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Le Sésame à la rescousse

Économie, Vie de quartier
Émilie Auclair, directrice générale de Solidarité Mercier-Est et Stéphane Tremblay, directeur général du Sésame. (Photo: Anne-Marie Tremblay)
Émilie Auclair, directrice générale de Solidarité Mercier-Est et Stéphane Tremblay, directeur général du Sésame. (Photo: Anne-Marie Tremblay)

Si la fin de Bonne boîte bonne bouffe (BBBB), le 31 août, a été déplorée par plusieurs, le Sésame (Service d’Éducation et de Sécurité Alimentaire de Mercier-Est) offre une alternative à cette distribution de fruits et légumes frais et à bas prix. Depuis 2015, cet organisme du quartier a développé son propre programme, les boîtes économiques, et est fin prêt à prendre la relève.

À toutes les deux semaines, le Sésame livre autour de 400 boîtes économiques dans quelque cinq points de services à travers Montréal. Plus particulièrement, entre 100 et 150 paniers sont destinés à des familles du quartier, qui peuvent choisir entre trois formats. Ces participants repartent avec un panier rempli de fruits et légumes frais qui coûtent entre 20 % et 40 % moins chers que s’ils avaient été achetés à l’épicerie. Seule obligation de leur part, payer et réserver leur commande au moins une semaine à l’avance. Et venir le chercher à l’heure convenue.

Un service que le Sésame a développé au cours de la dernière année, alors qu’il avait décidé de sortir du réseau BBBB pour mettre sur pied son propre programme de paniers économiques. Une façon pour l’organisme de bonifier son offre de services, explique Stéphane Tremblay, directeur général du Sésame, qui a aussi ouvert une fruiterie, assorti d’un bistro de quartier, à la même époque.

« Quand nous avons ouvert la fruiterie, cela nous a permis de négocier avec plusieurs fournisseurs. Nous avons utilisé ce filon pour développer notre propre programme. En même temps, nous avons pu améliorer la fraîcheur des aliments, car nous éliminions un intermédiaire », précise-t-il. Au lieu d’attendre quelques jours dans des frigos, les denrées passent donc directement du fournisseur aux participants, sans avoir besoin de conserver d’inventaire.

Une expertise dont Stéphane Tremblay aimerait maintenant faire bénéficier les participants au programme BBBB, laissés en plan avec la fermeture de l’organisme, le 31 août 2016. Déjà, l’Université de Montréal et le Centre communautaire le Mainbourg de Pointe-aux-Trembles se sont abonnés aux boîtes économiques du Sésame. « Actuellement, ce serait possible d’augmenter à 500, voire 700 boîtes par semaine », estime-t-il. Toutefois, plutôt que de multiplier les points de chute, comme l’a fait BBB, qui en comptait plus de 125, le Sésame se déplacera uniquement pour des livraisons de 50 paniers ou plus. Une façon d’assurer la viabilité financière et la rentabilité de l’initiative.

Car, même si l’organisme vend ses aliments à très bas prix, il réussit à dégager des profits de son programme. Ainsi, la croissance de ce service permettra au Sésame de solidifier ses finances ainsi que son rôle de distributeur de fruits et légumes, une portion qui pourrait augmenter les revenus de cette entreprise d’économie sociale. « Toutes ces activités nous permettent de générer des bénéfices parce que nous avons une excellente entente avec un fournisseur. Nous travaillons aussi avec certains organismes communautaires, comme le Chic Resto Pop et aimerions élargir encore notre bassin de clientèle pour ces services », indique Stéphane Tremblay.

Retombées locales

Cette croissance pourrait aussi avoir des effets bénéfiques sur le quartier, ajoute le directeur général, car tous les profits sont réinvestis dans le volet social de l’organisme, qui inclut cuisines collectives, consultation d’une professionnelle en nutrition, popote roulante, comptoirs alimentaires, etc. « Cela fait partie du projet CÉRES (Consortium pour l’élaboration d’une ressource pour un environnement en santé), lancé en 2013, et qui a permis de développer une vision plus globale de l’organisme, de rapatrier tous nos services au même endroit et d’ainsi faire mieux connaître tout ce qu’on offrait », explique Stéphane Tremblay. Ce programme, financé entre autres par la direction de la santé publique et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSS) de l’Est, visait aussi la création de la fruiterie et du café SÉSAME.

Des initiatives d’autant plus importantes qu’une large part du quartier est considérée comme un désert alimentaire, c’est-à-dire que les résidants y éprouvent des difficultés physiques ou économiques à remplir leur frigo d’aliments frais. « On n’a qu’à penser aux gens du secteur Saint-Victor [notamment au sud-est du quartier], qui est très enclavé. Pour les personnes défavorisées qui n’ont pas de voiture, l’épicerie est loin d’être facile d’accès », précise Émilie Auclair, directrice générale de Solidarité Mercier-Est, un des partenaires du projet. Et ils ne sont pas les seuls, poursuit-elle. En effet, ce serait le quart des résidants du quartier qui vivent de l’insécurité alimentaire.

 

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