie est considéré comme la pire catastrophe de l’histoire du pays : plus de 1500 personnes sont touchées. Une fois le brasier éteint, on ignore combien de victimes sont encore sous les cendres.

Voici ce que j’ai trouvé dans le journal La Patrie :

La part du feu

incendie C

Pompe Clapp & Jones du Service de pompiers de Montréal, en 1890. (Photo : BANQ – Coll. Robert Carrière)

À ce moment les pompiers de Montréal étaient arrivés, les premiers sous la conduite de sous-chef Naud. Ils n’avaient pas tardé à être rejoints par un autre détachement commandé par le chef Benoît.

La grosse pompe Clapp & Jones, du poste No:11 est partie du coin de la rue Ontario, coin de la rue Beaudry et s’est rendue à la Longue Pointe dans 21 minutes. Les trois robustes chevaux étaient accablés à leur arrivée sur le lieu du sinistre. La pompe Silsby est arrivée peu de temps après la Clapp & Jones. L’ingénieur, M. Arthur Pelletier, et son assistant, M. Sylvain Charpentier, nous ont fourni ces renseignements et ceux qui ont vu arriver ces deux détachements de notre brigade les confirment.

Les ingénieurs que nous venons de nommer, ceux de la pompe Silsby, le chef Benoît, le sous-chef Naud, tous les pompiers ont fait des prodiges de valeur. Il faisait peine de voir en quel état ils étaient réduits hier soir, trempés, couverts de boue et de cendres, noirs comme des nègres. En arrivant, le sous-chef Naud a prononcé le sort de l’asile. Il n’y a pas de puissance humaine pour en sauver une seule pièce, a-t-il dit à ses hommes; tâchons de ralentir la marche de cette mer de flammes afin d’aider les sauveteurs, et de sauver la buanderie et les autres dépendances qui peuvent offrir un asile à une petite partie des aliénés.

La prédiction de M. Naud s’est plus que réalisée. Moins de quatre heures plus tard, il ne restait de l’immense asile que quelques pans de mur croulant et cinq ou six grandes cheminées construits plus massivement que le reste de l’édifice. L’une des cheminées s’est écroulée hier soir avec un grand fracas. Les autres sont encore debout et c’est tout ce qu’on aperçoit maintenant de l’asile de St-Jean de Dieu en sortant de la ville.

Abandonnée aux flammes

Après l’arrivée des pompiers, ces derniers et avec eux les citoyens de la Longue-Pointe et un grand nombre de citoyens de la ville, s’efforçaient, souvent au péril de leur vie, de sauver les malheureux aliénés. M.F. Laurin, boucher de la Longue-Pointe, est le dernier qui soit sorti d’une des salles où il y a eu pertes de vie. Il avait trouvé une folle étendue sur le plancher à demi asphyxiée. Les flammes s’avançaient sur lui au pas de course. Il ne put que la saisir par les pieds et la tirer presque jusqu’à la porte de la salle. Suffoquée lui-même, brûlé, il fut obligé d’abandonner cette pauvre créature à son brasier pour ne pas succomber avec elle. Il n’eut que le temps de se jeter dans l’escalier la toiture s’effondra dans la salle qu’il venait de quitter les pompiers du pied de l’escalier le couvrirent d’eau et le sauvèrent.

Les blessés

Le nombre des blessés, c’est-à-dire de ceux qui ont des brûlures qui ne sont pas mortelles, est d’environ une centaine. Un grand nombre de religieuses ont enduré ces brûlures très graves en s’efforçant de sauver leurs malades. On mentionne, entre autres, la sœur Bonaventure, qui n’a réussi qu’au prix des plus douloureuses brûlures à sauver un homme dont l’érudition et le talent étaient autrefois fort admirés à Montréal.

incendie D

Photo de l’asile de Saint-Jean de Dieu à l’époque. (Photo : BANQ – Coll. Robert Carrière)

Les fous en liberté

Comme bien on le pense, un très grand nombre d’aliénés ont échappé à la surveillance des gardiens et se sont réfugiés à Montréal. Cette fuite a donné lieu aux scènes les plus grotesques. C’est ainsi que quatre aliénés, une demi-heure environ après le commencement de l’incendie, ont pris un cocher de stationner aux environs de l’asile et se sont fait conduire à Montréal. Notre cocher ne savait pas du tout à qui il avait affaire et il promena ces messieurs pendant près de 3 heures dans la ville. Fatigué enfin de cette course sans but, il leur demanda où ils voulaient aller. La réponse est facile à deviner. Les aliénés ne savaient pas où aller et n’avaient naturellement pas d’argent pour payer. De la grande colère du cocher qui conduisit ces clients récalcitrants au poste de police. Qu’on se figure sa stupéfaction lorsqu’il apprit qu’il avait promené toute l’après-midi quatre fous de l’asile.

Un autre aliéné se promenait dans l’après-midi sur la rue Notre-Dame et criait à tous les passants que l’asile était brûlé et que lui s’était échappé. Il accompagnait ses paroles de bruyantes exclamations, mais il eut le malheur d’aller répéter son histoire à un homme de police, et on devine le reste. La plupart des évadés fatigués d’errer dans les rues ont été demander asile dans les différents postes, hier soir. Ils ont été très bien accueillis et bien traités. Un grand nombre d’hôteliers ont été victimes aussi de cette invasion d’aliénés. Ces messieurs ont fait des consommations aux dépens du roi de Prusse; il fallait bien se contenter de leurs remerciements quelque peu équivoques. Bref, tous les postes de police ont eu à loger cette nuit quelques-uns des anciens pensionnaires de Saint-Jean de Dieu.

La suite, la semaine prochaine

La pire catastrophe du pays, volet 1 : 11 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 2 : 18 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 3 : 25 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 4 : 2 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 5 : 9 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 6 : 16 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 7 : 23 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 8 : 30 mai 2016

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