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La pire catastrophe de l’histoire (4 de 8)

Histoire
Le couvent de Saint-Isodore à la fin des années 1800.
Le couvent de Saint-Isodore à la fin des années 1800. (Photo BANQ – Coll. Robert Carrière)

Le 6 mai 1890, l’Hôpital Saint-Jean de Dieu, à la Longue-Pointe, brûle. L’incendie est considéré comme la pire catastrophe de l’histoire du pays : plus de 1500 personnes sont touchées. Une fois le brasier éteint, on ignore combien de victimes sont encore sous les cendres.

Voici ce que j’ai trouvé dans le journal La Patrie :

La promenade en ville

Rien de plus triste que la transmigration des aliénés dans les différentes institutions de la ville qui se sont empressées d’ouvrir leurs portes à ces malheureux. Tous les omnibus de la ville ont été réquisitionnés. Ceux de l’hôtel Windsor et de tous les autres hôtels de la ville, ceux de Morey, etc., ainsi qu’un grand nombre d’autres voitures, n’ont cessé toute la soirée de circuler entre Montréal et la Longue-Pointe.

Ces voitures revenaient chargées de douze à quinze folles chacune, et ces pauvres femmes, la tête et les épaules couvertes de couvertures de lit bien blanches, offraient, le long de la route, le plus pitoyable spectacle. La foule encombrait les trottoirs pour voir défiler cette étrange procession. On n’a guère transporté à la ville que les femmes. Des centaines d’hommes sont encore gardés dans la buanderie, les granges, etc. Un grand nombre d’autres ont été conduits à pied par leurs gardiens à l’asile Saint-Benoît. Un nombre considérable se sont évadés. Il n’y a point de femmes qui ont pris la fuite.

À l’hôpital Saint-Isidore, toutes les salles sont encombrées de folles qui font un grand vacarme. Plusieurs sont à peine vêtues; la plupart n’ont pas de coiffure et sont obligées de se protéger contre le froid en s’enveloppant de couvertes. Presque toutes paraissent avoir conscience du malheur dont elles sont victimes. Elles s’encouragent et se consolent mutuellement.

Un grand nombre de citoyens de Montréal et de la Longue-Pointe ont passé la nuit à la Longue-Pointe, aidant les sœurs, leur procurant des voitures et dirigeant les patientes à Montréal. Nous devons mentionner M. le grand Connétable Bissonnette et M. Charles Doucet, qui ont rendu aux religieuses les plus grands services.

Les sœurs de Saint-Jean-de-Dieu sont admirables, pleines d’énergie et de dévouement. Elles seules paraissent rester calmes au milieu de leur douleur; elles sont attentives à tout et rivalisent de zèle et d’activité pour se tirer de la terrible confusion dans laquelle tout le monde est plongé.

Sœurs Thérèse de Jésus la supérieure, qui était gravement malade depuis plusieurs mois, a été transportée à la maison Saint-Isidore. Elle a eu une syncope et pendant quelques minutes, on a cru qu’elle allait rendre le dernier soupir. Elle a cependant repris ses sens, mais les médecins ont peu d’espoir de lui sauver la vie.

On rencontrait les religieuses partout. Ces saintes filles étaient dans un état pitoyable; les pieds tout mouillés, leurs vêtements couverts de boue, elles tremblaient de froid; mais pas une plainte ne sortait de leur bouche.

Morte du choc

incendie F

Sœur Thérèse de Jésus. (Coll. Robert carrière – BANQ)

Une religieuse atteinte de folie est morte, pendant qu’on la transportait à l’asile Saint-Isidore, d’une syncope. Cette religieuse appartenait à un couvent de la ville d’Ottawa.

C’est le seul accident sérieux qui soit arrivé en transportant les malades. Tous les autres malades de l’infirmerie ont été installés à Saint-Isidore aussi confortablement que possible.

Les terrains de l’exposition

Le gouvernement a permis aux autorités de l’Asile de faire convertir les bâtisses de l’exposition à Montréal en asile temporaire. Dans quelques jours les aliénés de St-Jean de Dieu seront réunis sur les terrains de l’exposition, où ils passeront l’été, en attendant que l’asile soit reconstruit.

Rentrés dans leurs familles

Un des traits les plus frappants de la procession lugubre. Des omnibus et des voitures lourdement chargées d’aliénés, un grand nombre de voitures appartenant à des familles riches, de la haute société, qui revenaient de la Longue-Pointe. Dans un phaéton, avec un homme à peu près de son âge, revenait une jeune femme d’une beauté frappante, la tête enveloppée dans une couverte de laine; une autre aliénée était ramenée dans sa famille par ses parents dans un grand équipage, avec cocher en livrée, et vingt autres exemples semblables.

Il se croyait Dieu

Un des médecins de l’asile et deux pompiers ont eu beaucoup de mal à sauver un aliéné, dont la folie consiste à se croire le Tout-Puissant. On l’avait sorti de force de la salle qu’il occupait. Bientôt un des médecins le vit retourner vers le corps de bâtiments en flammes et le saisit. Le fou allait lui faire un mauvais parti quand deux pompiers sont survenus et l’ont réduit à l’impuissance. « Laissez-moi, criait-il, je suis Dieu; je vais entrer et commander au feu de s’éteindre. »

L’origine du feu

Il n’y a plus guère de doute possible sur l’origine du feu. D’après tous les renseignements que nous possédons, il paraît impossible que le feu ait été mis. L’incendie a eu pour cause la détérioration d’une des cheminées. C’est ce qui semble le plus probable.

Les assurances

L’asile était assuré pour six cent mille piastres. Il en avait coûté, de construction, sept cent mille. L’asile, l’ameublement, les accessoires, etc., avaient coûté 1,132,000.00 $. La compagnie d’assurance Royal à elle seule perd $ 300.00.00. Les autres $ 300.000.00 sont réparties sur un grand nombre de compagnies d’assurance, en montants qui varient de 5,000.00 $ à 25,000.00 $.

Dans les ténèbres

Dans l’obscurité de la nuit, la scène à l’asile Saint-Isidore était plus navrante que tout ce qu’on saurait décrire. Les religieuses n’avaient que quelques lampes et plusieurs salles remplies de folles étaient plongées dans les ténèbres. Les folles criaient et se lamentaient et ce concert à plusieurs centaines de voix au milieu de la nuit n’était rien moins que plaisant.

On se demande combien la catastrophe serait plus affreuse encore, si l’incendie s’était déclaré au milieu de la nuit, pendant le sommeil des patients. On serait peut-être obligé de déplorer des centaines de pertes de vie, une hécatombe encore dix fois plus terrible.

Notes : Tous les registres et tous les documents de la maison ont été sauvés.

La suite, la semaine prochaine

La pire catastrophe du pays, volet 1 : 11 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 2 : 18 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 3 : 25 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 4 : 2 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 5 : 9 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 6 : 16 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 7 : 23 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 8 : 30 mai 2016

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