Publicité

L’oeuvre des Frères de la Charité dans Mercier-Est

Histoire
L’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre était un asile pour «les aliénés, les malades, les alcooliques de familles aisées». (photo : Diocèse de Montréal 50e anniversaire — Coll. Robert Carrière)
L’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre était un asile pour «les aliénés, les malades, les alcooliques de familles aisées». (photo : Diocèse de Montréal 50e anniversaire — Coll. Robert Carrière)

Les Frères de la Charité, qui occupent déjà le côté nord de la rue Notre-Dame depuis 1870, firent construire, côté sud, l’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre, entre les rues de Beaurivage et Georges-Bizet, en 1883.

(photo : Paroisse Sainte-Louise-de-Marillac — Coll. Robert Carrière)

(photo : Paroisse Sainte-Louise-de-Marillac — Coll. Robert Carrière)

L’un de nos plus grands poètes, Émile Nelligan, y a d’ailleurs été interné, entre 1889 et 1925, avant d’être transféré à l’asile Saint-Jean-de-Dieu, où il meurt en 1941. La communauté des Frères de la Charité resta près de 51 ans sur la rue Notre-Dame avant de finalement déménager l’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre sur la rue Sherbrooke, dans le bâtiment où l’on retrouve aujourd’hui le Centre jeunesse du Mont-Saint-Antoine. L’infrastructure laissée derrière eux devint le Centre d’accueil Pierre-Joseph-Triest avant d’être détruit par un incendie en 1990.

J’ai trouvé des détails concernant la construction de l’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre dans des documents soulignant le 50e anniversaire du Diocèse de Montréal que je partage avec vous aujourd’hui dans ma chronique :

Olivier Berthelet, le généreux bienfaiteur des Frères de la Charité, celui qui les avait fait venir en Canada, et leur avait procuré la belle propriété qui sert actuellement d’école de Réforme, avait acheté en 1868, au village de Longue-Pointe, un terrain de 170 arpents de superficie, sur lequel se trouvait un bâtiment de ferme. En 1870, il fit don de cette propriété aux frères, croyant que ceux-ci s’y procureraient facilement les légumes nécessaires à leur institut de Montréal; mais la divine Providence avait d’autres vues.

Les Frères cultivèrent effectivement cette terre avec l’aide de quelques hommes à gages; cependant, ils constataient bientôt que les frais d’exploitation dépassaient la valeur des produits. De plus lorsque l’institut de Montréal fut converti en école de Réforme, les Frères employés à la culture pouvaient y rendre des services plus utiles, auprès des jeunes délinquants. La terre de Longue-Pointe fut donc louée à un fermier, mais avec la prévision que, dans un avenir plus ou moins loin rapproché, elle pourrait servir pour la fondation d’une nouvelle œuvre.

Le nombre des Frères s’étant accru insensiblement, par l’adjonction de jeunes Canadiens qui demandaient à être admis parmi les membres de la Congrégation, le noviciat se faisait alors à Montréal. L’orphelinat de Boston, la seule affiliation existant à cette époque, était trop éloigné et d’ailleurs, il n’était pas possible d’envoyer de jeunes Canadiens français faire leur noviciat dans un pays dont ils ne parlaient pas la langue. D’un autre côté, le provincial jugea avec raison que les postulants et les novices n’étaient pas le milieu le plus convenable, au milieu des jeunes délinquants de l’École de Réforme. Il songeait donc à créer une nouvelle fondation où ces aspirants pourraient, dans la retraite, se former à leur vocation, tout en se dévouant à une œuvre de charité. La terre de Longue-Pointe se trouvait tout naturellement désignée. Restait à examiner quelle œuvre on pourrait y fonder. Mgr Fabre conseilla au supérieur d’y ouvrir une maison de santé pour les aliénés de la classe aisée, avec quartiers distincts pour les épileptiques, les alcooliques, les incurables, etc. Cette idée fut approuvée, mais il se passa quelques années avant que l’on pût mettre la main à l’œuvre.

L’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre était un asile pour «les aliénés, les malades, les alcooliques de familles aisées». (photo : Diocèse de Montréal 50e anniversaire — Coll. Robert Carrière)

L’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre était un asile pour «les aliénés, les malades, les alcooliques de familles aisées». (photo : Diocèse de Montréal 50e anniversaire — Coll. Robert Carrière)

La première pierre fut bénie, le 30 mai 1883, par M.P. Laporte, curé de la paroisse de Longue-Pointe. Les travaux furent alors poussés avec rigueur et, le 15 mai 1884, Mgr Fabre, accompagné de plusieurs membres de son clergé, se rendit à la Longue-Pointe pour bénir la chapelle et l’institut, ainsi que la statue de Saint-Benoît-Joseph-Labre, qui fut placé dans une niche, au-dessus de la porte d’entrée. M.J-U Leclerc, curé de Saint-Joseph à Montréal, et actuellement chanoine honoraire de la cathédrale, y célébra la première messe.

