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La pire catastrophe de l’histoire (5 de 8)

Histoire
Plan de Saint-Jean de Dieu après l'incendie de 1890
Plan de Saint-Jean de Dieu après l’incendie de 1890. (Illustration: BANQ – Colle. Robert Carrière)

Le 6 mai 1890, l’Hôpital Saint-Jean de Dieu, à la Longue-Pointe, brûle. L’incendie est considéré comme la pire catastrophe de l’histoire du pays : plus de 1500 personnes sont touchées. Une fois le brasier éteint, on ignore combien de victimes sont encore sous les cendres.

Voici ce que j’ai trouvé dans le journal La Patrie :

1890 Le feu de la Longue-Pointe

Enquête du coroner

L’enquête sur la catastrophe de la Longue-Pointe s’est continuée hier après-midi. La révérende sœur Thérèse de Jésus, supérieure de l’asile Saint-Jean-de-Dieu, est interrogée.

Elle déclare que, dans son opinion, un certain nombre d’aliénés ont dû périr; cependant le nombre n’en est peut-être pas si grand qu’on pensait d’abord, car des aliénés qui étaient disparus sont retrouvés tous les jours.

Elle dit que le feu s’est déclaré au troisième étage. Il devait y avoir 15 à 17 personnes dans la salle où le feu s’est déclaré. Cette salle était occupée par les pensionnaires privées. La sœur Ephise en avait la charge, avec deux sœurs tertiaires. Il n’y avait pas de lumière ni poêle dans cette salle. Tout l’édifice était chauffé à l’eau chaude.

Le Coroner — Question : 

Croyez-vous qu’une des pensionnaires ait pu trouver des allumettes au-dehors et mettre le feu?

La sœur Thérèse — Réponse : 

Je ne puis répondre au juste. Mais dans mon opinion, la chose a dû arriver ainsi. Je dois aussi déclarer qu’une des pensionnaires cherchait depuis longtemps des moyens de se donner la mort. Il est bien probable que le feu a été mis par une pensionnaire. Lorsque le feu s’est déclaré, j’étais malade et j’ai dû me retirer à l’asile Saint-Isidore, après avoir donné ordre d’employer tous les moyens possibles pour sauver les malades.

Q : Quelques religieuses ont-elles péri dans les flammes?

R : Non, mais cinq tertiaires y ont trouvé la mort.

Q : Un grand nombre de personnes sont d’opinion que le feu a été communiqué par les fournaises?

R : C’est impossible, les fournaises occupaient un bâtiment séparé.

Un juré — Question :

Aviez-vous le téléphone à l’asile?

La sœur Thérèse — Réponse : Oui. 

Q : Est-ce qu’un des fils de ce téléphone passait dans la salle où s’est déclaré le feu?

R : Non.

En réponse à une question d’un des membres du jury, la sœur Thérèse dit que les plans de l’asile n’avaient pas été soumis au gouvernement, mais lorsque l’édifice a été terminé, les inspecteurs du gouvernement en ont approuvé la construction. Ces inspecteurs visitaient l’établissement quatre fois par année.

Q : Avez-vous visité plusieurs asiles d’aliénés?

R : Oui, j’ai visité les principaux d’Angleterre, de France, d’Écosse, des États-Unis et du Haut-Canada. En France, l’asile le plus considérable que j’aie visité contenait 4,800 aliénés. En Europe, les asiles se divisent pour la plupart en différents bâtiments; mais en Amérique, règle générale, les ailes ne forment qu’un seul corps de bâtiments. Cela existe en Amérique à cause du climat qui est rigoureux, et qui exige un système de chauffage particulier.

Un M. Dupuis pose d’autres questions du même genre. La sœur Thérèse répond que ces questions ne doivent pas avoir de rapport à l’enquête.

M. Dupuis : Non, si je pose ces questions c’est simplement pour renseigner le public et le gouvernement. Ces renseignements pourront être utiles lorsqu’il s’agira de la construction d’un autre asile.

Un juré demande si les fous avaient la permission de fumer.

La sœur Thérèse — Réponse : Oui, en été, ils fumaient dans la cour, et l’hiver dans les salles.

M. L.O. David, demande où étaient les tertiaires qui ont péri dans les flammes.

La sœur Thérèse — Réponse : Elles étaient dans le bâtiment principal, à leur salle de réunion. Une de ces tertiaires était malade. Le feu s’est propagé avec tant de rapidité qu’elles n’ont pas eu le temps de se sauver.

M. L.O.David — Question : À quelle classe appartenaient les malades qui ont brûlé?

La sœur Thérèse — Réponse : Quelques pensionnaires privées et les agitées, les furieuses. Il m’est impossible pour le présent de donner une liste des malheureuses qui ont péri. Il y avait 42 personnes dans la salle des agitées, mais quelques-unes ont dû échapper.

Q : À quoi attribuez-vous la rapidité étonnante avec laquelle le feu s’est propagé?

R : Aux ventilateurs qui étaient absolument nécessaires dans une maison de ce genre.

Q : Personne ne fumait dans la salle où le feu s’est déclaré?

R : Non! C’était la salle des femmes, et les femmes n’avaient pas l’autorisation de fumer; chez les agitées, il y avait des pensionnaires d’État. Elles occupaient le 5e étage du corps principal, mais ce n’est pas là que le feu s’est déclaré.

La suite la semaine prochaine.

La pire catastrophe du pays, volet 1 : 11 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 2 : 18 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 3 : 25 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 4 : 2 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 5 : 9 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 6 : 16 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 7 : 23 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 8 : 30 mai 2016

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