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La pire catastrophe de l’histoire (7 de 8)

Histoire
La dépêche du Journal The Witness, 1890, sur le feu de Saint-Jean-de-Dieu
La dépêche du Journal The Witness, 1890. (BANQ – Coll. Robert Carrière)

Le 6 mai 1890, l’Hôpital Saint-Jean de Dieu, à la Longue-Pointe, brûle. L’incendie est considéré comme la pire catastrophe de l’histoire du pays : plus de 1500 personnes sont touchées. Une fois le brasier éteint, on ignore combien de victimes sont encore sous les cendres.

Voici ce que j’ai trouvé dans le journal La Patrie :

Suite de l’enquête du coroner

Le feu de la Longue-Pointe

L’enquête sur la terrible catastrophe arrivée à la Longue-Pointe s’est continuée mercredi après-midi.

M. James O’Rourke, mécanicien en chef, a été entendu. Le témoin dit qu’il est employé à l’asile depuis son établissement, c’est-à-dire depuis 14 ans.

Il n’était pas dans l’asile lorsque le feu s’est déclaré, mais à une petite distance sur la ferme. Il remarqua d’abord que le feu s’était déclaré dans le troisième étage, département des femmes. Il se précipita au premier étage et voulut monter au quatrième, mais il en fut empêché par la fumée. Le feu gagnait le dôme par les ventilateurs.

Le témoin ajoute qu’avec le secours de son frère et de M. Heggins, il parvint à sauver 14 femmes du 4e étage. Il fut témoin d’une scène pénible : une femme périssant au milieu des flammes, mais il était impossible de lui porter secours.

Questionné sur l’origine du feu, M. O’Rourke dit que dans son opinion, le feu a été mis par une des aliénées du troisième étage. En plusieurs occasions quelques-unes de ces femmes avaient réussi à mettre le feu à leurs vêtements. Quelques jours même avant l’incendie, une folle avait péri.

Lorsque M. O’Rourke eut terminé son témoignage, les journalistes furent priés de se retirer. Nous avons appris cependant qu’une discussion assez vive s’était élevée sur l’opportunité de terminer aussitôt l’enquête. Plusieurs des jurés étaient d’avis qu’ils en avaient entendu assez pour rendre un verdict équitable. Finalement, l’enquête a été ajournée à cette après-midi.

Le verdict liste des aliénés disparus après le feu de 1890 à St-Jean de Dieu

Le coroner a continué hier après-midi (28 mai 1890) l’enquête sur incendie de l’asile de la Longue-Pointe.

La sœur Charles, secrétaire de l’asile, est interrogée; elle dépose sur la table une liste des aliénés qui manquent à l’appel depuis l’incendie, une liste a déjà été publiée, mais elle était incomplète; 30 noms y ont été ajoutés. La liste des absents contient aujourd’hui les noms de 81 femmes et 5 hommes.

Jusqu’au 24 mai, il manquait 6 hommes; depuis cette date un seul est revenu; il manque donc encore 5 hommes. De ce nombre cependant, un nommé Delfausse a été conduit chez les Frères. Les cinq religieuses tertiaires qui ont péri dans les flammes ne sont pas comprises dans la liste des 81 victimes. Il manque donc aujourd’hui 91 personnes. Toutes n’ont peut-être pas péri. Plusieurs ont dû s’échapper.

Interrogée par M. L.O. David, la sœur Charles dit qu’elle a écrit à plusieurs familles des patients et n’a pas encore reçu de réponse. Elle a appris que quatre folles avaient été vues à l’Épiphanie jeudi dernier.

Q : Ne croyez-vous pas que vous auriez reçu des nouvelles si quelques aliénés étaient encore en liberté?

R : Je ne puis rien dire à ce sujet. Si tous ne sont pas rendus dans leur famille, ils peuvent s’être égarés.

La sœur Charles dit que plusieurs familles ont demandé comme faveur de ne pas laisser publier dans les journaux la liste des victimes.

