Publicité

La pire catastrophe de l’histoire (6 de 8)

Histoire
Illustration de l'incendie de Saint-Jean de Dieu de 1890 dans les journaux de l'époque.
Illustration de l’incendie dans les journaux de l’époque. (Coll. Robert Carrière – BANQ)

Le 6 mai 1890, l’Hôpital Saint-Jean de Dieu, à la Longue-Pointe, brûle. L’incendie est considéré comme la pire catastrophe de l’histoire du pays : plus de 1500 personnes sont touchées. Une fois le brasier éteint, on ignore combien de victimes sont encore sous les cendres.

Voici ce que j’ai trouvé dans le journal La Patrie :

Suite de l’enquête du coroner

Sœur Marie Félix est ensuite interrogée. Lorsque le feu s’est déclaré, elle était à dîner dans un étage inférieur. On cria tout à coup que le feu était dans la salle Sainte-Cécile, la salle dont elle avait la direction. Elle se précipita à l’endroit indiqué et vit le feu dans la porte ouverte; elle revint sur ses pas et se dirigea vers une autre porte, appelant au secours. Elle se mit aussitôt à l’œuvre pour faire sortir les malades qui étaient au nombre de 15. Tous furent sauvés. La sœur Marie-Félix ajoute qu’elle est allée conduire ces malades à l’asile Saint-Isidore.

Avant de descendre pour dîner elle n’avait rien remarqué d’anormal dans la salle, et elle ne peut dire comment le feu a pris.

L’alarme a été donnée par une religieuse, qui criait « au feu », en passant au réfectoire de la communauté.

incendie K

Dépêche du Journal de Waterloo, 1890. (BANQ – Coll. Robert Carrière)

Le témoin ajoute que 5 ou 6 des malades sous sa direction pouvaient sortir et se promener dans la cour. Quelques personnes prétendent avoir vu de la fumée sortir d’une armoire remplie de linge. Les malades n’ont jamais d’allumettes à moins que les visiteurs ne leur en donnent.

Q : Les femmes ne recevaient pas d’allumettes des visiteurs puisqu’elles ne fumaient pas.

R : Non, du moins je ne le crois pas.

Q : Le feu a pris dans votre salle, dites-vous?

R : Je le pense, mais je n’en suis pas certaine.

Q : Quel était votre système d’éclairage?

R : L’électricité

Q : Lorsque vous êtes allée dîner, les malades sont-elles restées longtemps seules?

R : Elles n’étaient pas seules, il y avait des gardiens; j’étais descendue depuis 20 minutes lorsque l’alarme a été donnée.

Q : Les visiteurs ont-ils le droit de donner des allumettes aux patients?

R : Non, lorsque la chose arrive, c’est à l’insu des religieuses et des gardiens.

Q : Quelles sont les personnes qui déclarent avoir vu sortir de la fumée de l’armoire de votre salle?

R : Une sœur tertiaire, du nom de Laura Larouche. Lorsqu’elle vit la fumée, elle donna l’alarme. Un ventilateur traversait cette armoire. Il est bien possible que le feu ait pris à un étage inférieur et se soit communiqué plus haut par le ventilateur. Il y avait dans la salle une personne qui avait souvent des idées de suicide, mais je n’ai jamais remarqué qu’elle eut des tendances à mettre le feu.

Le troisième témoin interrogé hier après-midi est sœur Vitaline. Elle était gardienne d’une salle au 5e étage, et avec l’aide de quatre tertiaires, elle avait 50 à 60 aliénés sous sa direction. Elle était au réfectoire lorsque l’alarme a été donnée, et elle s’est rendue aussitôt à sa salle. Elle a réussi à sauver 33 de ses malades. Le feu s’était déclaré dans la salle en dessous. Un plus grand nombre se sont peut-être sauvés, mais jusqu’à présent on n’a constaté l’existence que de 33. Elle ne connaît pas l’origine du feu, mais elle croit qu’il s’est déclaré dans la salle Sainte-Cécile.

M. le Dr Bourque, médecin en chef de l’asile, est ensuite assermenté. Il était rendu à sa maison depuis 5 minutes, lorsqu’il aperçut la fumée et il est retourné aussitôt à l’asile pour travailler au sauvetage.

Q : Avez-vous une connaissance quelconque se rapportant à la cause du feu?

R : Aucune!  Cependant je puis dire que dans une salle il y avait 42 agitées; toutes n’ont pas péri. Dans mon opinion, le nombre total des pertes de vie peuvent s’élever à 50. Le sauvetage s’est opéré par les deux extrémités de l’édifice.

Le feu a fait son apparition dans la salle Sainte-Cécile, mais il ne s’ensuit pas que le feu ait originé dans cette salle. Il pouvait bien venir d’un autre étage par les ventilateurs.

En réponse à M.L.O.David, le témoin dit qu’il a vu en Europe des asiles formant un seul corps de bâtiment de trois ou quatre étages; d’autres, divisés en pavillons isolés.

À l’asile de la Longue-Pointe le feu s’est propagé avec rapidité par la force des ventilateurs. Ces ventilateurs ne devraient pas être en bois, mais en pierre ou en terre cuite. De plus, il serait prudent de diviser l’édifice au moyen de coupe-feu.

Le coroner : Employez-vous quelques fois la camisole de force pour les furieux?

R : Oui, quelquefois, surtout pour les hommes.

Q : savez-vous si quelques-uns des patients avaient la camisole le jour de l’incendie?

R : Je ne pourrais pas dire si quelques femmes l’avaient ce jour-là quant aux hommes, il faut l’employer tous les jours pour un certain nombre, mais pas un seul homme n’a péri.

La suite, la semaine prochaine

La pire catastrophe du pays, volet 1 : 11 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 2 : 18 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 3 : 25 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 4 : 2 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 5 : 9 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 6 : 16 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 7 : 23 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 8 : 30 mai 2016

incendie L

Illustration de l’incendie dans les journaux de l’époque. (Coll. Robert Carrière – BANQ)

Vos commentaires
loading...