Publicité

Paysage solidaire : de la ville à l’assiette

Environnement, Vie de quartier
Le premier jardin solidaire a pris naissance dans Mercier-Est (photo: Anne-Marie Tremblay)
Le premier jardin solidaire a pris naissance dans Mercier-Est (photo: Anne-Marie Tremblay)

Des fruits et légumes 100% locaux servant à alimenter fruiteries, épiceries et restaurateurs dans un rayon de 5 km. Voici l’objectif de Paysage solidaire, un projet d’agriculture urbaine signé Y’a quelqu’un l’aut’bord du mur (YQQ).

« C’est un projet unique à Montréal, et je n’ai jamais vu d’équivalent ailleurs », lance Athanasios Tommy Mihou, coordonnateur de Paysage solidaire, rencontré derrière l’église Saint-François-d’Assise. Un lieu de rendez-vous hautement symbolique, puisque c’est à cet emplacement qu’a pris racine le tout premier jardin collectif du quartier, en 2009, et qu’ont été jetées les bases du projet Paysage solidaire, explique Vanessa Lachapelle-Lamoureux, directrice adjointe.

Ce projet-pilote, lancé en 2013 et financé par la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal a permis d’aménager deux immenses jardins urbains de production maraîchère dans Mercier. « L’objectif au départ, c’était vraiment d’offrir des aliments frais et cultivés localement pour contrer certains déserts alimentaires, notamment autour des secteurs Guybourg et Longue-Pointe », raconte Athanasios Tommy Mihou. Mais l’organisme a vite vu le potentiel de ces jardins, l’un situé sur les terrains du centre de distribution de la SAQ et l’autre, installé près du CHLSD Rousselot, qui comptent 10 000 p2 et 5000 p2 de terre cultivable.

L’idée d’un projet d’économie sociale qui mise sur l’insertion sociale, l’alimentation saine et la disponibilité des aliments a donc germé dans la tête des spécialistes en agriculture urbaine de YQQ.  « Surtout qu’avec la fin des subventions de Québec en Forme cette année, qui était le bailleur de fonds de ces projets, nous avons dû nous questionner sur les façons de générer des revenus », explique Vanessa Lachapelle-Lamoureux.

En plus d’avoir sollicité certaines entreprises du secteur, comme Affinerie CCR, qui a accepté d’octroyer 2000$ pour permettre aux jardins de terminer sa saison, YQQ  a aussi décidé de se lancer dans l’économie sociale, en créant un circuit court dans Mercier-Ouest. Selon ce concept, on élimine les intermédiaires entre le producteur et le consommateur. Autrement dit, les aliments sont cultivés, transformés, vendus et consommés localement.

Un terreau fertile

En plus de la culture des fruits et légumes, le sol cultivé par Paysage solidaire servira à faire pousser de l’ail, des fraises et à installer des ruches. « Nous allons aussi y planter des arbres et des arbustes fruitiers, pour avoir quelques variétés vivaces. Nous prévoyons également installer des serres », précise le coordonnateur. Ainsi, la production pourra s’étaler sur quatre saisons. En plus de fruits et légumes, des micro-pousses s’ajouteront à la liste.

« Nous avons la chance d’avoir de grands terrains à cultiver en pleine terre et en milieu urbain. En plus d’y implanter une production écologique et intensive, le but ultime, c’est d’avoir un-demi acre d’espace cultivable », explique Athanasios Tommy Mihou. Déjà, la tonne de fruits et légumes produits depuis le début de la saison 2016 sont disponibles dans différents endroits dans Mercier, comme à la fruiterie du SÉSAME, au kiosque maraîcher dans Guybourg ou au futur marché solidaire qui devrait ouvrir d’ici peu, au métro Cadillac.

Ramifications multiples

Mais l’organisme veut pousser l’exercice un peu plus loin. « Pour éviter les pertes, la transformation des surplus se fera en collaboration avec des restaurateurs ou des traiteurs qui ont l’expertise et l’équipement pour transformer ces légumes en sauce à  spaghetti, en conserve ou en ratatouille », explique le coordonnateur. Les premiers tests commencent déjà dans les cuisines du restaurant Le dîner traiteur, situé dans Hochelaga-Maisonneuve. « Il faut maintenant déterminer quel sera le juste prix pour ce produit qui ne provient pas d’une ferme conventionnelle, mais qui met en valeur des aliments écologiques, qui ont poussé dans un rayon de 5 km. »

Durant les prochaines années, l’organisme espère donc intensifier sa production et multiplier les points de ventes pour les aliments frais et transformés dans l’Est de Montréal. Paysage solidaire a d’ailleurs reçu une subvention de 100 000$ de la Pram-Est, en début d’été, pour bien implanter ce projet-pilote. Une façon de générer de l’activité économique, de donner une seconde vie à des terrains vacants, de lutter contre les îlots de chaleur urbaine et de diminuer l’insécurité alimentaire. « L’idée, c’est vraiment de créer un projet rentable économiquement, qui nous permettra ensuite de financer les autres volets plus sociaux de nos projets, comme le jardin collectif de Mercier-Est ou celui du Mont Saint-Antoine », conclut Vanessa Lachapelle-Lamoureux.

A lire aussi 

Jardiner collectivement dans Mercier-Est

Vos commentaires
loading...