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Feu à la Longue-Pointe: l’église, le presbytère et plus de 10 maisons brûlent

Histoire
L'église de la Longue-Pointe et le presbytère, qui venait tout juste d'être achevé un an avant l'incendie. (Illustration: Diocèse de Montréal - Coll. Robert Carrière)
L’église de la Longue-Pointe et le presbytère, qui venait tout juste d’être achevé un an avant l’incendie. (Illustration: Diocèse de Montréal – Coll. Robert Carrière)

Le 10 juin 1893, le village de la Longue-Pointe est encore une fois éprouvé par un incendie majeur : l’église, le presbytère ainsi qu’une dizaine de maisons sont emportés par les flammes.

Voici ce que j’ai trouvé dans le journal La Patrie au sujet de cet incident qui est survenu à peine trois ans après l’incendie qui avait emporté l’hôpital Saint-Jean de Dieu, qualifié de « pire catastrophe de l’histoire du pays » à l’époque :

L’origine du feu

Vers 3 heures, samedi après-midi, un boulanger du nom de Joseph Bédard s’aperçut que le feu s’était déclaré dans son établissement. Aidé de quelques voisins, il fit tous les efforts pour arrêter l’incendie, mais il ne réussit pas. La maison était en bois et le feu avait trop bonne prise pour se laisser contrôler par quelques seaux d’eau versée par intervalles assez éloignés. Comme l’incendie gagnait toujours du terrain et se propageait aux établissements voisins, M. Bédard comprit l’impuissance de ses efforts et fit venir l’ingénieur O’Rourke, du département des pompes de l’asile St-Jean de Dieu. Celui-ci fut rendu promptement sur les lieux, mais le vent était tellement violent que le feu devint incontrôlable. C’est alors que le Maire eut l’idée de téléphoner à Montréal pour avoir du secours.

Le capitaine Nolan avertit le premier, partit en toute hâte après avoir donné l’ordre d’envoyer les trois pompes à vapeur des postes No.1 et 7. Malgré toute la vigilance qu’ils mirent à faire le trajet, les pompiers, en arrivant, virent que l’incendie avait pris des proportions considérables et dangereuses pour le village entier. La maison et les hangars de M. Laurin, bouchés, étaient en feu, et comme ces bâtiments se trouvaient à peu de distance de l’église, il fut impossible d’empêcher le feu de s’y communiquer. L’élément destructeur attaqua d’abord la sacristie et ensuite l’église.

Le curé de la paroisse, M. Lecourt, eut à peine le temps de sauver les vases sacrés; tous les ornements et les vêtements sacerdotaux ont péri. Après quelques minutes le toit s’effondra avec un craquement sinistre.

En s’effondrant, le toit de l’église fit jaillir un tourbillon de flammes qui se communiquèrent à l’étage supérieur du presbytère. Les pompiers concentrèrent là leurs efforts et parvinrent à sauver une partie de l’édifice. L’étage supérieur cependant a été complètement détruit et l’ameublement général a été beaucoup endommagé par l’eau ou par le feu.

Ce presbytère n’était terminé que depuis un an à peine, et M. le curé venait d’en prendre possession. Il avait coûté 8,000.00 piastres.

Tous les citoyens du village avaient transporté à une grande distance leurs objets les plus précieux et le village présentait un désarroi impossible à décrire. À 5 heures, il fut question d’appeler toute la brigade de Montréal, mais les pompiers présents réussirent à contrôler partiellement l’incendie et ils furent bien aidés dans cette tâche par une équipe d’hommes employés par M. H. Brown, au déchargement d’un navire.

Le bateau-remorqueur « Saint-Peter » s’est avancé dans le cours de l’après-midi et sous les ordres du capitaine Sharkey, a lancé du fleuve quatre puissants jets d’eau pendant près de deux heures.

Le chef Benoit et le sous-chef Naud étaient présents et commandaient la Briarde. La besogne qu’ils avaient à accomplir était excessivement difficile, car le feu se déclarait en même temps à deux maisons en bois et il leur fallait être partout. Outre l’église et les établissements de MM. Laurin et Bédard, quatre autres maisons ont été complètement détruites et les pertes sont très considérables. Des tableaux de grande valeur dans l’église ont péri, entre autres, trois peintures représentant St-Joseph, la Sainte-Vierge et Saint-François.

Il est facile de comprendre le désespoir du dévoué curé de la paroisse, M. Lecourt, en face des ruines de son église et de plusieurs maisons de son petit village; toutefois il a fait preuve d’un courage et d’un sang-froid admirables en aidant au sauvetage.

Historique de l’église

L’église de la Longue-Pointe a été construite en 1724. C’était un des plus anciens monuments religieux du pays. Le chemin de la croix était unique dans son genre et le plus beau que nous puissions trouver au Canada. Cette église a été construite par quelques-uns des premiers navigateurs qui ont remonté le cours du St-Laurent. Pendant un siècle, elle a salué l’arrivée des voyageurs qui, venus de Québec en canot, ne manquaient jamais d’aller s’agenouiller au pied de l’autel, remercier Dieu d’avoir échappé aux dangers qu’offrait la traversée du lac St-Pierre.

C’est donc encore une précieuse relique qui vient de disparaître, et nos marins éprouveront un serrement de cœur en voyant un amas de ruines à l’endroit où s’élevait cette église qu’ils considéraient comme la leur.

À lire la semaine prochaine : Feu à la Longue-Pointe : le village souligne le travail des pompiers

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