Le coroner permet cependant la publication de la liste. Voici les noms des personnes disparues;

Femmes :

Dame Archambault, Marie Aurest, Catherine Bernard, Eliza Béard, Louise Bourque, Thérèse Boivin, Alphonsine Brisson, Malthide Brunette, V. Binette, O. Blais, Zelie Brouillet, Alphonsine Charbonneau, Ellide Carlier, Georgianna Colyer, A. Courtemanche, V. Cloutier, V. Chaput, Lucie Émond, D. Coleman, Madame Cardinal, née Lahaie, Charlotte Carlisle, Anna Donahoe, Bridget Daley, Angélique Legault, Zoé Dauphin, Julia Doyle, Constance Doucet, Éliza Davidson, Catherine Folliard, Délima Galarneau, Margaret Gluson, Ciara Gibault, V. Généreux, Jane Huot, Éliza Henry, Albina Hunot, Ellen Hackurst, E. Hénault,W. Kelly, Marie Legault, Marguerite Laurin, Angélique Latour, Batsay Larivière, Amélia Vinette, Catherine Léonard, Euphrosine Lalumière, Éxilie Léveillée, Sophie Lamarre, Élizabeth Lamy, Marie Laya, Asilda Lapierre, R. Mireault, Lida Michaud, Alice Murphy, Ellen Maloney, Dora MeSkelly, Margaret McAlpine, O. McAvoy, Hattie McGibbon, Esther Olivier, Albertine Ouellet, Delphine Provost, Victoria Pagé, Délia Poirier, Victoria Phelan, Marcel Poirier, Domitilde Richer, Éliza Richard, Flavie Raymond, Ellen Sullivan, S. Scanlon, Mary Shanan, LucieThibaudeau Clarisse Thivierge, Hortense Thériault, P. Vient, Judith Vernier, Briget Whelan, Sophie Williams,et Annie Williams, Euphémie Lemay.   

Les hommes disparus sont les suivants;

Thomas Galvin, John McLeod, Thomas Smith, John Sullivan, W. Trépanier, et enfin, Delfausse qui s’est évadé de l’institution des Frères après l’incendie.

Voici maintenant les noms des sœurs tertiaires qui ont péri dans les flammes;

Luména Bouthillier, Démérise Guilbert, Alexandrina Gravel et Victoria McNicol.

Le coroner était d’avis de faire entendre d’autres témoins, mais le jury déclara qu’il en connaissait assez et entra en délibération. Le verdict suivant a été rendu :

Que les jurés sont unanimement d’opinion que les personnes dont les ossements ont été trouvés dans les ruines de l’asile St-Jean de Dieu à la Longue-Pointe, ont péri dans la grande conflagration le 6 mai courant, mais qu’il leur est impossible de dire comment et dans quelle partie de l’édifice le feu a originé; il est probable toutefois qu’une aliénée, enfermée dans la salle Sainte-Cécile, au troisième étage, a mis le feu à l’édifice, ou que l’incendie a été causé par la combustion spontanée du bran de scie déposé entre les planchers.

Les jurés recommandent :

1re, Qu’à l’avenir, les ventilateurs, dans des institutions de ce genre, soient construits en brique ou en matériaux à l’épreuve du feu.

2e, Que de tels établissements devraient être moins élevés et se composer autant que possible de pavillons séparés;

3e, Que les fous furieux et les infirmes devraient être logés aux étages inférieurs;

4e, Qu’on ne devrait jamais placer dans les salles des cabinets et des armoires contenant des matières inflammables;

5e, Qu’on devrait placer des galeries à chaque étage, avec des escaliers communiquant avec chaque plancher.

Les jurés croient que ce sont là des mesures nécessaires pour prévenir les pertes de vie, en cas d’incendie ou autres accidents semblables, dans les institutions de ce genre.

La suite, la semaine prochaine

La pire catastrophe du pays, volet 1 : 11 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 2 : 18 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 3 : 25 avril 2016

La pire catastrophe du pays, volet 4 : 2 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 5 : 9 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 6 : 16 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 7 : 23 mai 2016

La pire catastrophe du pays, volet 8 : 30 mai 2016

incendie M

La dépêche du Journal The Witness, 1890. (BANQ – Coll. Robert Carrière)

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