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Club de lecture: bulle, romance et argent

Culture
kennedy

Voici les suggestions du Club de lecture cette semaine!

Roman

Suggestion de lecture de Catherine Belleau, bibliothécaire à la Bibliothèque Mercier de la Ville de Montréal

La femme du Ve, de Douglas Kennedy, Paris : Belfond, 2007, 377 p.

Femme du VeC’est la première fois que je lis cet auteur américain. Malgré les critiques très partagées, j’ai bien apprécié ce roman que je qualifierais de drame psychologique énigmatique doté d’une fin assez surprenante.

Harry Ricks était professeur dans une université américaine, mais a dû s’exiler à Paris suite à une histoire d’adultère avec une de ses étudiantes. Le roman commence avec son arrivée à Paris. On assiste à la déchéance de ce personnage au fin fond du Xe arrondissement. Une bonne partie du roman est quand même assez noire jusqu’à ce que Harry fasse la connaissance de Margit, une Hongroise, lors d’une soirée. Il deviendra passionné de cette femme mystérieuse.

Le héros est particulièrement attachant malgré tous les revers qu’il subit. Même si, quelquefois, j’ai trouvé que certains aspects de l’histoire étaient tirés par les cheveux, Douglas Kennedy a une belle plume et réussit à piquer notre curiosité dans ce Paris inattendu. Les critiques encensent cet auteur qui a aussi écrit des récits de voyage et plusieurs autres romans. À découvrir…

Économie

Suggestion de Stéphane Desjardins, éditeur

Le capital au XXIe siècle, Thomas Piketty, Seuil, Paris, 970 p. 2013

pikettyLa lecture de cette brique a mobilisé une partie de mes vacances. Mais quelle lecture! Par ce véritable travail de moine, Piketty signe un des ouvrages désormais fondamentaux du champ de l’économie, au même titre qu’un autre bouquin affichant le mot Capital signé Marx et Engels. Malgré quelques passages hermétiques, le professeur fait une démonstration claire et accessible des inégalités économiques qui ont marqué les sociétés humaines depuis des siècles. Il ne se gêne pas de critiquer ou d’encenser les travaux de nombreux économistes, connus ou moins, notamment en soulignant leur biais statistique important, qui fausse les données, donc leur validité. Piketty hausse la barre en exploitant des chiffres qui remontent aux révolutions américaine et française, et même avant! Car, pour lui, c’est dans le long terme et intégrant l’économie dans le plus vaste champ des sciences sociales que les économistes peuvent influencer les décideurs mondiaux.

Pour Piketty, les inégalités s’expliquent, partout dans le monde, par le fait que, dans le libre marché, la richesse a naturellement tendance à se concentrer, et que cette concentration augmente au fil du temps, ce qui nuit au capitalisme. Car, dans des sociétés où le rendement du capital augmente plus rapidement que les revenus ou la croissance, les entrepreneurs sont désavantagés face aux rentiers. Ainsi, les grandes fortunes se perpétuent par l’héritage, ce qui mène à une concentration indue du pouvoir entre les mains d’une minorité et, pire, à la création de fortunes d’une telle ampleur qu’elles nuisent à l’épanouissement des masses et des nations. Pour Piketty, l’inflation (un phénomène nouveau dans l’histoire), l’endettement des individus et des gouvernements, l’évasion fiscale et les paradis fiscaux, la rémunération indue des dirigeants des grandes sociétés, le réchauffement climatique, toutes des plaies du monde moderne, sont avant tout des signes du véritable mal qui ronge l’humanité depuis des siècles: l’accumulation excessive de patrimoines entre les mains d’une minorité. 

Pour illustrer ces excès, Piketty ne se gêne pas pour prendre des exemples dans la littérature et le cinéma, citant Balzac, Jane Austen, la série télé Mad Men, le film Titanic, et même Quentin Tarantino! Le Père Goriot devient ainsi un sujet d’études économiques! Il reconnaît l’importance positive de la technologie et de la création récente des classes moyennes dans les pays riches et en émergence, mais retient que ces phénomènes n’ont qu’un impact limité sur la concentration du capital au sein d’une minorité de ploutocrates planétaires.

Les penseurs et économistes de droite, partout dans le monde, ont critiqué les travaux de Piketty, qui propose d’ajouter un impôt mondial sur les grandes fortunes pour limiter les excès du capitalisme et ajouter de la transparence (une proposition qu’il qualifie lui-même d’utopie). Ils auraient intérêt à lire son livre, dans lequel il fait une critique parfois féroce d’une économie de marché auquel il affirme pourtant croire sans réserve.

Au-delà de ce propos, Piketty considère que les économistes doivent travailler au sens commun et pour améliorer la démocratie: La conclusion du Capital au XXIe siècle: « Il me semble que les chercheurs en sciences sociales de toutes les disciplines, les journalistes et les médiateurs de tous supports, les militants syndicaux et politiques de toutes tendances, et surtout tous les citoyens, devraient s’intéresser sérieusement à l’argent, à sa mesure, aux faits et aux évolutions qui l’entourent. Ceux qui en détiennent beaucoup n’oublient jamais de défendre leurs intérêts. Le refus de compter fait rarement le jeu des plus pauvres. »

Littérature jeunesse

Suggestion de Ganaëlle Roberge, intervenante en éveil à la lecture et au langage de La Maison des Familles de Mercier-Est.

1802153-gfLa bulle écrit par Timothée de Fombelle et illustré par Éloïse Scherrer, éditions Gallimard jeunesse, 2015. 

Une bulle noire flotte au-dessus de Misha depuis qu’elle est toute petite. Elle ignore d’où cette bulle vient et personne d’autre ne la voit. Nouée à la jeune fille, elle ne la quitte jamais, pas même les jours où tout semble bien aller. Misha tente de la faire disparaître en imaginant différents stratagèmes… La bulle résiste! Un soir, courageuse, Misha s’introduit dans la bulle et part à la quête de l’ennemi régnant sur son monde. C’est le début d’une aventure initiatique au grand pouvoir de transformation.

Créé à quatre mains, ce livre magnifique est le fruit d’une relation symbiotique entre les images et le texte. Plusieurs pages comportent des illustrations si évocatrices qu’elles nécessitent peu ou pas de texte pour les accompagner. Par exemple, à un moment, Misha se tient debout et désarmée devant l’immense bête noire, elle la regarde vraiment et pose ses mains sur elle; il faut voir la double page suivant ce passage : la bête noire se transforme en une multitude d’animaux, tous plus doux et vivants les uns que les autres. Cette double page laisse sans voix tellement sa force évocatrice est grande! Touchant au thème des peurs, des angoisses, voire de la dépression enfantine, cet album met en image les épreuves intérieures que peuvent vivre certains petits et grands et il leur insuffle une dose de courage pour les surmonter.

Ce livre vous intrigue? Découvrez-le en regardant ce vidéo : http://www.gallimard-jeunesse.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Albums-Gallimard-Jeunesse/La-bulle

L’album est disponible à la Bibliothèque Mercier dans la section « Jeunes – Nouveautés ».

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