Le même jour, le noviciat fut transféré de Montréal à la Longue-Pointe, et le Frère Ursmarus y fut installé comme maître des novices, fonction qu’il remplit encore aujourd’hui (1898), avec autant de zèle que de tact et de prudence.

Par un ordre en conseil, en date du 10 septembre 1885, l’asile Saint-Benoît fut approuvé comme maison de santé, et bientôt les malades commencèrent à y affluer. Il fallait un aumônier qui put être en même temps le père spirituel des Frères et des novices, et le consolateur des patients placés dans l’asile. Mgr Fabre, qui se connaissait en hommes, désigna M.J-T Savaria, élevé depuis à la dignité de chanoine honoraire, et qui a rempli sa délicate mission avec tact, prudence, zèle et dévouement.

Le Frère François, actuellement sous supérieur à l’orphelinat de Boston, fut le premier supérieur de l’Asile Saint-Benoît. Le 11 août 1886, il fut remplacé par le Frère Eusèbe, premier provincial des Frères de la Charité en Canada, et lorsque celui-ci fut emporté par une mort subite le 28 juillet 1887, la direction de l’établissement fut confiée au Frère Dominique. Celui-ci, frappé d’une attaque de paralysie, fut obligé de se résigner le 24 septembre 1890. Au mois d’octobre 1890, le Frère Candide lui succédait comme supérieur, et depuis bientôt dix ans, il s’acquitte de ses fonctions à la satisfaction générale de tous ses administrés.

L’asile Saint-Benoît est situé à l’extrémité orientale du village de la Longue-Pointe, sur la route qui conduit à la Pointe-aux-Trembles, entre cette route et le fleuve Saint-Laurent qui baignent le vaste jardin de l’institut. Il se compose d’un bâtiment central à trois étages, au-dessus d’un sous-sol très élevé, ayant 200 pieds de long, avec deux ailes s’avançant vers le fleuve sur une longueur de 200 pieds.

Ce bâtiment ne contient au rez-de-chaussée que les parloirs et les bureaux pour l’administration, ainsi que les appartements de l’aumônier. Une belle et grande chapelle se développe dans l’aile droite. Le reste de l’édifice sert exclusivement aux aliénés, qui sont divisés en différentes sections : les curables, les paisibles, les agités, etc., occupent des ailes ou des étages séparés. Chacune de ces classes a son réfectoire, sa cour ou son préau distinct, sa salle de récréation. Une heureuse disposition des bâtiments a permis de placer ces salles de récréation et les galeries attenantes de manière qu’elles sont vues sur le fleuve. Rien de beau comme le panorama dont on jouit de là : à ses pieds, le Saint-Laurent si animé pendant la saison de navigation; de l’autre côté du fleuve, Boucherville en face, Longueuil à droite, Varennes à gauche, et comme fond du tableau, les montagnes de Belœil et les Adirondacks à l’extrême horizon.

On ne saurait trop insister sur l’heureuse influence des beautés de la nature sur l’esprit de ces malheureux. La distraction qu’ils trouvent dans la contemplation d’un beau paysage, leur est très salutaire et peut hâter la guérison de ceux qui sont curables. Dans l’asile Saint-Benoît, chaque patient a sa chambre particulière; quelques-uns des plus riches occupent même un appartement de deux ou trois chambres et ont un Frère exclusivement attaché à leur service. Le bâtiment affecté aux aliénés comprend 150 chambres. 

Dès le début, Mgr Fabre avait demandé d’y recevoir aussi les alcooliques. Et comme il ne convient pas de mettre cette classe de malades en contact avec les aliénés et les déments, on construisit pour eux un pavillon entièrement séparé, qui ne communique avec la bâtisse principale que par un large et long couloir dont les portes sont toujours fermées à clef. Ce bâtiment contient 50 belles chambres, une salle de récréation, une salle de billard, etc. Il y a même une petite chapelle ou oratoire privé.

Les aliénés, les malades, les alcooliques sont sous les soins exclusifs des religieux. Aucun gardien laïc n’est employé. La direction médicale est confiée à deux spécialistes distingués, les docteurs Georges Villeneuve et A. Prieur.

Cet institut rend certainement de grands services aux familles de la classe aisée, dont un des membres est affligé de ces tristes maladies qui exigent un traitement particulier. Au lieu d’être enfermés dans les grands asiles d’aliénés, ces malheureux peuvent trouver à l’asile Saint-Benoît un refuge où règne un grand calme, une sécurité parfaite, et où ils sont entourés, de la part de religieux dévoués, de tous les soins qu’ils pourraient recevoir dans leur propre famille.

Joseph-Télesphore Savaria, chanoine honoraire de la cathédrale de Montréal, né le 21 décembre 1859, et ordonné prêtre le 19 mai 1883, a été le chapelain de l’asile jusqu’au 27 juillet 1898 et après.

Capture d’écran 2016-09-18 à 21.47.24

Le nouveau pavillon de l’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre, rue Sherbrooke. en 1932. (photo : Paroisse Saite-Louise-de-Marillac – Coll. Robert Carrière)

Vos commentaires
loading...